Les séries d’exorcisme coréennes revisitent le genre en injectant du folklore et des nouvelles technologies, tout en faisant monter le trouillomètre. Découvrez la liste des 5 cinq séries TV indispensables à regarder.

Le confinement vous rend fou et vous avez l’impression qu’une entité maléfique va s’emparer de vous en cette soirée d’Halloween ? N’ayez crainte. Les séries coréennes fourmillent d’exorcistes et de medium prêts à vous venir en aide. Mais attention, ces personnages sont plus inquisiteurs que leurs homologues américains et risquent fort de s’immiscer dans votre vie privée pour comprendre le cheminement psychologique qui vous a conduit jusqu’ici. En deux ans à peine, les séries coréennes ont réinventé un genre que l’on croyait éculé : le thriller de possession démoniaque. Voici notre sélection.

OCN lance sa trilogie de l’exorcisme

The Guest (OCN, 2018)

Un chauffeur de taxi medium, un prêtre catholique et une policière s’allient dans une lutte sans merci contre un maître démon ancestral. Ils sont bientôt confrontés à une série de cas de possession démoniaque qui semblent reliés entre eux.

Notre avis : Sorti en septembre 2018, The Guest est le premier opus d’une collection de dramas sur ce thème lancée par la chaîne câblée OCN. Le point de départ de l’histoire nous emmène dans un décor qui rappelle le film The Strangers, de Na Hong Jin, avec ses scènes de chamanisme au fin fond de la campagne. Si la suite de l’histoire plante son décor à Séoul et convoque les croyances catholiques, le lien avec les racines culturelles de la Corée n’est jamais loin.

The Guest est à la fois un thriller de possession démoniaque pur jus et une vraie proposition d’évolution pour le genre. D’un côté, le drama reprend les codes des classiques tels que L’Exorcisme de William Friedkin avec des scènes de conjuration spectaculaires et sanglantes, au cours desquelles le prêtre catholique récite frénétiquement des prières devant un possédé féroce et manipulateur. L’atmosphère est lourde, le style visuel sombre et les décors poisseux.

De l’autre, The Guest fusionne le genre avec celui de la série policière à la coréenne. Le thriller d’exorcisme s’extrait ainsi du formatage imposé par les films américains, dans lesquels les victimes sont obligatoirement des jeunes filles. Hommes ou femmes, jeunes ou âgés, les possédés appartiennent ici à toutes les catégories de la population. A travers des enquêtes captivantes, la série explore des thèmes sociaux tels que le suicide en entreprise, la condition des mères célibataires ou encore l’abandon des personnes handicapées. Habilement ficelé, le scénario maintient aussi le mystère sur l’identité de la personne possédée par l’ennemi ultime, le maître démon qui contrôle tous les autres.

A la réalisation de The Guest, Kim Hong Sun (Voice) travaille avec précision l’ambiance visuelle et sonore de la série avec des jeux de lumières bien employés et une composition musicale inquiétante à souhait. Le drama développe aussi des personnages consistants interprétés avec talent par Kim Dong Wook (Special Labor Inspector Jo), Kim Jae Wook (Her Private Life) et Jung Eun Chae (The King: Eternal Monarch).

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Priest (OCN, 2018)

Priest s’intéresse à une section secrète du Vatican chargée des affaires d’exorcisme. La Regia 643 réunit deux prêtres, un policier, un hacker et une riche héritière. Bientôt, une chirurgienne découvre leur existence et décide de les aider.

Notre avis : Réalisé par Kim Jong Hyeon et diffusé quelques semaines après The Guest, la série Priest propose un mélange de genres original, entre thriller d’exorcisme et série médicale, avec un zeste de drame romantique. A travers les affaires traitées par la Regia 643, Priest utilise une fois encore le surnaturel pour parler du monde d’aujourd’hui en s’intéressant à la psychologie des possédés. La mission de l’équipe se complique quand les institutions religieuses sont attaquées de l’intérieur par le démon. 

Soutenu par des effets spéciaux et des maquillages de grande qualité, Priest offre des scènes de possession impressionnantes et inventives, dans lesquelles les talents d’exorcisme des prêtres se conjuguent avec la technologie. Ces scènes d’exorcisme sont mises au service d’une intrigue tortueuse et manipulatrice qui réserve des twists jusqu’au bout.

Le casting de Priest est conduit par l’excellent Yeon Woo Jin (My Shy Boss), qui humanise beaucoup l’univers sombre du drama et forme un duo de prêtres attachant avec Park Yong Woo (Hwayi: A Monster Boy). Nous retrouvons également Jung Yoo Mi (Partners For Justice) en chirurgienne confrontée à l’irrationnel, Moon Sook (Kkondae Intern) en nonne charismatique et Son Jong Hak (Flower of Evil) en policier tourmenté.

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Le Retour du Mal (OCN, 2019)

Kang Pil Sung (Song Sae Byeok), un flic doté d’un instinct d’enquêteur particulièrement développé, rencontre Hong Seo Jung (Go Joon Hee), une jeune medium un peu marginale qui tente de cacher ses pouvoirs. Ils vont s’allier pour retrouver Hwang Dae Doo, un dangereux psychopathe qui continue son œuvre même après la mort.

Song Sae Byeok et Go Joon Hee (Le Retour du Mal)

Notre avis : Le Retour du Mal, également connu sous le titre Possessed, vaut le détour si vous aimez les thrillers surnaturels et les personnages hauts en couleurs. Rien que le couple formé par Kang Pil Sung et Hong Seo Jung s’avère atypique dans un drama coréen. Il est brut de décoffrage et n’a rien d’un playboy, elle est à côté de ses pompes et vit dans la solitude à cause de ses pouvoirs. L’alchimie entre les acteurs Song Sae Byeok (A Girl at my Door) et Go Joon Hee (She Was Pretty), qui délivrent tous deux une interprétation sensible, participe à rendre étonnamment touchante l’histoire d’amour entre ces deux êtres en mal d’affection.

Yeon Jeong Hun (Possessed)

Une fois encore, le chamanisme participe à la fête pour donner du fil à retordre aux personnages. On pourra reprocher au Retour du Mal un scénario un peu décousu, ainsi que quelques baisses de rythmes ici et là, mais le drama réussit à passer de la légèreté à l’extrême noirceur avec une facilité déconcertante. Les acteurs secondaires participent également à pimenter l’univers de la série, à commencer Yeon Jeong Hoon (Lies of Lies) dont l’interprétation s’avère très fun dans le rôle du nanti possédé par l’esprit d’un psychopathe.

Yeon Sang Ho met son grain de sel

The Cursed (tvN, 2020)

Une journaliste enquête sur une puissante société d’IT, qu’elle suspecte de se livrer à des opérations illégales. Elle rencontre une adolescente qui affirme que le PDG de la société est possédé par un démon. La jeune fille est aussi dotée d’un pouvoir effrayant qui lui permet de lancer des « procédures », c’est-à-dire de tuer quelqu’un à distance.

Notre avis : Et si les raids numériques lancés contre des individus aboutissaient à de véritables mises à mort par un esprit démoniaque ? En convoquant les réseaux sociaux dans une sombre affaire de puissances occultes et de business, The Cursed pointe la culture de la haine propagée à une vitesse incontrôlable par les moyens numériques. L’histoire s’intéresse aussi à l’influence secrète des mudang, ou chamanes coréennes, dans les sphères du pouvoir en général et dans le monde des affaires en particulier – une influence bien réelle dans la vraie vie. 

On connaissait le réalisateur Yeon Sang Ho pour ses films Dernier Train Pour Busan et Peninsula (voir la critique). Le cinéaste s’essaie pour la première fois au format de la série TV en signant le scénario de The Cursed. L’histoire, qui se présente comme une enquête de longue haleine, est solidement ficelée et laisse une vraie place au développement des personnages avec l’amitié touchante entre la journaliste Jin Hee et la jeune So Jin, interprétées respectivement par Uhm Ji Won (Birthcare Center) et Jung Ji So (Parasite). Ponctué de quelques purs moments d’horreur, The Cursed fascine aussi par ses scènes de rituel chamanique impressionnantes conduites par une méchante ultra charismatique campée par Jo Min Soo (Pieta).

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Quand Netflix s’en mêle

The School Nurse Files (Netflix, 2020)

Ahn Eun Young (Jung Yu Mi), une infirmière scolaire douée de talents de medium, prend ses fonctions dans un établissement. Bientôt, un mal étrange menace de rendre fou l’ensemble des lycéens. Avec l’aide de Hong In Pyo (Nam Joo Hyuk), un professeur de caractères chinois, elle décide de combattre le Mal à sa source.

Jung Yu Mi et Nam Joo Hyuk

Notre avis : Produit pour Netflix et diffusé exclusivement sur la plateforme, The School Nurse Files est l’adaptation par la réalisatrice Lee Kyung Mi (Persona) d’un roman de l’autrice à succès Jung Se Rang. L’association de talents fait des étincelles sur cette série à la fois fantaisiste et dark, qui utilise le surnaturel pour aborder des thèmes psychologiques.

Munie de son épée lumineuse en plastique, Ahn Eun Young porte secours à des élèves à problèmes dans un lycée qui s’avère être l’épicentre de manifestations surnaturelles. Les esprits de The School Nurse Files ressemblent certes à des créatures de dessins-animés, mais ils agissent comme des révélateurs de souffrance pour une jeunesse un peu égarée. Du harcèlement scolaire aux troubles du comportement alimentaire, The School Nurse Files explore des thèmes douloureux sans jamais franchir la frontière avec le mélodrame.

Jung Yu Mi (The School Nurse Files)

A la fois émouvante et délicieusement décalée, la série The School Nurse Files doit aussi son charme à sa galerie de personnages pittoresques qui ont tous un grain de folie, à commencer par l’infirmière Ahn Eun Young interprétée par Jung Yu Mi (Kim Ji Young, Born 1982) et le professeur introverti campé par Nam Joo Hyuk (The Light in Your Eyes). La série est aussi l’occasion de découvrir une brochette de jeunes acteurs talentueux qui devraient faire parler d’eux dans les années à venir.

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Elodie Leroy

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