Critique Unlocked : spyware, mensonges et vidéos sur Netflix

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Prévu sur Netflix le 17 février 2023, Unlocked assure le divertissement grâce à un suspense efficace et un casting convaincant, mais aurait gagné à rester centré sur son sujet de départ.

Avez-vous bien vérifié que votre portable était toujours avec vous ? C’est ce qu’aurait dû faire Nami (Chun Woo Hee), employée de bureau dans une entreprise, lorsqu’elle oublie son téléphone dans le bus après avoir fait la fête avec des amies. L’objet, qui contient toutes ses données personnelles, est ramassé par hasard par Joon Young (Im Si Wan), un jeune homme qui passe par là et qui se trouve être un hacker. Nami se croit chanceuse lorsqu’elle récupère finalement son portable. Elle ne se doute pas que celui-ci est infecté par un spyware qui traque tous ses faits et gestes. Du jour au lendemain, la vie de la jeune femme se transforme en cauchemar.

Tourné au printemps 2021, Unlocked aurait dû sortir dans les salles coréennes, mais a été repoussé pour finalement atterrir sur Netflix. L’histoire s’inspire de Sumaho o Otoshita dake d’Akira Teshigawara, un roman japonais déjà porté à l’écran par le cinéaste Hideo Nakata avec le film Stolen Identity. Réalisé par Kim Tae Joon, dont c’est le premier long métrage, Unlocked adapte fidèlement le concept de départ, celui d’une personne ordinaire victime d’usurpation d’identité.

Le film démarre par une scène d’ouverture percutante : le quotidien de Nami nous est dévoilé à hauteur de portable, véritable déluge d’images colorées, de caractères et d’émoticons qui s’enchaînent dans la joie et la bonne humeur. La vie de tous les jours de Nami résumée en quelques vidéos sur Instagram, en quelques « likes » sur l’écran miniature. Quelques scènes plus tard, nous reverrons les mêmes lieux – l’intérieur de l’appartement de Nami, son lieu de travail – qui paraitront soudainement ternes et triviaux sans le filtre mensonger des réseaux sociaux.

A travers son intrigue d’usurpation d’identité et de vol de données, Unlocked aborde une dérive de notre époque, à savoir notre dépendance au quotidien à ces petits objets qui tiennent dans une main, mais contiennent toute notre vie, aspirent notre temps, recueillent nos pensées les plus intimes, et dont les caméras peuvent nous filmer à notre insu.

La tension monte graduellement à mesure que nous suivons en parallèle le quotidien insouciant de Nami et les méfaits de Joon Young, dont le piège se referme pas à pas sur la jeune femme. La facilité avec laquelle il prend le contrôle de cette dernière et détruit sa vie sociale est pour le moins effrayante et parfaitement crédible. De quoi donner à réfléchir sur l’empreinte que nous laissons dans le monde numérique. Les procédés de manipulation psychologique sont également bien vus lorsqu’il part à la rencontre de Nami, lui ment à la face et l’amène à douter de son entourage.

Le film est servi par un casting convaincant emmené par Chun Woo Hee (Han Gong Ju). A la fois naturelle et expressive, l’actrice suscite une empathie immédiate pour son personnage, une jeune femme sans malice qui voit sa vie basculer à cause d’un moment d’inattention. Avec son visage angélique, Im Si Wan (Tracer) fait quant à lui un stalker inquiétant à souhait. Immergé dans son rôle, il n’a pas besoin d’en faire des caisses pour dégager l’aura d’un psychopathe. On a également plaisir à retrouver certains acteurs secondaires, comme Park Ho San (Today’s Webtoon) dans le rôle du père de Nami ou Kim Ye Won (You Are My Spring) dans celui de sa meilleure amie.

Là où le bât blesse, c’est lorsque le film tente de greffer à cette histoire de cybercriminalité une sombre affaire de meurtres en série. L’idée qui fait l’originalité du film se trouve ainsi peu à peu supplantée par une intrigue policière obéissant à une mécanique mille fois vue – un taré qui assassine des jeunes femmes, on a connu plus original.

Malgré une connexion évidente entre les deux affaires, les éléments de thriller ne viennent en aucune manière enrichir le propos sur les nouvelles technologies. Le mariage des genres aurait pu être payant dans une série, où les deux affaires auraient bénéficié d’un développement suffisant, mais était peut-être trop présomptueux pour un film de 2 heures.

Si le développement passe donc légèrement à côté de son sujet, Unlocked assure tout de même le divertissement grâce à un suspense bien entretenu. A condition de ne pas en attendre davantage, ce film de Kim Tae Joon fera passer un bon moment aux amateurs du genre.

Elodie Leroy

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