Critique : Narco-Saints, drama de gangsters engageant sur Netflix

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Mené par les excellents Ha Jung Woo et Hwang Jung Min, le thriller Narco-Saints ne verse pas dans la morosité et se révèle étonnamment divertissant, malgré une baisse de rythme passagère.

Fin des années 90. Alors qu’il cherche à faire affaire avec son meilleur ami au Suriname, Kang In Gu (Ha Jung Woo), un entrepreneur fauché, se retrouve acculé à infiltrer un cartel de drogue dirigé par le Coréen Jeon Yo Han (Hwang Jung Min). Avec un pour seul contact un agent de la NIS du nom de Choi Chang Ho (Park Hae Soo), In Gu doit tromper la vigilance des sbires de Jeon, notamment l’imperturbable Byun Kitae (Jo Woo Jin), le perspicace David Park (Yoo Yeon Seok) et le fanatique Lee Sang Joon (Kim Min Gwi).

Depuis l’annonce de son casting en mai 2021, Narco-Saints suscitait chez nous une véritable impatience, tout d’abord pour son casting cinq étoiles, mais aussi pour son décor exotique – l’Amérique Latine – ainsi que son sujet inhabituel pour un drama coréen – l’univers des cartels de drogue.

Le tournage, qui s’est déroulé en République Dominicaine et sur l’ile de Jeju en Corée du Sud entre avril et décembre 2021, s’est avéré plus difficile que prévu puisqu’il a dû être interrompu entre juillet et octobre pour cause de contamination au Covid au sein de l’équipe. Il aura ensuite été nécessaire de patienter jusqu’au 9 septembre 2022 pour découvrir enfin la série sur Netflix.

Hwang Jung Min et Ha Jung Woo dans Narco-Saints
Hwang Jung Min et Ha Jung Woo dans Narco-Saints / Crédits : Netflix

La série Narco-Saints a aussi ceci de particulier qu’elle réunit une petite famille qui se connait de longue date. Le scénariste Kim Seong Hwi et le réalisateur Yoon Jong Bin ont déjà collaboré sur le film The Spy Gone North, avec en vedette Hwang Jung Min. Le réalisateur (et scénariste) Yoon Jong Bin a également produit le film A Violent Prosecutor avec ce dernier. Il a par ailleurs dirigé Ha Jung Woo dans Nameless Gangster et KUNDO : Age Of The Rampant, et a signé l’adaptation du premier film de l’acteur en tant que réalisateur, Chronicle Of A Blood Merchant.

Cette proximité des talents à l’œuvre devant et derrière la caméra constitue bien évidemment un avantage. On sent notamment les acteurs particulièrement à l’aise dans leurs rôles respectifs dès le début du drama, en dépit du tournage à l’étranger.

Elle présente néanmoins quelques risques. Passé la mise en place efficace – le drama ne compte que 6 épisodes – les acteurs principaux donnent en effet l’impression de ne pas complètement sortir de leur zone de confort, eux qui ont tourné dans un nombre incalculable de films de gangsters. Or la position même du personnage principal, qui se retrouve plongé dans un nid de guêpes, devrait instiller au drama un perpétuel sentiment d’insécurité.

Ha Jung Woo, Park Hae Soo, Hwang Jung Min et Yoo Yeon Seok / Crédits : Netflix

Cette impression est heureusement de courte durée, puisque Narco-Saints trouve un nouveau souffle dès le quatrième épisode pour ne plus relâcher la pression jusqu’à sa conclusion.

Basé sur des faits réels, le scénario est bien écrit malgré les baisses de rythmes susmentionnées. Sans être époustouflante, la réalisation reste propre et maitrisée, tout en injectant la dose d’adrénaline nécessaire au bon moment par le biais de scènes d’action brèves mais convaincantes.

Le décor principal de l’immense maison de Jeon perdue au beau milieu d’une épaisse forêt est bien exploité, renforçant étrangement le sentiment de huis clos qui émane du drama, et ce bien que les protagonistes fassent plusieurs escapades dans la nature au cours de l’histoire.

Yoo Yeon Sok dans Narco-Saints
Yoo Yeon Seok / Crédits : Netflix

Plus l’intrigue avance, et plus elle séduit par son caractère compact, car toujours focalisée sur son protagoniste principal. Le contexte du trafic de drogue est ainsi suffisamment explicité pour que l’on comprenne de quoi il retourne au même titre que le héros, mais n’occupe pas le premier plan.

Narco-Saints devient à ce titre particulièrement captivant lorsqu’il s’agit de démasquer les traitres au sein de l’organisation criminelle dirigée par Jeon Yo Han, alliés potentiels de notre homme en infiltration. Un parti-pris qui ne lui donne pas droit à l’erreur et qui s’avère plutôt original, la plupart des histoires de ce genre donnant au contraire au héros pour mission de démasquer ses ennemis. Il est aussi amusant, si l’on peut dire, de voir Kang in Gu révéler au fil du temps des capacités d’espion et de businessman dans un domaine – le trafic de drogue à grande échelle – dont il n’avait pas forcément rêvé.

Dans la peau de ce héros de l’ombre, l’acteur vétéran Ha Jung Woo fait un très bon travail en insufflant à son personnage ce qu’il faut de familiarité, de nonchalance et de témérité pour nous maintenir constamment de son côté. Il est à souligner que Ha Jung Woo, tête d’affiche de quantité de thrillers à succès du cinéma coréen, tourne avec Narco-Saints son premier drama depuis 2007, ce qui en dit long sur la valeur prise par les productions télévisuelles coréennes en l’espace d’une quinzaine d’années.

Ha Jung Woo, Kim Min Gwi et Jo Woo Jin / Crédits : Netflix

Face à lui, Hwang Jung Min livre une composition réjouissante en baron de la drogue implacable qui se dissimule derrière le masque d’un pasteur débonnaire. Après l’échec de Hush en 2019, l’acteur revient lui aussi avec bonheur dans le monde du drama, qui lui permet de déployer son inventivité sur une longue durée.

De leur côté, Park Hae Soo (Squid Game) et Jo Woo Jin (Hunt) sont impeccables de sobriété dans leurs rôles respectifs. Mais on apprécie tout spécialement les performances de Yoo Yeon Seok (Vanishing) en éminence grise distinguée dans ce monde de brutes, et du Taïwanais Chang Chen (Dune) qui apporte du peps au drama dans le rôle d’un chef mafieux au sang chaud. Enfin, on apprécie de retrouver Kim Min Gwi, injustement « annulé » par les médias coréens durant la diffusion de Nevertheless en 2020.

Malgré son thème a priori glauque, Narco-Saints a pour mérite de ne pas verser gratuitement dans l’ultra-violence, ce qui constitue un bon point. La série souffre néanmoins d’une absence presque totale d’actrices qui fait directement écho au mal rongeant le polar coréen de cinéma à l’heure actuelle.

Bien que le genre s’inscrive indéniablement dans un monde d’hommes, le fait qu’aucune femme ne ressorte, même le temps d’une scène sur 6 bonnes heures de programme, confère ainsi à l’ensemble une légère impression d’inachevé.

Chang Chen dans Narco-Saints
Chang Chen / Crédits : Netflix

Il y avait pourtant matière avec le personnage tenu par l’excellente Lee Bong Ryeon (Hometown Cha Cha Cha), qui seconde le pasteur dans son business de secte. Mais la diaconesse Jeong n’a que très peu de plans et encore moins de répliques. Seule Choo Ja Hyeon (Little Women) a droit à quelques bouts de scène, mais ses interventions se limitent à jouer les épouses casse-pied auprès de Ha Jung Woo.

Narco-Saints a par ailleurs été victime d’attaques surprenantes de la part du gouvernement du Suriname, qui menace d’attaquer en justice la production pour sa peinture du pays, qu’il juge obsolète et nuisible pour son image. La menace s’est en tout cas avérée suffisamment sérieuse pour que l’ambassade de Corée du Sud sur place enjoigne ses ressortissants à la prudence.

Tout cela n’aura pas empêché Narco-Saints de se classer en tête des séries Netflix en Corée dès la semaine de sa sortie, et simultanément troisième dans le top 10 français. Mieux : sur la semaine du 12 au 18 septembre, la série atteignait le premier rang mondial des séries non-anglophones sur la plateforme avec de 62,650 millions d’heures de visionnage. C’est ce que l’on appelle un beau succès.

Caroline Leroy

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Park Hae Soo / Crédits : Netflix

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