Critique : Persona (Netflix), un film inégal mais attachant avec IU

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Si les courts métrages qui composent Persona ne sont pas tous d’intérêt égal, l’ensemble emporte l’adhésion grâce à l’aura attachante de la chanteuse IU.

Le projet original de Persona est né de l’imagination de l’auteur-compositeur-interprète Yoon Jong Shin, figure connue de la ballade coréenne. L’idée paraît d’autant plus intéressante que IU est encore jeune mais a déjà derrière elle une longue carrière – elle fêtait ses 10 ans dans l’Entertainment il y a quelques mois. En tant que chanteuse et autrice, elle possède un univers très personnel qui a gagné en maturité au fil des années. Sa carrière d’actrice connaît également une belle ascension depuis la bonne réception à l’international du drama Moon Lovers: Scarlet Heart Ryeo, et surtout le succès critique et public de My Mister en 2018, qui lui a déjà valu des prix d’interprétation.

Avec Persona, IU se lance le défi de s’imposer pour la première fois dans un film, qui plus est un film à son image. Quatre réalisateurs aux parcours variés – certains sont des vétérans, d’autres des jeunes talents – s’efforcent en effet de capturer à leur manière ce qui fait le charme et la singularité de la jeune artiste.

Outre IU elle-même, le point commun qui réunit ces morceaux hétéroclites est l’idée de renversement de point de vue. Chaque court métrage nous invite à décrypter les tenants et les aboutissants d’une situation. Mais les apparences se révèlent trompeuses. Les effets de surprise ménagés par les différents scénarios ne cèdent pas à la facilité, et démontrent à quel point notre ressenti peut être manipulé par la volonté du réalisateur, par ce qu’il ou elle accepte de nous montrer ou non.

Le premier segment, intitulé Love Set, nous projette aux côtés de IU et de Bae Doona (Stranger) sur un cours de tennis où semble se jouer un peu plus qu’un simple décompte de points. Les protagonistes sont au nombre de quatre : deux femmes, deux hommes. Tandis qu’une partie succède à l’autre, nos repères se brouillent. L’adversaire de Doona est-il vraiment le père de IU ? Le jeune Américain venu assister à ces rencontres est-il son petit ami jaloux ? Et surtout, Doona et IU sont-elles rivales comme leur affrontement féroce le laisse penser ?

La réalisatrice Lee Kyoung Mi, à qui l’on doit le thriller The Truth Beneath, joue constamment avec les idées reçues du spectateur face à une situation qui paraît a priori cousue de fil blanc. Elle livre un étrange court sous forme de morceau de bravoure sportif à forte connotation sexuelle, qui n’est pas non plus dénué d’humour. Réjouissant.

Sur un ton tout aussi léger, Kiss Burn met en scène IU dans le rôle d’une fauteuse de troubles. Notre héroïne est une jeune fille désœuvrée qui cultive un ascendant sur Hye Bok, sa meilleure amie un peu simplette. Après que cette dernière s’est fait réprimander par son père, elle lui propose de se venger de celui-ci. L’intrigue se déroule de nuit, autour de la maison de Hye Bok située en lisière de la forêt.

Ce court est dirigé par la réalisatrice Jeon Go Woon, qui s’est fait remarquer en 2018 avec le film Microhabitat. Jeon a aussi plusieurs scénarios à son actif, dont celui de l’étrange Collective Invention de Oh Kwang Kwon. Si Kiss Burn reste le plus anecdotique du lot, son contenu n’est pas exempt d’une certaine gravité. C’est d’ailleurs à cause de ce segment, qui résonnait alors avec l’actualité coréenne, que la sortie de Persona a été différée de quelques jours sur Netlflix.

Persona prend cependant une dimension supérieure à travers les courts métrages deux et quatre, de loin les plus réussis de cette anthologie.

Collector raconte une étrange romance librement inspirée de la chanson Jam Jam de IU. Un homme d’âge moyen converse avec une jeune femme à la terrasse ensoleillée d’un café. Il veut savoir pourquoi elle ne l’a pas contacté pendant dix jours. Elle lui répond sans détour qu’elle est partie à la mer avec des amis. L’homme est secoué mais ne le montre pas. Le ton de l’échange se fait plus hostile à mesure que le couple se déplace dans des lieux de plus en plus sombres et confinés.

Collector s’apparente à une plongée sans filet à l’intérieur de la psyché d’un homme en pleine confusion. Le réalisateur Yim Pil Sung, à qui l’on doit les angoissants Antartic Journal et Hansel et Gretel, excelle à installer une atmosphère en relation avec la cruauté de la situation. Certains effets de mise en scène ne sont pas sans rappeler la série Black Mirror et ses personnages prisonniers dans des espaces virtuels dépouillés.

L’autre point fort de ce segment tient à l’excellente prestation d’IU, très convaincante dans le rôle de cette jeune femme tour à tour charmante et perfide, qui met impitoyablement son interlocuteur face à ses contradictions.

Enfin, Walking At Night nous invite à suivre un couple d’amoureux tandis qu’ils déambulent dans les rues la nuit en se remémorant les moments forts de leur relation. Bientôt, nous apprenons qu’ils se rencontrent en réalité dans le rêve de l’homme. La charmante promenade nocturne au clair de lune ne tarde pas à raviver également des souvenirs douloureux.

A travers une mise en scène expressionniste de toute beauté, le réalisateur Kim Jong Kwan saisit la vérité de chacun des deux personnages tandis qu’ils mettent à nu leurs sentiments. Les jeux d’ombres et de lumière, le travail sur le son et l’utilisation savante du gros plan créent un sentiment d’intimité avec cette femme et cet homme dont une tranche de vie se dévoile pudiquement devant nous.

Navigant avec naturel entre légèreté et tristesse, IU et son partenaire Jung Joon Won (V.I.P.) livrent chacun une prestation tout en sensibilité enfouie. Leur alchimie participe de l’émotion qui se dégage de Walking At Night, le plus beau court métrage de Persona.

Caroline Leroy

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