Employé de banque, le manager Kim (So Ji Sub) vit seul avec sa fille adolescente, Min Ji (Seo Su Min). Sous des dehors d’homme pacifique et ordinaire, Kim cache un passé d’agent secret impliqué dans des missions ultraviolentes. Recherché par la Corée du Nord, il est considéré comme une bombe à retardement par les services secrets sud-coréens.
Un jour, Min Ji disparait dans des conditions mystérieuses qui semblent impliquer plusieurs de ses camarades de classe. Pour la retrouver, le manager Kim est prêt à tout risquer, quitte à retrouver ses réflexes du passé. Il est soutenu par ses anciens compagnons d’armes, le professeur de Judo Sung Han Soo (Choi Dae Hoon), expert en arts martiaux, et l’agent de circulation Park Jin Cheol (Yoon Kyung Ho), un bagarreur au poing surpuissant.
Avec ses ratings impressionnants en Corée (jusqu’à 23,1 %, chiffres AGB Nielsen) et ses 50 millions de vues sur Netflix, Agent Kim Reactivated est le phénomène coréen de l’année 2026 juste derrière Que ça vous serve de leçon !. La cote de popularité de cette série réalisée par Lee Seung Young (Wonderful World) sur un scénario de Nam Dae Joong (The First Ride) est indéniable, tout comme celle de son acteur principal, So Ji Sub, qui avait déjà emballé les foules l’année dernière avec le très sombre Mercy For None et s’impose comme l’acteur d’action quadragénaire préféré des Coréens.
Mais la qualité est-elle à la hauteur de la réputation du drama ? Sur ce plan, le verdict est plus nuancé.
Le principe du père de famille ordinaire qui cache à son entourage un passé de tueur rompu à toutes les techniques de combat n’est pas nouveau. Il a été abondamment exploité dans le cinéma américain. On pense notamment à Taken (Pierre Morel, 2008), auquel Agent Kim Reactivated emprunte plusieurs éléments de scénario (la fille kidnappée, le passé d’agent secret), mais aussi, dans un registre plus intello et radical, à History of Violence (David Cronenberg, 2005), qui offrait une réflexion sur le changement d’identité autour d’un père au passé d’assassin mafieux.
Le niveau de traitement diffère, mais le principe est similaire : la confrontation à la violence éveille chez le père une brutalité inouïe, presque plus terrifiante que celle des agresseurs. Par le caractère unidimensionnel de ses personnages, Agent Kim Reactivated ressemble davantage à un Taken, en nettement plus chaleureux, que d’un History of Violence. Dénué de prétention sur le plan thématique, le drama nous invite en effet à laisser notre cerveau au vestiaire pour profiter du spectacle au premier degré.
Les premiers épisodes d’Agent Kim Reactivated remplissent pleinement leur contrat, celui d’offrir une catharsis au spectateur. Difficile de ne pas trembler pour Min Ji lorsqu’elle tombe dans le guet-apens cruel tendu par sa camarade de classe Hyeri (Yu Ji An) ou qu’elle tente de s’échapper d’une chambre froide gardé par des gangsters. Difficile de ne soutenir la quête de vengeance de son père lorsque l’espoir de retrouver sa fille vivante s’amenuise, surtout que leurs relations n’étaient pas au beau fixe avant l’enlèvement – crise d’adolescence oblige.
Enfin, difficile de ne pas jubiler lorsque Kim intimide des petits voyous, démonte les gardes du corps de la famille de Hyeri et remonte jusqu’à son père, un homme d’affaires puissant nommé Ju Gang Chan (Joo Sang Wook). Comme on s’en doute, celui-ci ne restera pas sans réagir. Leur confrontation déclenchera un engrenage de violence qui prendra des proportions inattendues, allant jusqu’à impliquer les services secrets sud-coréens et nord-coréens.
L’action est au rendez-vous, avec le côté bourrin que l’on attend de ce type de production, et le divertissement est assuré, Kim étant épaulé par deux anciens compagnons d’armes excentriques, Sung Han Soo et Park Jin Cheol. Ces pères quadragénaires, qui ont en commun avec Kim d’être un peu perdus face à des ados qui les prennent de haut, assurent fort bien le rôle de comic reliefs sans se résumer à de simples faire valoir.
Le drama, qui s’inspire du webtoon Kimbujang (écrit par Namjaui Yiyagi et illustré par Jung Jong-Taek), assume pleinement son esprit hérité de la bande dessinée à travers ces personnages secondaires qui arborent toujours les mêmes tenues (kimono pour l’un, style militaire pour l’autre), mais aussi avec les interventions stylées de l’agent Jung Sung Ah (Son Na Eun), une jeune femme infiltrée dans la banque où travaille Kim.
A défaut d’être novateur, Agent Kim Reactivated maintient sans difficulté l’intérêt jusqu’à l’épisode 7, à la fois explosif et émotionnel, qui aurait pu constituer un joli dénouement. Sauf que les créateurs du drama ont entrepris de greffer à cette histoire d’enlèvement une intrigue d’espionnage maladroite et confuse. Si celle-ci n’affecte pas le potentiel de divertissement du drama dans les deux premiers tiers, au cours desquels l’attention se concentre sur la recherche et la survie de Min Ji, elle a beaucoup moins de raison d’être une fois les principaux enjeux résolus et ne justifie pas de maintenir le spectateur en otage durant les trois derniers épisodes.
La résolution peu passionnante de cet affrontement Nord-Sud vient diluer ce qui faisait le sel des épisodes précédents, à savoir le trio formé par l’agent Kim, Jin Cheol et Han Soo. Voir ces trois pères de famille montrer leurs muscles, leur esprit d’équipe et leur efficacité tactique avait quelque chose de séduisant, de jubilatoire. On ne jubile plus vraiment lorsque les personnages secondaires deviennent des caricatures d’eux-mêmes, et ce, malgré l’humour à froid de Choi Dae Hoon (The WONDERfools) et le jeu décomplexé de Yoon Kyung Ho (The Legend of the Kitchen Soldier). La revanche des « quadras à lunettes » commençait bien, mais s’essouffle en fin de parcours.
L’agent Kim, quant à lui, s’affadit d’épisode en épisode dans ce dernier tiers. Occupé à poser pour avoir l’air cool à chaque plan, So Ji Sub se montre trop économe en expressions faciales pour apporter de la consistance à ce père au passé trouble, mais finalement pas aussi effrayant que prévu. Il se révélait plus intéressant dans Mercy For None, où il imprimait une mélancolie guerrière à son personnage d’antihéros.
Son face-à-face avec Joo Sang Wook (Buried Hearts) n’arrange rien. Il y avait matière à esquisser un propos sur l’opposition des deux hommes sur le plan de l’éducation des enfants, mais le drama se contente de faire gesticuler un méchant dénué de nuance, au point d’en devenir ennuyeux.
En conclusion, Agent Kim Reactivated demeure un divertissement bien emballé et l’on ne boude pas son plaisir devant les scènes d’action, mais l’ensemble aurait mérité d’être considérablement raccourci pour rester percutant jusqu’au bout.
Diffusé sur SBS et Netflix du 26 juin au 25 juillet 2026, Agent Kim Reactivated est resté dans le Top 10 non-anglophone de Netflix pendant huit semaines, dont trois semaines à la première place.
Elodie Leroy
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