La Traque dans le sang 2 : une suite Netflix malhonnête qui vaut seulement pour Rain en méchant féroce

Woo Do Hwan et Lee Sang Yi sont les ombres d’eux-mêmes dans cette saison 2 opportuniste et lassante, où seul Rain parvient à tirer son épingle du jeu. Coup de gueule.

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Y aurait-il une malédiction qui touche les suites de dramas coréens originaux de Netflix ? C’est qu’on serait fortement enclins à le croire, après les ratages en série que sont Love Alarm 2, D.P. 2 et Sweet Home 2 et 3, et maintenant La Traque dans le Sang 2, qui vient compléter cette liste peu glorieuse. Ces opus, qui prolongent tous une première série de grande qualité, ont en commun de se résumer à une pâle version de l’original. On a un peu l’impression de se retrouver dans la mini-série fantastique Les Langoliers, adaptée d’une nouvelle de Stephen King, où les passagers d’un avion atterrissent sans le savoir dans un monde qui semble identique au nôtre, mais qui est en réalité dénué de toute saveur.

Si l’on pousse plus loin l’observation, ces suites Netflix ont en commun un pattern similaire. Le premier épisode semble à chaque fois marquer nos retrouvailles avec les héros et avec les enjeux narratifs de la première saison (les malentendus entre Song Kang et Kim So Hyun au début de Love Alarm 2, Song Kang (encore lui) et Lee Jin Wook contre les monstres dans Sweet Home 2…). Passée cette reprise de contact, le focus glisse rapidement vers d’autres personnages, reléguant les acteurs stars au rang de simples figurants, pour servir une intrigue fade, simple prétexte à reprendre le type de scènes qui ont fait le succès de la première série.

Rain dans La Traque dans le sang 2 – Soyun Jeon, Seowoo Jung/ Netflix

Ce motif se répète sans équivoque dans La Traque dans le sang 2 (Bloodhounds 2 à l’international). Sorti sur Netflix le 3 avril 2026, le drama fait suite à La Traque dans le sang, qui fut l’un des plus gros succès coréens de la plateforme américaine en 2023. L’ensemble est adapté du webtoon de Jung Chan par Kim Joo Hwan (The Divine Fury), qui en assure aussi la réalisation. 

Lorsque nous retrouvons Kim Gun Woo (Woo Do Hwan) et Hong Woo Jin (Lee Sang Yi), les deux compères  semblent plus proches que jamais, au point que Woo Jin appelle la mère de Gun Woo « Maman ». Gun Woo continue son parcours de boxeur et rêve de devenir champion. Cependant l’accalmie restera de courte durée. Tous deux se retrouvent bientôt pris malgré eux dans une spirale de violence lorsqu’un homme du nom d’Im Baek Jeong (Rain) débarque avec ses sbires dans le foyer de Gun Woo, menaçant sa famille. Son exigence ? Que Gun Woo accepte de l’affronter dans le cadre de son business de combats illégaux. Bien sûr, Gun Woo ne l’entend pas de cette oreille.

Chansung et Lee Sang Yi – Soyun Jeon, Seowoo Jung/ Netflix

A première vue, l’intrigue de La Traque dans le sang 2 semble en parfaite continuité avec celle de la première saison. Mais en réalité, quelque chose cloche. Kim Gun Woo et Hong Woo Jin, qui formaient le duo si attachant de La Traque dans le Sang, ne sont plus que les ombres d’eux-mêmes. Le naïf mais pugnace Kim Gun Woo est devenu un jeune homme complètement nunuche, qui pleurniche à la moindre occasion, au point d’en être irritant. De son côté, Woo Jin se révèle complètement effacé, lui qui apportait pourtant à la première saison une pêche et un humour bienvenus.

La situation est même pire que cela, puisque nos deux héros se retrouvent très vite relégués au second plan, n’apparaissant pas plus de dix minutes dans certains épisodes. A la place, les rôles actifs, ceux qui font avancer l’intrigue, sont dévolus à un personnage de flic antipathique, Min Gang Yong, joué par Choi Young Joon (Tu étais là), et à un voyou sans grand intérêt, Moon Gwan Mu, joué par Park Hoon (Trigger). 

L’essentiel des opérations se déroule en effet lorsque les héros sont hors champ, qu’il s’agisse des plans élaborés par les flics pour capturer Im Baek Jeong ou de ceux que mettent en place les rares rescapés de la saison 1, comme le gosse de riche repenti joué par Choi Si Won et le mercenaire joué par Ryu Soo Young, pour protéger Gun Woo et Woo Jin. Le spectateur se retrouve ainsi souvent dans une étrange position : celle d’un tiers qui est de connivence avec les personnages secondaires pour prendre de vitesse les deux héros, qui semblent de leur côté avoir toujours un train de retard.

Woo Do Hwan – Soyun Jeon, Seowoo Jung/ Netflix

Etant donné que les noms et les photos de Woo Do Hwan et Lee Sang Yi apparaissent au début de chaque générique d’ouverture, et eu égard à la promesse faite par la promotion de La Traque dans le sang 2, ce switch opéré dès le deuxième épisode s’apparente à une véritable arnaque pour toute personne qui a apprécié la série originale. 

Une explication, sans doute commune aux séries Netflix précitées, est que les acteurs principaux étaient réellement absents pendant une partie du tournage. Woo Do Hwan tournait simultanément la première saison de Made in Korea, dont il tient l’un des rôles clés, tandis que Lee Sang Yi tournait de son côté le drama Good Boy, où il est la deuxième star masculine.

Une chose est sûre, La Traque dans le sang 2 est une série déplaisante à suivre. Certes, il y a de l’action, mais les scènes de combat ne présentent un intérêt que lorsque Woo Do Hwan y prend part. Bien que son interprétation reste très superficielle, il faut reconnaitre qu’il a au moins bien bossé ses enchaînements pour les rares moments où il apparait à l’écran. Sa rapidité et sa précision dans les combats de boxe rendent ses scènes d’action plus divertissantes que celles de ses collègues, à commencer par Lee Sang Yi, qui ne parvient jamais à se distinguer.  

Choi Young Joon – Soyun Jeon, Seowoo Jung/ Netflix

En dehors des coups portés par Woo Do Hwan, le seul intérêt de la saison 2 réside dans la performance investie de Rain (Red Swan), qui réussit son examen de passage dans son premier rôle de méchant pur et dur. Avec son air féroce et son physique athlétique, il en impose véritablement dans la peau de ce personnage sans foi ni loi dont la caractérisation est pourtant réduite au strict minimum. Il est même le seul à pouvoir nous sortir de notre torpeur par sa seule présence, même si Chansung (Ms. Incognito) ne s’en sort pas mal dans la peau d’un malfrat ambigu – il apporte d’ailleurs plus d’humanité à la série que les héros.

On regrette néanmoins que La Traque dans le sang 2 verse trop souvent dans l’ultra-violence, allant même jusqu’à proposer des scènes d’une cruauté insoutenable, comme lorsqu’Im Baek Jeong, justement, éclate la tronche d’un gangster en veillant à lui maintenir la colonne vertébrale contre le rebord d’une baignoire. D’ailleurs, on ne compte plus le nombre de fois où les personnages, bons ou mauvais, se font puncher frontalement, à grand renfort de bruitages d’os brisés. 

Une autre tendance, encore plus dérangeante, concerne la propension des personnages censés être du bon côté de la barrière à torturer des individus, en enfonçant par exemple un bâton dans le fondement de l’un ou en découpant au scalpel la peau de la cuisse de l’autre. Une scène montre également les personnages de Park Hoon et Lee Sang Yi faire subir un interrogatoire musclé à une jeune femme en robe ultra courte, ligotée sur une chaise dans un espace clos. Non seulement les deux hommes lui crient dessus à plusieurs, mais l’un fait mine de la frapper tandis que l’autre lui empoigne violemment le visage. La scène nous est rendue acceptable par le fait que la femme, jouée par Kang Min Ah (Gaus Electronics), parvient à les dominer psychologiquement, mais la mise en situation est très dérangeante.

Rain et Woo Do Hwan – Soyun Jeon, Seowoo Jung/ Netflix

Si l’on fait le compte, l’intrigue de La Traque dans le sang 2 tient en deux épisodes, pas plus : le premier et le dernier, auxquels on peut ajouter le combat Baek Jeong / Gun Woo de l’épisode 5. Cela nous rappelle que les Japonais, par exemple, savent conclure leurs dramas par des épisodes spéciaux d’une heure trente ou par des films de cinéma. Cela permet de prolonger un peu le plaisir d’une série mais sans investir dans une saison 2 en l’absence de matière suffisante. Mais on devine que cela ne suffit pas à Netflix, qui préfère commander des séries inutiles et augmenter ainsi le nombre d’heures vues. Le résultat, c’est que l’on a la désagréable impression d’avoir perdu un temps précieux pour une histoire qui n’en valait pas la peine.

Caroline Leroy

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Caroline Leroy
Caroline Leroy
Co-fondatrice de StellarSisters.com et experte en séries coréennes. Je découvre le cinéma coréen en 2000 avec le film "Shiri". Dix ans plus tard, j’ai un coup de foudre pour "Iljimae", qui marque le début d’une grande histoire d’amour avec les dramas coréens. Je suis diplômée de l'IEP de Strasbourg.

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