Dans Do You Like Brahms?, Park Eun Bin et Kim Min Jae sont les héros d’une chronique douce-amère sur la difficulté de surmonter ses insécurités.

Qu’il est difficile de prendre son envol dans la vie. C’est là, en substance, le propos de cette belle série coréenne, qui mêle la romance au portrait réaliste de jeunes gens en proie au doute à l’aube de la trentaine. Diffusé du 31 août au 20 octobre 2020 sur la chaîne SBS, Do You Like Brahms? représente l’une des bonnes surprises de l’année, de celles que l’on ne voit pas venir immédiatement mais qui vous captivent par leur justesse et leur sensibilité. Les talents réunis de Park Eun Bin et Kim Min Jae contribuent pour beaucoup au plaisir que l’on ressent à suivre les hauts et les bas de l’histoire d’amour de Chae Song Ah et Park Joon Young.

Scène romantique dans Do You Like Brahms?

Amour, musique et crise de la trentaine

Do You Like Brahms? s’intéresse à l’histoire d’amour de Chae Song Ah (Park Eun Bin), une étudiante en quatrième année en musique qui rêve de devenir violoniste, et Park Joon Young (Kim Min Jae), un jeune pianiste célèbre revenu en Corée pour une année sabbatique.

Tous deux se rencontrent par hasard alors qu’ils participent au même récital. Mais alors que leur relation commence à prendre un tour plus sérieux, elle est mise à mal par le retour de l’ancien amour de Joon Young, Lee Jung Kyung (Park Ji Hyun), et de son meilleur ami Han Hyun Ho (Kim Sung Cheol), qui traversent ensemble une crise de couple.

Les Coréens sont en passe de devenir les spécialistes d’un genre bien spécifique, celui des fictions consacrées à la difficile transition vers la trentaine, envisagée comme un second passage à l’âge adulte. Ce thème était notamment abordé avec brio dans Fight For My Way et Because This Is My First Life, ainsi que d’une manière particulièrement originale dans Still 17.

Do You Like Brahms? n’est pas si éloigné de ce dernier dans son thème – en plus de nous plonger aussi dans l’univers de la musique classique –, puisque ses protagonistes semblent avoir développé une apathie vis-à-vis de leurs propres désirs, tout en étant en apparence bien insérés dans la société. A l’abord de la trentaine, chacun se trouve ainsi piégé dans une impasse à la fois professionnelle et personnelle, qui se mue pour certains en un gouffre d’incertitude.

Sentiment d’échec

C’est notamment le cas de Song Ah. A 29 ans, elle continue de sourire d’un air gêné lorsque ses interlocuteurs ironisent sur le fait que son nom, Chae Song Ah (채송아), ressemble phonétiquement à l’expression « je suis désolé » (죄송하다). Non seulement elle ne parvient jamais à dire non, mais elle a du mal à imposer son choix de carrière à sa famille, qui aimerait la voir mener une vie plus ordinaire.

Au contact de Joon Young, pianiste admiré de tous, le cœur de Song Ah s’emballe, mais sa confiance en elle est ébranlée de tous côtés. Persuadée de n’avoir aucun talent, elle se laisse peu à peu envahir par un irrépressible sentiment d’infériorité, sans se douter que les personnes brillantes qu’elle côtoie ressentent des peurs similaires.

En effet, Joon Young traverse lui aussi une crise d’identité qu’il a du mal à verbaliser. D’une part, il est mis à l’épreuve par des pianistes plus jeunes et plus talentueux que lui. D’autre part, bien qu’il soit sincèrement amoureux de Song Ah, il ne parvient pas complètement à rejeter les avances de Jung Kyung. Cette dernière se réfugie quant à elle derrière une attitude de princesse de glace pour ne pas exposer ses failles, un comportement dont son compagnon Hyun Ho fait durement les frais. 

Lentement mais sûrement, Do You Like Brahms? met à jour avec intelligence la manière dont ce mal insidieux qu’est le sentiment d’échec peut paralyser une existence.

Tout au long de l’intrigue, le mot « échec » est ainsi scandé tel un leitmotiv toxique pesant sur la vie de chacun. Les professeurs eux-mêmes, qui ne cessent de rabaisser leurs élèves et de se tirer dans les pattes, semblent d’ailleurs être les premiers concernés par cette hantise. Le fait que l’histoire se déroule dans une prestigieuse université de musique, où la compétition est particulièrement féroce, exacerbe encore les tensions.

Par petites touches, le drama montre aussi comment l’accumulation de petits bobos finit par creuser une blessure béante dans l’âme. A force de ne jamais dire non, Song Ah autorise les autres à la blesser davantage. Cependant, en niant constamment sa valeur et ses propres sentiments, on finit aussi par blesser les autres.

Belle alchimie entre Park Eun Bin et Kim Min Jae

Sans jamais verser dans la démonstration, Do You Like Brahms? séduit par la justesse et la subtilité de son approche psychologique, tant dans le portrait de chaque personnage que dans l’enchaînement des conséquences de leurs interactions souvent maladroites.

A ce titre, son charme principal réside assurément dans son délicieux couple principal. Aussi discrets et introvertis l’un que l’autre, Song Ah et Joon Young tranchent avec les couples dynamiques que nous proposent habituellement les séries TV coréennes. Le talent de Park Eun Bin et Kim Min Jae, merveilleusement assortis, n’est pas pour rien dans l’attachement que provoquent ces deux jeunes gens peu expansifs.

Park Eun Bin trouve en Chae Song Ah l’un de ses meilleurs rôles depuis longtemps, loin de déceptions telles que Judge vs. Judge et The Ghost Detective. Sa performance est si authentique qu’on pourrait croire que le personnage de cette jeune femme hésitante et craintive a été écrit pour elle. Elle force aussi l’admiration lors des séquences musicales, notamment à l’occasion d’une superbe scène qui la voit jouer du violon seule sur scène, comme si toutes les peines refoulées de Song Ah étaient contenues dans ce moment.

Un an après le sageuk Flower Crew : Joseon Marriage Agency, Kim Min Jae accède de son côté pour la seconde fois seulement à un rôle principal. Dans Do You Like Brahms?, il livre une interprétation à la fois solide et sensible, dans un rôle qui nécessite beaucoup de nuance. Comme sa partenaire Park Eun Bin, Kim Min Jae se révèle également très convaincant dans les scènes le montrant jouer du piano.

Do You Like Brahms? : une quête d’harmonies

Autour d’eux, Park Ji Hyun (Rookie Historian Goo Hae Ryung) et Kim Sung Cheol (Arthdal Chronicles) trouvent le ton juste à chaque scène, en particulier lorsqu’ils se donnent la réplique.   

La manière dont l’emphase est mise sur les dialogues, sur les expressions des acteurs et leurs réactions parfois imperceptibles, participe du sentiment de réalisme qui imprègne Do You Like Brahms?. C’est bien simple, on n’avait pas effleuré pareille délicatesse dans un drama depuis le magnifique Temperature of Love, il y a trois ans.

Le fait que le réalisateur Jo Young Min (Switch: Change The World) et la scénariste Ryu Bo Ri aient déjà travaillé ensemble en 2019 sur un mini-drama, Everything and Nothing, explique peut-être en partie le sentiment d’harmonie qui se dégage de chaque épisode.

Les différents morceaux de musique classique qui composent la bande originale ajoutent encore à la saveur douce-amère de ce drama qui sonne décidément très juste.

Caroline Leroy

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Kim Min Jae et Park Eun Bin