Critique : April Snow, un mélo avec Son Ye Jin et Bae Yong Joon

Quand deux icônes du mélodrame coréen se rencontrent devant la caméra de Hur Jin Ho, les larmes montent aux yeux. Découvrez la critique d'April Snow, avec Son Ye Jin et Bae Yong Joon.

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Nul n’est prophète en son pays et ce n’est pas en Corée qu’April Snow s’est imposé comme l’un des plus grands succès de l’année 2005 mais au Japon, où il est rapidement devenu un phénomène. La raison tient en partie à la présence de l’acteur principal, Bae Yong Joon, extrêmement populaire au Pays du Soleil Levant depuis le phénomène Winter Sonata, un drama mélodramatique emblématique de la hallyu (ou vague coréenne).

April Snow ne saurait cependant se voir réduit à la simple exploitation d‘un phénomène de mode. Sorti dans les salles françaises en 2006,  ce drame sensible mérite l’attention pour ses qualités d’écriture et l’interprétation tout en finesse de Son Ye Jin et Bae Yong Joon.

In Su (Bae Yong Joon) et Seo Young (Son Ye Jin) ne se sont jamais rencontrés et pourtant les événements vont les rapprocher. Appelés chacun de leur côté par un hôpital pour rejoindre d’urgence leurs conjoints victimes d’un accident de voiture, ils découvrent au même moment que ces derniers entretenaient une liaison…

Après ses excellents mais pessimistes Christmas in August et One Fine Spring Day, le réalisateur coréen Hur Jin Ho revient avec April Snow. Ce troisième long métrage reprend les thématiques chères au réalisateur : un amour inaccessible, la peur de l’engagement mais aussi le mariage.

Seulement évoqué dans ses longs-métrages précédents, le mariage est cette fois le point de départ du film. L’histoire commence par un double-choc pour In Su : l’accident de son épouse et la liaison adultère qu’elle entretenait avec un autre homme. En miroir, Seo Young vit le même drame : elle est l’épouse de l’homme accidenté avec la femme d’In Su. Ou comment les vies de ces deux étrangers mais se trouvent soudainement connectés par la douleur.

A l’image d’In Su et Seo Young, le film plonge tout d’abord dans une douce apathie, qui se traduit par des plans se succédant avec lenteur et par une quasi absence de dialogues et de musique. Ce n’est que lorsque In Su et Seo Young se regardent enfin que le film s’éclaire.

Cette manière de se fondre dans les états d’âme des personnages, de suggérer leur vie intérieure à travers sa mise en scène, est sans doute ce qui rend le cinéma de Hur Jin Ho si fort émotionnellement, si criant de vérité.

Comme dans Christmas in August, où la souffrance physique causée par la maladie n’était pas explicitement montrée, mais transpirait à chaque plan, le réalisateur utilise dans April Snow le pouvoir extraordinaire de la suggestion pour nous laisser percevoir l’univers des deux amants illégitimes. Les échos d’une vidéo partagée, les bribes d’un message sur un portable… ces quelques traces viennent partiellement combler l’ellipse opérée sur la liaison des deux accidentés – partiellement seulement.

Depuis combien de temps se voyaient-ils ? Que vivaient-ils ensemble que leur conjoint ne pouvait pas ou plus leur apporter ? Autant de questions qu’In Su et Seo Young se posent inévitablement, et qui suscitent en eux des bouleversements complexes, intenses.

Frustration, colère, tristesse, sentiment de trahison ou de culpabilité, la palette d’émotions qu’ils traversent est montrée avec pudeur et sobriété, sans effusion inutile, là où nombre de mélodrames coréens auraient étiré les scènes de larmes.

Si One Fine Spring Day se montrait moralisateur dans son récit d’une rupture, April Snow s’avère plus mature : après la colère, après l’effondrement d’un monde, vient la reconstruction. In Su et Seo Young vont se dévoiler mutuellement, mais peut-être aussi redécouvrir chacun de leur côté une part d’eux-mêmes qu’ils avaient longtemps mise de côté.

L’émotion suscitée par l’esquisse d’une romance, avec tous les doutes qu’elle suscite en raison des circonstances, est distillée de manière diffuse. Collant au plus près de bouleversements intérieurs de ses personnages, tout en maintenant une pudeur bienvenue, le réalisateur s’attache à saisir des gestes, des regards.

Le film n’est pas exempt de quelques longueurs dans sa seconde partie, mais il est soutenu par l’interprétation à fleur de peau de ses deux comédiens principaux. Bae Yong Joon, qui était alors uniquement connu pour ses rôles à la télévision, a véritablement la carrure d’un premier rôle de cinéma : les émotions sont justes, le langage corporel subtil, et l’acteur s’approprie pleinement la souffrance d’In Su.

Quant à l’actrice Son Ye Jin, alors en vogue grâce au succès de A Moment to Remember (de Lee Jae Han), elle impressionne par le mélange de discrétion et de spontanéité touchante dont elle imprègne le personnage de Seo Young.

Histoire d’un deuil, espoir d’un nouveau départ, April Snow dresse avec finesse les portraits poignants d’un homme et d’une femme plus vrais que nature. Un film élégant et émouvant, et qui malgré les apparences est l’une des plus optimistes de son auteur.

Elodie Leroy

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Elodie Leroy
Elodie Leroyhttps://www.stellarsisters.com
Diplômée de l'Université Paris IX Dauphine, je suis rédactrice en chef de StellarSisters, média en ligne que j'ai fondé avec ma sœur Caroline. Passionnée de cinéma asiatique depuis les années 1990, je découvre les films coréens avec Shiri en 2000, puis JSA: Joint Security Area en 2001. Mon intérêt pour les K-dramas s'éveille au début des années 2010 avec You're Beautiful et Rooftop Prince. Les K-dramas m'ont réconciliée avec la comédie romantique, un genre que j'appréciais guère auparavant, mais je suis aussi une fan de dramas de genre. Si je devais partir sur une île déserte avec quelques K-dramas dans ma valise, j'embarquerais Signal, My Country: The New Age, Sweet Home, A Shop For Killers, The Worst of Evil, Moving, Temperature of Love...
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