Produit par Studio N, My Daughter Is a Zombie a réalisé le plus gros démarrage de l’année 2025 au box-office coréen, franchissant le cap des 5 millions de spectateurs en 26 jours. Une popularité inattendue pour une production ancrée dans un genre habituellement réservé à un public averti : le film de zombies.
Sauf que My Daughter Is a Zombie n’est pas un film de zombies comme les autres. Si l’histoire débute classiquement par une pandémie qui transforme les humains en monstres assoiffés de sang, l’attention se porte sur un père dont la fille adolescente est contaminée et qui fait tout pour lui rendre son humanité.
Portée par Cho Jung Seok (Hospital Playlist, Land of Happiness), formidable en père aimant prêt à tout pour sauver sa fille, My Daughter Is a Zombie est une comédie originale et chaleureuse, peuplée de personnages attachants et drôles campés par Lee Jung Eun (Light Shop), Choi Yu Ri (Alienoid), Yoon Kyung Ho (Agent Kim Reactivated) ou encore Cho Yeo Jeong (The Affair Was Just the Beginning). Le film délivre aussi un beau message, comme nous l’explique le réalisateur Pil Gam Sung dans cet entretien réalisé à l’’époque de la projection du film au Festival du Film coréen à Paris 2025, et dans lequel il évoque également son premier drama, A Bloody Lucky Day.
StellarSisters : Vous avez reçu un excellent accueil du public lors de la projection à la cérémonie d’ouverture du Festival du Film coréen à Paris. Quel était votre sentiment en sortant de cette projection ?
Pil Gam Sung : C’est comme un rêve. Je n’en reviens toujours pas d’avoir vu mon film projeté avec des sous-titres français et le public réagir à certaines scènes. C’était extraordinaire pour moi. Avoir vu mon film à l’affiche d’un cinéma sur les Champs-Élysées va me rester longtemps en mémoire.
C’est la première fois que je vois un film de zombies « familial ». Habituellement les histoires de zombies sont des films d’horreur gore ou des comédies noires. Comment avez-vous travaillé sur le ton du film pour trouver cet équilibre entre l’histoire de famille et l’apocalypse en toile de fond ?
C’est précisément ce point qui m’a plu. Dans les films de zombies habituels, ile personnage principal doit avant tout survivre et trouver le moyen de tuer les zombies. Dans ce film, il doit protéger la personne qu’il aime et qui est devenue un zombie. De cet aspect dépendait à mes yeux la réussite du film. J’ai dit à mes acteurs et mes techniciens la chose suivante : ce n’est pas parce qu’une scène fait peur que nous devons la réaliser de manière terrifiante. De même, les parties comiques ne doivent pas non plus être désopilantes. Je voulais me concentrer sur l’histoire et la rendre réelle.
Dès les premières images, on est frappé par les couleurs vives. Le style visuel a quelque chose d’enfantin, alors que là encore, les films de zombies ont souvent une esthétique sombre. Comment avez-vous travaillé avec le directeur de photographie et la directrice artistique sur cet aspect ?
J’ai appréhendé ce film comme un conte de fées. J’ai dit à mon chef opérateur et à ma directrice artistique que le film devait donner l’impression de parcourir les pages d’un conte. J’aime beaucoup l’écrivain anglais Anthony Browne. Comme lui, je voulais faire une histoire réaliste, mais avec des couleurs et de la légèreté.
Cho Jung Seok apporte beaucoup de chaleur à ce film. Il a aussi une bonne alchimie avec la jeune actrice, Choi Yu Ri. Au début du film, elle est adolescente, une période de la vie où les enfants ont besoin de prendre leur autonomie et rejettent leurs parents. En devenant zombie, elle régresse à l’état de petit enfant, comme si elle devait tout réapprendre. Comment avez-vous travaillé avec les acteurs sur cette dynamique ?
Dans la première partie du film, la fille voit le père comme une cible potentielle, comme de la nourriture. Au fil de l’histoire, cette relation évolue et elle le voit comme son père. Le rôle de père ressemble alors à celui d’un dresseur de fauves. Il doit entraîner sa fille avec patience et douceur, afin qu’elle devienne humaine au lieu de rester zombie toute sa vie. Le message du film est que, quelles que soient les circonstances catastrophiques, on peut gagner tous les combats grâce au pouvoir de l’amour. Je voulais transmettre ce message à travers la tâche quasi impossible du père qui entraîne sa fille zombie.
A travers cette expérience, ce père se rapproche de sa propre mère et renoue avec ses amis d’enfance.
Tout à fait. On peut voir cela comme une seconde famille : il renoue avec sa famille et en crée une autre en même temps.
Quel genre d’acteur est Cho Jung Seok sur un tournage ?
Pour tenir le rôle principal, je ne pouvais rêver mieux que Cho Jung Seok. Il est très professionnel, mais aussi très doux et attentionné, que ce soit avec les autres acteurs ou avec l’équipe technique. Je pensais déjà à lui en écrivant le scénario. Non seulement il a très bien interprété le rôle du père, mais tout le monde l’aimait beaucoup. Je lui suis également reconnaissant de son attitude sur le tournage.
Vous aviez déjà travaillé avec l’actrice Lee Jung Eun, qui joue la grand-mère, sur la série A Bloody Lucky Day, où elle tenait un rôle radicalement différent. Comment s’est passée votre collaboration avec elle ?
Lee Jung Eun possède un registre très large en matière d’acting. Comme je l’ai dit dans une autre interview, elle serait même capable de jouer Batman. (Rires) Elle n’a jamais peur de relever des challenges. La grand-mère dans le film est beaucoup plus âgée qu’elle ne l’est réellement, mais cela ne l’a pas du tout gênée. C’était l’occasion pour elle de s’aventurer dans l’inconnu. Quelle que soit l’histoire, elle absorbe tout et s’approprie complétement son rôle pour délivrer une performance très personnelle. C’est de là qu’elle tire sa force.
A ce propos d‘A Bloody Lucky Day, j’ai été captivée par cette série dont l’ambiance était extrêmement sombre. On a l’impression de vivre un long cauchemar aux côtés de ce chauffeur de taxi qui transporte un tueur en série. Quel souvenir vous a laissé ce tournage et votre travail avec les acteurs, notamment avec Yoo Yeon Seok, qui joue le psychopathe ?
Yoo Yeon Seok est non seulement un acteur très professionnel, mais il est aussi très gentil et gentleman. Il joue le rôle d’un tueur en série, mais dans la réalité, il était aux petits soins avec tout le monde sur le tournage. C’était d’autant plus effrayant. (Rires)
Son personnage offre un portrait très réaliste de tueur en série. Il s’est aussi transformé pour le rôle – il avait d’ailleurs maigri. Comment l’aviez-vous choisi et comment avez-vous travaillé ensemble sur ce personnage ?
J’avais beaucoup aimé son interprétation dans Mr. Sunshine. Pour A Bloody Lucky Day, j’avais besoin d’un acteur capable de dégager une aura glaciale et sans pitié. Je me suis dit qu’il en était capable et que le résultat serait formidable. Concernant sa transformation, il avait aussi une coiffure unique. Je voulais lui donner une apparence jeune, mais très froide et en même temps assez innocente.
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Notre analyse de la série A Bloody Lucky Day, de Pil Gam Sung
Revenons au film My Daughter Is a Zombie. Le genre des histoires de zombie vient au départ des Etats-Unis, mais aujourd’hui, les réalisateurs américains s’inspirent toujours des mêmes références – les films de Romero et la série Walking Dead. Quand je vois les films et les séries de zombies coréens, j’ai l’impression de redécouvrir le genre. Qu’en pensez-vous ?
Selon moi, un nouveau genre est né avec Dernier train pour Busan : le genre K-zombie. On pourrait qualifier ce genre de « familial modifié par le genre zombie ». Je vois aussi, dans les productions récentes, une métaphore du COVID-19. Le genre évolue avec les époques et avec la société. Je pense que c’est ce dont vous parlez.
Effectivement, si je prends l’exemple de la série Happiness (tvN, 2021), sortie il y a quelques années, on perçoit clairement l’allusion au COVID-19 : les personnages sont confinés dans leur immeuble avec cette pandémie zombie qui se répand à l’extérieur.
Oui, je connais Happiness. Quand j’ai écrit le scénario de My Daughter Is A Zombie, nous étions aussi en pleine pandémie. Je craignais que ma fille attrape le virus et je me demandais si je devais la déclarer si cela se produisait. Ce type de pensées, que j’avais à l’époque, se reflète dans le film. Le personnage du père se demande à plusieurs reprises s’il doit déclarer aux autorités que sa fille est contaminée. C’est peut-être pour cette raison que les spectateurs ne perçoivent pas ce film comme un film de zombies. Ils reconnaissent peut-être ce qu’ils ont vécu.
Pouvez-vous nous parler du chat du film ? A certains moments, il agit comme un personnage de dessin-animé, mais je reconnais parfois des actions que pourrait faire mon propre chat, comme de répondre quand on lui parle ou de regarder d’autres chats à la télévision. Aimez-vous les chats ?
Dans le webtoon qui a inspiré le film (NDLR : My Daughter Is a Zombie, de Lee Yun Chang), le chat est une véritable star. Je me disais que les premiers spectateurs à voir ce film seraient certainement des fans de ce chat, qui s’appelle Ae Young en coréen. Il était inimaginable de ne pas le voir dans le film. Je ne pouvais pas me contenter de l’animer sommairement et j’ai donc beaucoup réfléchi à cet aspect. J’ai moi-même un chat et je pense donc que je comprends bien les chats et la manière dont ils se comportent. J’ai d’ailleurs été très patient avec ce chat.
Il n’y avait qu’un seul chat dans le film ?
En fait, il y avait un chat en backup, mais l’acteur a tellement bien joué que le second chat n’a pas eu besoin d’apparaitre à l’écran ! (Rires)
Quels sont vos prochains projets ?
Ma prochaine œuvre sera une série. Dans l’histoire, un personnage se voit offrir une seconde vie et peut choisir entre plusieurs voies. Il y aura de l’action, de la comédie, mais aussi des zombies.
Cette série est-elle plutôt vouée à être diffusée sur une plateforme ou une chaîne coréenne ?
Ce n’est pas encore décidé, mais il est probable que ce soit plutôt une plateforme OTT.
Propos recueillis par Elodie Leroy.
Remerciements à l’équipe du Festival du Film Coréen à Paris.
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