Critique The WONDERfools : les super-héros relèvent la tête dans une fable galvanisante

Porté par une Park Eun Bin étourdissante, The WONDERfools s’impose parmi les chefs-d’oeuvre du genre super-héroïque grâce à sa créativité, son humanité et son humour débordant. Disponible sur Netflix.

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Les histoires de super-héros sont décidément à la mode en Corée du Sud. Si Strong Woman Do Bong Soon et Demon Catchers, respectivement sortis en 2017 et 2020, constituent les pionniers du genre, c’est véritablement la série Moving qui, avec son assemblage fascinant d’individus ordinaires aux super-pouvoirs hétéroclites, a lancé la tendance en 2023. Néanmoins, les tentatives se sont jusqu’à présent révélées inégales, se répartissant entre franches réussites – le film Hi-Five de Kang Hyeong Cheol – et ratages complets – Twelve et Cashero, sortis en 2025.

Disponible sur Netflix depuis le 15 mai 2026, The WONDERfools ne se contente pas de raviver une flamme vacillante, mais s’impose comme la fiction coréenne de super-héros la plus aboutie et la plus emballante depuis Moving, tant sur le plan artistique que narratif. Et nous rappelle que les pépites ne sont jamais là où on les attend. 

Park Eun Bin et Cha Eun Woo / Crédits : konamhi, LEE YOUNG SU/Netflix © Netflix

Situé en 1999, The WONDERfools raconte les mésaventures d’Eun Chae Ni (Park Eun Bin), une jeune femme de 27 ans à la santé fragile, qui réside avec sa grand-mère Kim Cheon Bok (Kim Hae Sook) dans la ville de Haesong. Alors que le monde s’apprête à basculer dans le nouveau millénaire, Chae Ni se retrouve impliquée dans un étrange incident avec son ami Kang Ro Bin (Im Sung Jae) et le fleuriste Son Gyung Hoon (Choi Dae Hoon), à l’issue duquel tous trois héritent d’étranges pouvoirs. 

Ce changement n’échappe pas à l’oeil acéré de Lee Un Jeong (Cha Eun Woo), un fonctionnaire fraîchement arrivé de Séoul et dont le tempérament réservé semble cacher de nombreux secrets. Pendant que ce dernier se rapproche de Chae Ni, un groupe d’individus suspects se lance également sur les traces de la jeune femme, sur ordre d’un certain Ha Won Do (Son Hyun Joo). 

Comme leurs prédécesseurs coréens, les super-héros de The WONDERfools sont imparfaits. Eun Chae Ni, Kang Ro Bin et Son Gyung Hoon sont même plus que cela, puisqu’ils sont qualifiés de « produits défectueux » par leurs ennemis. Lorsque nous faisons leur connaissance, tous trois ont ainsi en commun de ne pas parvenir à trouver leur place dans la société, de ne pas se sentir « utiles » – le mot revient d’ailleurs à plusieurs reprises dans la série. Ce n’est donc pas un hasard s’ils acquièrent leurs pouvoirs en tombant la tête la première dans une marre de boue, comme s’il fallait toucher le fond pour enfin prendre son envol.

Park Eun Bin / Crédits : konamhi, LEE YOUNG SU/Netflix © Netflix

Avec humour, bienveillance et beaucoup d’énergie, The Wonderfools retrace ainsi le parcours initiatique de ces individus mal dans leur peau tandis qu’ils passent de l’ombre à la lumière. Dans cette quête, la découverte de soi apparait fondamentale. En effet, si nos héros remarquent certains changements en eux, ils ne savent ni quel pouvoir ils ont acquis, ni comment l’utiliser. La phase de compréhension de leurs nouvelles facultés et surtout de la manière de les déclencher représente l’un des aspects les plus drôles de la série, les super-pouvoirs de nos héros se révélant intrinsèquement liés à leurs personnalités respectives. 

A ce groupe se greffe un authentique super-héros en la personne de Lee Un Jeong, sorte de Clark Kent coréen qui dissimule ses pouvoirs de télékinésie derrière les lunettes et le costard d’un banal agent municipal. Bien qu’il semble en parfaite maitrise de sa condition par rapport aux autres, lui aussi devra saisir l’opportunité de s’accomplir au gré des épreuves, quitte à remuer un lourd passé impliquant les auteurs d’expériences scientifiques interdites.

Im Sung Jae / Crédits : konamhi, LEE YOUNG SU/Netflix © Netfli

Tout au long de ses huit épisodes, The WONDERfools brille par une narration très fluide et équilibrée, malgré les difficultés que représentent les fréquents flash-backs et les changements de lieu parfois abrupts, eu égard aux capacités extraordinaires des personnages.

Chaque épisode donne le sentiment d’être un film à part entière. Les multiples péripéties ne sont pas gratuites mais font évoluer les protagonistes, individuellement ou collectivement. Les pouvoirs des personnages, qu’ils soient bons ou méchants, contribuent à les définir tout en se révélant très divertissants, à la faveur de scènes d’action spectaculaires servies par des effets spéciaux de toute beauté. On ressent ainsi une satisfaction à chaque étape de l’intrigue, jusqu’à l’apothéose finale.

Finalement, ce qui est merveilleux dans The WONDERfools, c’est qu’on y trouve toutes les émotions. On ressent ces émotions pour chaque personnage, mais aussi pour cette histoire d’amitié improbable qui est au coeur de la série. Cette symbiose qui nait entre les protagonistes est d’ailleurs ce qui les différencie de leurs ennemis, qui partagent pourtant un même sentiment d’inutilité au fond d’eux mêmes, ne trouvant une raison de vivre qu’en servant leur bourreau. 

Choi Yoon Ji, Son Hyun Joo et Jung Yi Seo / Crédits : konamhi, LEE YOUNG SU/Netflix © Netflix

La magie Yoo In Sik rend tout cela possible. A partir d’un scénario épatant de Heo Da Joong (Extreme Job), la mise en scène du réalisateur de Dr Romantic et Extraordinary Attorney Woo se fait inventive, précise et ample, parfois même virevoltante, avec un soin manifeste accordé aux contrastes entre les différents niveaux de plan.

A ce titre, un long plan-séquence dans l’épisode 6 tient du coup de génie, lorsque la caméra tourne autour de Chae Ni ballotée sur un lit d’hôpital au beau milieu d’une horde de combattants, avec en fond sonore la chanson « Creep « de Radiohead. On admire aussi la poésie de ce moment où Lee Un Jeong fait voler par mégarde Chae Ni dans les airs sur une musique au piano (épisode 3), ou celle des illusions créées par le personnage de Seok Ho Ran (Choi Yoon Ji) pour envoûter ses victimes. 

L’utilisation judicieuse des musiques et chansons participe au côté exaltant de The WONDERfools. Rien que l’opening donne des frissons, tant il est épique à tout points de vue, sur une musique de Choe Jeong In et une animation en patchwork signée de l’incontournable studio Undesigned Museum. Tout simplement l’un des meilleurs génériques d’ouverture de l’année. 

Choi Dae Hoon / Crédits : konamhi, LEE YOUNG SU/Netflix © Netflix

Mais la virtuosité de la réalisation de Yoo In Sik tient également au fait qu’elle reste toujours au service des personnages, et fait par là-même ressortir le meilleur de chaque acteur. A commencer par Park Eun Bin, qu’il retrouve quatre ans après Extraordinary Attorney Woo. 

N’ayons pas peur des mots : dans le rôle de la pétillante Eun Chae Ni, Park Eun Bin est géniale. Elle est incroyablement attachante avec son sourire contagieux et son regard déterminé, sans oublier ses adorables tresses en macarons asymétriques. L’actrice parvient à exprimer l’entrain et la candeur de la jeune femme tout en déployant un jeu très riche qui intègre des attitudes purement clownesques, que ce soit dans sa manière irrésistible de convoquer ses super pouvoirs en posant les doigts sur ses tempes ou simplement dans sa façon de se jeter littéralement dans l’action. Cette attention minutieuse portée au langage corporel de son personnage faisait déjà l’un des attraits de sa performance dans Hyper Knife, et montre avec force sa volonté d’explorer toutes les possibilités de interprétation. 

Park Eun Bin / Crédits : konamhi, LEE YOUNG SU/Netflix © Netflix

Park Eun Bin n’est cependant pas seule. Elle est entourée des deux comiques de haute volée que sont Choi Dae Hoon et Im Sung Jae.

Vu cette année dans La Vie portera ses fruits et Agent Kim Reactivated, Choi Dae Hoon est une fois de plus méconnaissable dans la peau de Son Gyung Hoon. Tour à tour survolté et subtil dans ses expressions faciales, il déploie tout son talent d’acteur pour nous prouver que cet homme un peu minable mérite effectivement une deuxième chance. Quant à Im Sung Jae, qui nous avait déjà beaucoup fait rire dans Newtopia, il pourrait presque s’imposer comme une star du muet, tant son visage et ses postures sont expressives. Il lui suffit de quelques scènes pour nous rendre le personnage de Kang Ro Bin (un clin d’oeil à l’acolyte de Batman ?) immédiatement attendrissant.

De son côté, Cha Eun Woo livre une de ses meilleures prestations, loin devant celle qu’il avait fourni dans Wonderful World, où son personnage cultivait également un mystère tout en se livrant à des expéditions secrètes. Le réalisateur Yoo In Sik parvient même à le faire sortir de sa coquille durant les derniers épisodes, notamment le temps d’une scène forte entre lui et l’excellente Kim Hae Sook (My Royal Nemesis), qui joue la grand-mère de Park Eun Bin. 

Bae Na Ra / Crédits : konamhi, LEE YOUNG SU/Netflix © Netflix

Série de superhéros oblige, The Wonderfools offre son lot de méchants mémorables, mené par le très charismatique Son Hyun Joo (Reborn Rookie), qui joue de son air sympathique pour nous saisir d’effroi par surprise. Bae Na Ra (Weak Hero: Class 2), Choi Yoon Ji (Resident Playbook) et Jung Yi Seo (A Killer Paradox) se montrent aussi très convaincants dans la peau de ses sbires aux pouvoirs effrayants.

The WONDERfools est resté cinq semaines dans le Top 10 Global des séries non-anglaises de Netflix, et cumule à ce jour 20 millions de vues (source : what’s-on-netflix). Un beau score qui ouvre la voie à une éventuelle saison 2, même si à ce stade, Netflix n’a pas encore laissé entendre que cette possibilité était envisagée.

Caroline Leroy 

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Caroline Leroy
Caroline Leroy
Co-fondatrice de StellarSisters.com et experte en séries coréennes. Je découvre le cinéma coréen en 2000 avec le film "Shiri". Dix ans plus tard, j’ai un coup de foudre pour "Iljimae", qui marque le début d’une grande histoire d’amour avec les dramas coréens. Je suis diplômée de l'IEP de Strasbourg.

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