Thirst, ceci est mon sang : la critique qui n’en démord pas

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Le cinéaste coréen Park Chan-Wook s’essaie au film de vampires et ne convainc pas malgré une approche audacieuse du genre. Découvrez notre critique de Thirst, ceci est mon sang, avec Song Kang Ho, Kim Ok Vin et Shin Ha Gyun.

ARCHIVE – Avec Thirst, ceci est mon sang, Park Chan Wook revient vers un registre noir, plus propice aux thématiques qui lui sont chères. Il fait aussi sa première incursion dans le cinéma fantastique en s’attaquant au mythe du vampire. Malgré un sujet irrévérencieux au potentiel de fascination immédiat et la puissance poétique de ses scènes érotico-gores, Thirst, ceci est mon sang se perd en route dans un grand n’importe quoi scénaristique, auquel il faut ajouter un traitement misogyne du personnage féminin. Assurément l’un des plus mauvais films de son auteur.

Prêtre et vampire à la fois

Prêtre respecté, Sang Hyun se rend en Afrique pour participer volontairement à un test médical. L’expérience est un échec et Sang Hyun décède. Mais une transfusion sanguine d’origine inconnue le ramène à la vie. Bientôt, le prêtre réalise qu’il est devenu un vampire. De retour en Corée, il fascine les croyants par sa résurrection. Mais lorsqu’il croise l’épouse de son meilleur ami, Sang Hyun ne peut résister à la tentation.

Fascinante sur le papier, ne serait-ce que pour son insolence vis-à-vis de la religion, l’histoire de Thirst s’avère nettement moins convaincante que prévu à l’écran en dépit de la manière très personnelle dont les codes du genre sont explorés. La faute à un scénario bancal qui après une première heure pleine de promesses part littéralement en vrille.

Pourtant, le personnage campé par Song Kang Ho (Le Bon, la Brute et le Cinglé) bénéficie d’une écriture soignée. Prêtre altruiste ayant toujours consacré sa vie aux nécessiteux, au point de mettre son intégrité corporelle en sérieux danger, Sang-Hyun inspire une réelle empathie dans sa lutte pour conserver son humanité mais aussi dans sa découverte de la passion amoureuse.

Song Kang Ho (Thirst)

Sang-Hyun fait un personnage typique du cinéma de Park Chan Wook, qui affectionne les antihéros se retrouvant d’une manière ou d’une autre marginalisés, que ce soit sur le plan social (Trio, Sympathy for Mr Vengeance), politique (JSA: Joint Security Area) ou encore mental (Je suis un Cyborg).

L’atout majeur de Thirst, ceci est mon sang réside surtout dans les scènes érotico-gore particulièrement saisissantes qui ponctuent le récit. Park ose délivrer un film charnel à l’extrême, dans lequel les ébats amoureux des personnages sont agrémentés d’effusions d’hémoglobine très sexuelles.

Si la photographie explore une palette de tons restreinte et essentiellement froide, à l’exception du rouge associé au sang, les lumières épousent les mouvements des corps tandis que les sons donnent la part belle aux bruits de succion. Que ce soit dit, le mélange entre l’érotisme et le vampirisme constitue la principale réussite du film.

Thirst, un film misogyne

Là où le bât blesse, c’est dès que le scénario tente de développer la passion destructrice qui s’empare de Sang Hyun et Tae-Ju (Kim Ok Vin). La première partie plante pourtant des enjeux prometteurs, les deux amants ayant en commun d’avoir vécu dans l’oubli total de soi avant d’être brutalement confrontés à une soif insatiable de sexe et de sang.

Kim Ok Vin (Thirst, Ceci est mon Sang)

Malheureusement, l’alchimie est de courte durée puisque Park Chan Wook cède à la surenchère en accumulant les longueurs mais aussi les rebondissements absurdes dans la deuxième heure de bobine, au point de nous irriter et d’entamer durement la crédibilité de ses personnages.

Le plus mal loti d’entre eux s’avère être Tae-Ju qui devient peu à peu le boulet du film de par le traitement machiste dont elle fait l’objet. A ce titre, on nous pourra s’empêcher de déceler une certaine complaisance dans la manière de la mettre dans des situations justifiant qu’elle se fasse littéralement passer à tabac – c’est bien simple, Park Chan Wook n’avait pas signé un film aussi misogyne depuis son infâme The Moon Is What The Sun Dreams Of au début des années 90.

Dommage, car si exaspérante et décevante soit cette seconde moitié, elle n’en possède pas moins quelques fulgurances de poésie macabre.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 18 mai 2009

Lire aussi | Critique : A Dirty Carnival, de Yoo Ha

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