Disponible sur Netflix, la série Demon Catchers séduit par son mélange stimulant de fantastique, d’épouvante et d’arts martiaux, emmené par un casting irrésistible.

Les succès d’audience sont parfois plus que mérités. C’est le cas avec Demon Catchers, dont les ratings en Corée ont grimpé de 2,7 % à 11 % lors de sa diffusion sur OCN du 28 novembre 2020 au 24 janvier 2021, un record pour la chaîne. Énergique, touchante et pleine d’imagination, cette série coréenne fantastique fusionne deux genres a priori étrangers l’un à l’autre, à savoir l’histoire de superhéros et le thriller de possession démoniaque. La sauce prend grâce à une écriture et une réalisation de qualité, des effets spéciaux luxueux et une galerie de personnages attachants, qui nous embarquent avec entrain dans leurs aventures. Demon Catchers permet au passage à l’acteur Jo Byung Gyu de s’affirmer comme l’une des valeurs incontournables de la jeune génération.

Jo Byung Gyu (Demon Catchers)

Des superhéros en survêt rouge

So Mun (Jo Byung Gyu), un lycéen handicapé de la jambe, subit les moqueries des caïds de son école. Un jour, un esprit bienveillant prend accidentellement possession de lui. Dès lors, il s’aperçoit qu’il est doté d’une force surhumaine. Il fait aussi la rencontre de Mo Tak (Yu Jun Sang), Mae Ok (Yeom Hye Ran) et Ha Na (Kim Se Jeong), qui tiennent un restaurant de nouilles dans le quartier. Celui-ci est en réalité une couverture : dotées de superpouvoirs, ces personnes font partie d’une mystérieuse organisation qui chasse les démons. So Mun se laisse convaincre de rejoindre leur équipe.

Jo Byung Gyu (The Uncanny Counter)

Adapté du webtoon Amazing Rumor de Jang Yi et connu des aficionados de dramas sous le titre The Uncanny Counter, la série Demon Catchers parlera immédiatement aux fans d’histoires de superhéros. Tous les ingrédients sont présents : le garçon timide marginalisé dans son école, l’accident qui fait basculer sa vie, la découverte de ses pouvoirs et de son sens de la justice.

Orphelin élevé par ses grands-parents, So Mun a décidément des points communs avec un certain Peter Parker, le héros de Spider-Man. Son parcours évoque aussi celui du personnage du film coréen Arahan (Ryu Seung Wan, 2004), notamment les séances d’apprentissage du combat avec Ha Na.

Ces influences évidentes, le réalisateur Yoo Sun Dong (qui était l’un des scénaristes d’Arahan !) les digère à la perfection en imposant ses propres codes visuels à un univers aussi riche que divertissant. Car en plus d’être une affaire de superhéros, Demon Catchers est une histoire de possession démoniaque.

Kim Se Jeong (Demon Catchers)

Vêtu d’un survêt rouge pour accomplir leurs missions, chaque « counter », ou chasseur, est relié à un esprit qui oriente ses actions, sans le dépouiller de son libre-arbitre. Leur mission ? Localiser, pourchasser et vaincre des démons susceptibles de se manifester n’importe où, profitant des pulsions les plus sombres de leur hôte humain pour répandre la souffrance.

Effets spéciaux et arts martiaux

Après une première partie qui mène avec brio un jeu d’équilibriste entre le premier et le second degré, Demon Catcher réussit son virage vers le thriller pur à travers l’affrontement avec le méchant principal, un démon en chef particulièrement vicelard.

Drama coréen oblige, So Mun est hanté par une tragédie familiale – la mort de ses parents – qui joue un rôle moteur dans l’intrigue. Les autres chasseurs vont eux aussi affronter individuellement leur passé douloureux, une combinaison d’histoires que la scénariste Yeo Ji Na et ses collègues développent avec talent. Si toutes ces histoires individuelles occasionnent des scènes émouvantes, Demon Catcher ne met jamais le pied dans le mélodrame, ce qui est fort appréciable. D’ailleurs, l’humour revient vite à la charge grâce une excellente dynamique entre les personnages.

Yu Jun Sang (Demon Catchers)

La réalisation de Yoo Sun Dong (Vampire Prosecutor 2) est percutante dans tous les registres. Dans l’action, le découpage rythmé renforce l’impact des chorégraphies, tout en mettant en valeur les jolis effets spéciaux du drama. Les zones de combat, sorte de barrières psychiques dont le principe n’est pas sans évoquer les kekkai dans le manga X de Clamp, se matérialisent par des colonnes de couleurs superbement intégrées au décor.

Les effets visuels et sonores apportent une réelle envergure à ces affrontements qui mêlent arts martiaux et superpouvoirs, et qui parleront aux amateurs de japanimation. La technologie a fait des progrès depuis Arahan, qui utilisait déjà ce cocktail pour créer des combats à la Saint Seiya, sans atteindre ce niveau le perfection visuelle de Demon Catchers. Le drama exploite aussi très bien les décors urbains de Jungjin, ville fictive dont les lieux de tournage incluent des quartiers de Seoul, Wonju ou encore Suwon.

Lee Hong Nae (Demon Catchers)

Demon Catchers ménage aussi de pures scènes de jeu, au cours desquelles la réalisation sait se mettre en retrait. Les acteurs s’approprient ainsi les moments de comédie pour en faire autant de sketches réjouissants, agrémentés de dialogues piquants et nourris par une excellente alchimie entre les acteurs.

Enfin, la mise en scène s’avère tout aussi efficace dans les scènes effrayantes, qui donnent la part belle à des ambiances glauques et à des méchants totalement hors de contrôle – mention au final sombre et surprenant de l’épisode 6.

Jo Byung Gyu, la révélation de Demon Catchers

Le titre du webtoon, Amazing Rumor, est un jeu de mot avec le prénom de So Mun, qui signifie rumeur. Difficile de résister à la bouille candide de Jo Byung Gyu, jeune acteur repéré dans Sky Castle et vu cette année en second rôle dans Hot Stove League. Touchant dans les scènes d’émotion, drôle dans la comédie, investi dans l’action, il est la révélation de ce drama. Jo Byung Gyu est comme un poisson dans l’eau en lycéen timide qui apprend à travailler en équipe et à surmonter son passé, pour découvrir sa propre valeur. Demon Catchers raconte de manière fun et originale un passage à l’âge adulte qui ne se déroule pas sans heurt. 

Jo Byung-Gyu

De son côté, Kim Se Jeong (Busted!), trouve un rôle qui lui va comme un gant. Elle a véritablement l’air de sortir d’une bande dessinée dans son personnage de jolie fille bougonne, aussi intègre que redoutable au combat – on salue également ses efforts dans les scènes d’action. On aime aussi Yu Jun Sang (Graceful Friends), terriblement attachant en homme fort au grand cœur, et l’excellente Yeom Hye Ran (When The Camellia Blooms), dont la chaleur, le punch et l’autodérision en font la carte maîtresse de ce casting.

Enfin, on n’oublie pas Ahn Suk Kwan (Partners For Justice 2), excellent en gestionnaire barbichu qui vient régulièrement remonter le moral des troupes, et Moon Sook (Priest) dans le rôle de Wi-Gen, dont la sagesse est mise à l’épreuve par le comportement parfois puéril de son binôme So Mun.

Enfin, les deux démons incarnés par Lee Hong Nae (The King: Eternal Monarch) et Ok Ja Yeon (Ashfall) font des méchants très divertissants. Lee Hong Nae impressionne particulièrement avec ses regards de possédé, d’autant que son interprétation est par ailleurs étonnamment sobre et intériorisée.

Yeom Hye Ran (Demon Catchers)

Changement de scénariste sur Demon Catchers

Un mot sur le changement majeur survenu en cours de route dans l’équipe de Demon Catcher. A la suite d’un différend artistique, la scénariste Yeo Ji Na a quitté la production après l’épisode 12. Le réalisateur Yoo Sun Dong a assuré l’intérim pour l’épisode 13, suivi du scénariste Kim Sae Beom pour les épisodes 14 à 16.

Il est toujours regrettable de savoir qu’un problème est survenu pendant un tournage, mais Yoo Sun Dong et Kim Sae Beom ont admirablement repris le flambeau pour finir la série sans dommage. On attend donc avec impatience la saison 2 de Demon Catchers, qui a été confirmée par la production.

Elodie Leroy

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