Le drama coréen Birthcare Center aborde avec un humour irrévérencieux les angoisses postnatales et les stéréotypes sur la maternité. Drôle et féministe.

La maternité, ses joies, ses angoisses et toutes les injonctions qui vont avec. La mère parfaite existe-t-elle vraiment ? Diffusé en novembre 2020 sur tvN, le drama Birthcare Center approche son sujet sur un ton original et moderne, doublé d’un humour incisif. Cette mini-série de 8 épisodes est une pépite comme on les aime, du genre qui nous font rire à gorge déployée et réfléchir en même temps, qui nous émeuvent avec des personnages bien campés. L’excellence du casting emmené par Uhm Ji Won, Park Ha Sun et Yoon Park contribue à faire de ce Birthcare Center, qui n’oublie pas l’amitié féminine dans son programme, l’un des dramas incontournables de l’année.

Park Ha Sun et Uhm Ji Won
Park Ha Sun et Uhm Ji Won

Prison rose bonbon

Brillante femme d’affaires, Oh Hyun Jin (Uhm Ji Won) est la plus jeune directrice exécutive de son entreprise et vient de donner naissance à un petit garçon. En congé maternité, elle entame un séjour dans un centre de soins postnatal qui aide les femmes à faire leurs premiers pas de maman dans la sérénité. Mais l’endroit n’est pas exactement le paradis annoncé. Entre les règles autoritaires et les groupes de pestes, le séjour d’Oh Hyun Jin se transforme vite en cauchemar.

Birthcare Center annonce très vite la couleur sur ses intentions : l’accouchement épique et le séjour à l’hôpital sont éprouvants pour Oh Hyun Jin, mais occasionnent une bonne partie de rigolade pour le spectateur. Et pourtant, le drama ne nous épargne aucun détail des souffrances post-accouchement, entre les douleurs physiques et les moments d’embarras triviaux. Cette phase difficile, qui plonge Hyun Jin dans la panique, est abordée sur un ton décalé à la faveur d’une narration inventive lorgnant volontiers vers le thriller.

Birthcare Center (산후조리원, 2020)
Séance d’entraînement aux soins d’urgence

Sorte de Club Med ultra aseptisé, le centre postnatal impose un planning strict : séances d’allaitement en groupe façon traite de vache, repas archi-diététiques à la cantine, couvre-feu nocturne… Le centre ressemble à une prison rose bonbon, régi par un étrange cocktail de rigueur militaire et de niaiserie infantilisante.

Hyun Jin a son premier enfant à plus de quarante ans, un détail qui a son importance puisqu’il participe à sa difficulté à s’intégrer au club des mères de familles zélées qui occupe les lieux. Ces jeunes femmes pétries de convictions traditionnelles, qui se choquent d’entendre parler de retour au travail, se pâment d’admiration devant Jo Eun Jung (Park Ha Sun), une mère de trois enfants érigée en modèle par la directrice du centre (Jang Hye Jin). De quoi faire sombrer Hyun Jin, qui peine à s’adapter, dans un enfer de sentiment d’échec et de culpabilité.

Allaitement versus biberon

Ecrit par Kim Ji Soo (Surplus Princess), qui s’inspire de sa propre expérience, Birthcare Center pointe avec une étonnante exhaustivité les pressions diverses subies par les mères de famille. Du regard sévère porté sur celles qui sortent du moule (mère active, mère célibataire, mère en surpoids…) à l’interdiction implicite de prendre un moment pour soi, en passant par les problèmes de couple ou le risque de perdre son job, Birthcare Center approche tous ces thèmes avec une intelligence rare, servie par une mise en scène débordante d’imagination.

Park Ha Sun

Le génie de la réalisatrice Park Soo Won (Big Forest) est de faire de chaque sujet un moment de bravoure à part entière, quitte à utiliser les références les plus inattendues pour servir son récit (la référence au film Snowpiercer de Bong Joon-Ho est hilarante). L’une des scènes les plus savoureuses est le débat sur l’allaitement et le biberon, qui se transforme en farce à grande échelle pour figurer toutes les passions insensées qui entourent cette question, chez les hommes comme chez les femmes.

Les angoisses des mères… et des pères

En dynamitant le stéréotype de la mère parfaite, le drama Birthcare Center raconte aussi les angoisses d’une femme dont la vie vient d’être profondément bouleversée. Le centre post-partum, ses règles strictes et les personnalités variées de ses occupantes – il y a la réac, la soumise, la rebelle – expriment de manière imagée sa difficulté à se projeter dans l’avenir, ses désirs contradictoires et sa peur de se découvrir incompétente en tant que mère. La perception de cet environnement dédié à la maternité évolue cependant tout au long de la série, à mesure que Hyun Jin s’adapte à sa nouvelle vie, apprend à connaître ses colocataires et à s’écouter elle-même.

Yoon Park et Uhm Ji Won (Birthcare Center)

En parallèle des angoisses de Hyun Jin se joue un autre grand huit émotionnel, celui de son mari Do Yoon (Yoon Park). Comblé par la naissance de son enfant, il se retrouve plongé dans cet univers maternel (les hommes peuvent aussi loger au centre postnatal), mais se sent vite exclus de celui-ci. Là encore, le drama utilise un humour décapant pour nous inviter à nous identifier à Do Yoon, l’anti-macho qui veut bien faire mais accumule les maladresses.

Uhm Ji Won face à Park Ha Sun

L’écriture maîtrisée de Kim Ji Soo, qui ne laisse aucun personnage de côté, dresse les portraits touchants de femmes d’aujourd’hui qui ont toutes leur propre histoire, leurs propres aspirations. Birthcare Center raconte aussi des histoires d’amitié féminine émouvantes dans ce moment de turbulences maternelles. Le féminisme du drama n’est pas un féminisme accusateur, mais un féminisme chaleureux prônant l’idée que toutes les femmes sont différentes, font des choix de vie différents, et qu’une mère heureuse fera le bonheur de son enfant.

Uhm Ji Won (엄지원)

Uhm Ji Won, que nous avons vu cette année dans le drama d’épouvante The Cursed, fait des étincelles dans le rôle de Hyun Jin. L’actrice parvient à trouver le ton juste pour traduire les états émotionnels extrêmes de son personnage, sans jamais verser dans la caricature. Elle dégage une grande authenticité et s’avère aussi drôle dans les moments d’embarras que touchante dans les scènes d’émotion. Do Yoon est quant à lui campé par Yoon Park (Search), qui fait preuve d’un beau sens de l’autodérision et se révèle attendrissant en papa gâteau – le rôle est à l’opposé de son personnage de militaire froid dans Search !

Le drama donne aussi la part belle à un ensemble d’actrices épatantes, parmi lesquelles Park Ha Sun (Drinking Solo) excelle en reine des garces qui s’humanise peu à peu, à mesure qu’elle révèle ses failles. Son jeu d’actrice est savoureux, de son sourire hautain à sa manière irritante de lever les yeux au ciel.

Choi Ri (Birthcare Center)
Choi Ri

On adore également Choi Ri (My First First Love) en impertinente au grand cœur, Jang Hye Jin (Crash Landing On You) en directrice pète-sec, Im Hwa Young (Chief Kim) en amie discrète, Lee Joon Hyuk (Mystic Pop-Up Bar) en père d’expérience un peu farfelu et Nam Yoon Soo (Extracurricular) en livreur sexy.

Birthcare Center s’offre au passage un grand nombre de caméos : Jung Moon Sung (Hospital Playlist) en médecin, Jung Sang-Hoon (The Lady In Dignity) en diseur de bonne aventure, So Ju Yeon (Lovestruck in the City) en femme d’affaires et Cha Tae Hyun (Team Bulldog: Off-Duty Investigation) dans un rôle surprise que nous vous laissons découvrir.

Birthcare Center était diffusé sur tvN du 2 au 24 novembre 2020.

Elodie Leroy

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