Gyeongseong, 1932. La Corée vit des heures sombres sous l’occupation japonaise. Pickpocket aussi douée que téméraire, Lee Ga Kyung (Kim You Jung) habite avec deux orphelins et compagnons de fortune dans un bidonville et rêve d’aller vivre en Amérique.
A la suite d’un incident, elle est recrutée par Kim So Ran (Kim Hyun Joo) et le journaliste Yoo Philip (Lee Moo Saeng), deux agents du mouvement indépendantiste, pour devenir espionne. Pendant trois mois, Ga Kyung doit travailler aux côtés de Hideo Sato (Park Jin Young), interprète au gouvernement, pour rapporter les faits et gestes de son père, l’administrateur en chef Shinichi Sato (Jin Sun Kyu). En échange, elle pourra réaliser son rêve de partir pour l’Amérique.
Diffusé sur tvN et Netflix depuis le 10 octobre 2026, 100 Jours en espionne (à l’international, 100 Days of Deception) a réalisé le meilleur démarrage de l’année pour un drama du câble en Corée en attirant 5,3% des spectateurs, un score passé à 9% avec la diffusion de l’épisode 4. Il faut dire que le drama captive instantanément par ses qualités de production, son rythme enlevé et ses personnages attachants.
Rien d’étonnant à cela : l’objet est dirigé par l’excellent Yoo In Sik, à qui l’on doit, entre autres, les mémorables Dr. Romantic, Extraordinary Attorney Woo et récemment le formidable The WONDERfools. Le réalisateur porte à l’écran un scénario original de Ryu Bo Ri, l’autrice de Do You Like Brahms? et Trolley. Un générique qui inspire confiance.

La distribution a également des atouts pour convaincre. Pilier du drama, l’actrice Kim You Jung (Dear X) nous embarque sans réserve dans les aventures de Ga Kyung, et ce, dès la première scène : une séance de pickpocket dans une gare en pleine effervescence. Vêtue d’un élégant manteau orange brûlé, la jeune femme paraît danser entre les voyageurs occupés à rassembler leurs affaires sur le quai. Le geste gracieux, le regard pétillant, Ga Kyung est la véritable maîtresse des lieux, dérobant une bourse par-ci, une montre par-là, distribuant les sourires enjôleurs à ses victimes.
Au passage, elle croise le chemin du fils de l’administrateur en chef, Hideo Sato, auquel elle fait du gringue tout en attrapant son portefeuille. Elle embarque aussi sans le savoir une mallette remplie de munitions appartenant aux indépendantistes Kim So Ran et Philip Yoo. En une scène décisive, les principaux protagonistes de l’histoire entrent en interaction, pour le meilleur et pour le pire. Car si Ga Kyung attire déjà l’attention du beau Hideo, qui s’avère être en réalité un Coréen adopté, elle met aussi sans le savoir le pied dans un affrontement sans merci entre colons et indépendantistes.
Le tour de force de 100 Jours en espionne est de dépeindre avec force l’oppression des Coréens par les Japonais, quitte à orchestrer des scènes particulièrement dures (le massacre du village dans l’épisode 2), tout en donnant au spectateur matière à se divertir à travers les aventures rocambolesques de Ga Kyung, qui passe de la condition de pickpocket de rue à celle d’interprète au gouvernement.
Ce juste dosage entre gravité et divertissement, allié à un souffle romanesque réjouissant, n’est pas sans évoquer Mr. Sunshine, auquel 100 Jours en espionne s’autorise d’ailleurs quelques références (la femme sniper qui court sur les toits) et emprunte surtout des lieux de tournage. Plusieurs scènes en extérieur sont en effet filmées au Sunshine Studio, un plateau construit spécifiquement pour Mr. Sunshine et situé à Nonsan, dans la province du Chungcheong du Sud.
Somptueux, les décors extérieurs comme intérieurs servent aussi d’écrin à des scènes d’action visuellement stupéfiantes, de l’affrontement par balles aussi brusque qu’inattendu dans le couloir exigu d’une maison bourgeoise au début de l’épisode 2, à la fusillade en pleine rue, magistralement mise en scène, qui conclut l’épisode 4.
100 Jours en espionne n’oublie pas de développer une intrigue romantique à travers les rencontres de Ga Kyung, interprétée par une Kim You Jung débordante d’énergie, avec Hideo Sato, auquel Park Jin Young (Comme tu brilles) apporte beaucoup de prestance. L’alchimie entre les deux acteurs participe beaucoup au charme irrésistible du drama : on adore leurs joutes verbales qui ressemblent à des querelles amoureuses.
A cette tension romantique entre Ga Kyung et Hideo s’ajoute une autre possibilité de romance entre Kim So Ran, femme froide qui semble développer malgré elle un sentiment maternel pour Ga Kyung, et Philip Yoo, espion aux méthodes brutales qui se méfie de la jeune fille. Ces derniers sont interprétés par deux acteurs convaincants, Kim Hyun Joo (Hellbound 2) et Lee Moo Saeng (Tu étais là).
Il est également impossible d’évoquer le casting sans dire un mot sur la performance de Jin Sun Kyu (Le Prix des aveux), glaçant en homme de pouvoir aussi cruel que méticuleux. Enfin, on se réjouit du retour devant la caméra de l’acteur Kam Woo Sung (Should We Kiss First) dans le rôle de l’homme qui tente d’assassiner Sato.
100 Jours en espionne compte 16 épisodes et est diffusé sur tvN et Netflix du 10 octobre au 29 novembre 2026.
Elodie Leroy
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