Kkondae Intern s’intéresse à la relation conflictuelle entre un jeune patron et son stagiaire cinquantenaire. Imparfait mais humoristique.   

Satire sociale dans la veine de Chief Kim, en moins corrosif, Kkondae Intern s’attaque de front à la culture d’entreprise coréenne dont il dénonce les injustices à l’égard des jeunes employés comme des moins jeunes. Né de l’imagination de Shin So Ra, lauréate du MBC Drama Contest de 2018, et dirigé par Nam Sung Woo, réalisateur du thriller Kill It, le drama séduit par son énergie et sa manière originale de s’attaquer à un sujet réaliste, même si le dernier tiers s’avère répétitif et un peu confus. On retient surtout de Kkondae Intern le duo d’acteurs réjouissant formé par Park Hae Jin, impeccable en patron psychorigide, et Kim Eung Soo, étonnant en vieux stagiaire roublard.

Park Hae Jin et Kim Eung Soo dans Kkondae Intern
Park Hae Jin et Kim Eung Soo dans “Kkondae Intern”

La vengeance est un plat qui se mange froid

Alors qu’il vient de décrocher son premier stage après son diplôme, Ga Yeol Chan (Park Hae Jin) devient rapidement le souffre-douleur de son patron, Lee Man Sik (Kim Eung Soo), dont les méthodes de management vieux jeu, ou « kkondae », finissent par le pousser vers la sortie.

Quelques années plus tard, Yeol Chan est devenu un top manager au sein du service marketing d’une grande entreprise de ramyun. Réputé pour sa compétence, il tient la dragée haute au fils du PDG, le fainéant et nuisible Namgoong Joon Soo (Park Ji Woong). Un jour, Yeol Chan tombe cependant de haut en découvrant que le nouveau stagiaire qu’il doit accueillir dans son équipe n’est autre que Lee Man Sik, l’homme qui a fait de son début de carrière un enfer. Œil pour œil, dent pour dent : Yeol Chan étant devenu à son tour un patron tyrannique, Lee Man Sik peut s’attendre à en voir de toutes les couleurs.

Diffusée entre le 20 mai et le 1er juillet 2020 sur MBC, la série Kkondae Intern est une comédie mâtinée de satire sociale, qui s’attaque simultanément à plusieurs travers du monde de l’entreprise. La vengeance à froid de Yeol Chan contre Lee Man Sik vise sans détour le système confucianiste qui prévaut au travail, selon lequel le jeune doit obéir inconditionnellement au plus âgé, quitte à accepter toutes les humiliations.  

Parallèlement, le drama s’intéresse à la manière dont le stagiaire cinquantenaire, ancien directeur de son état, se voit obligé de repartir à zéro au milieu des jeunes employés, sachant que ceux-ci se révèlent parfois cruels sans le vouloir. A ce titre, ce n’est pas un hasard si Kkondae Intern cite explicitement le film américain Le Stagiaire, dans lequel Robert de Niro se retrouve dans une situation voisine.

Duo impayable entre Park Hae Jin et Lee Eung Soo

Si l’intrigue de Kkondae Intern est indéniablement empreinte de certains codes culturels spécifiquement coréens, ses rebondissements parleront néanmoins aisément à chaque spectateur ayant travaillé en entreprise. Le harcèlement moral au travail est un fléau universel, de même que les magouilles de patrons peu scrupuleux pour s’éviter les ennuis en cas de mauvais choix stratégiques.

Malgré ses personnages et ses situations parfois too much, le drama sait ainsi conserver un ton engageant et une ligne directrice affirmée durant sa majeure partie, même si son dernier tiers affiche un côté éparpillé qui le rend plus difficile à suivre. Kkondae Intern se fourvoie également par moments dans une tentative de romance dont le ton trop niais jure avec le côté délirant de l’ensemble.

Kkondae Intern force néanmoins la sympathie tout du long grâce au duo improbable formé par Park Hae Jin et Kim Eung Soo, dont les chamailleries délicieusement mesquines impriment à l’ensemble une dynamique constante.

Trois ans après le drama Man To Man, Park Hae Jin prouve qu’il a décidément des bonnes dispositions pour la comédie. Kkondae Intern lui a valu un Daesang, c’est-à-dire la suprême récompense, aux MBC Drama Awards 2020, et l’on comprend pourquoi. Son interprétation de Ga Yeol Chan est savoureuse, notamment grâce au soupçon de malice qu’il imprime à ce personnage complètement psychorigide.

On a ainsi du mal à en vouloir à Yeol Chan lorsqu’il envoie son stagiaire senior passer d’invraisemblables commandes de boissons au café du coin, ou lorsqu’il l’oblige avec une mauvaise foi évidente à faire le chauffeur lors de tous leurs déplacements en province. Park Hae Jin parvient même à nous faire rire lorsqu’il force les membres de son équipes à tester toutes ses créations de ramyun, y compris les plus pimentées.

De son côté, Kim Eung Soo, que l’on a rencontré dans d’innombrables seconds rôles peu commodes (Delayed Justice, My Shy Boss, Because This Is My First Life), trouve avec Kkondae Intern un rôle qui lui permet de jouer sur son côté intimidant tout en révélant un caractère attachant. Kim Eung Soo s’est d’ailleurs vu décerner le prix du Meilleur acteur aux MBC Drama Awards 2020 pour son interprétation.

La tyrannie de l’entreprise en question

Centré sur la relation ambivalente entre Ga Yeol Chan et Lee Man Sik, Kkondae Intern n’en oublie pas moins de mettre en évidence les injustices que le management à l’ancienne inflige aux autres employés, notamment aux personnes en contrat précaire. Celles-ci sont en effet placées dans une situation de rivalité permanente qui les monte parfois les unes contre les autres, et ce d’autant que l’intrigue se déroule dans un service marketing où la compétition s’avère féroce.

Sous couvert d’humour, plusieurs abus sont ainsi pointés du doigt, comme le fait de demander aux employés sans le sou d’acheter eux-mêmes les ramyun produites par l’entreprise pour gonfler les ventes, ou de travailler jour et nuit sur des présentations marketing qui ne seront lues par personne, tandis que leur emploi est en jeu.

Les personnages secondaires sont ainsi bien croqués, en particulier le jeune stagiaire qui refuse de soutenir ses collègues car il se sait perpétuellement sur la sellette (Roh Jong Hyun, vu dans Strangers From Hell), et la jeune contractuelle qui attend désespérément de se faire embaucher (Park Ah In, la sniper de Vagagond).

Du côté du management parfois machiavélique de cette grande entreprise, on apprécie tout particulièrement la prestation très drôle de Park Ki Woong (Return) en fils de chaebol dégénéré, l’air glacial et méprisant de la versatile Kim Sun Young (Backstreet Rookie), et les manipulations débonnaires du toujours excellent Son Jong Hak (The Good Detective).

Bien que le score d’audience de Kkondae Intern demeure modeste (6% environ sur ses 12 épisodes), il reste le meilleur de la chaîne MBC pour un trendy drama en 2020. Une performance à saluer dans un contexte où les chaînes gratuites peinent de plus en plus à s’affirmer face aux dramas du câble.

Caroline Leroy

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