Critique Tristes Tropiques : un ballet sanglant jusqu’au-boutiste, à défaut d’être consistant

Tristes Tropiques enchaîne les massacres sanguinaires sur fond de lutte à mort au sein d’une organisation criminelle. Comme toujours avec le réalisateur Park Hoon Jung, l’écriture est réduite au strict minimum, mais l’objet suscite l’intérêt par sa radicalité.

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Du divertissant The Witch à l’infâme V.I.P, en passant par le décousu Night Paradise, la carrière du réalisateur Park Hoon Jung est inégale, mais une chose est sûre, ses films et même son drama The Tyrant (Disney+) ne lésinent jamais sur l’hémoglobine. Tristes Tropiques ne fait pas exception à la règle, quitte à aller dans la surenchère, et c’est sans doute ce qui lui a valu d’être sélectionné dans la compétition de l’Étrange Festival 2026, qui met en avant des objets cinématographiques atypiques.

Comme la plupart des œuvres du réalisateur, Tristes Tropiques ancre son histoire dans le monde des gangsters. Oui, mais avec une particularité tout de même : les personnages principaux sont des tueurs et des tueuses surentraînés depuis l’enfance par une organisation secrète appelée Tristes Tropiques, et dirigée par un mystérieux leader connu sous le surnom « Sabu » (« Maître », en français). A la suite d’un incident, le gang est mis sens dessus dessous et les tueurs commencent à se soupçonner les uns les autres. C’est le début d’une lutte intestine dont l’enjeu est tout à la fois la survie et la conquête du trône.

A la manière de The Witch avec ses jeunes gens dotés de super-pouvoirs, Tristes Tropiques s’intéresse à des personnages ayant des facultés hors du commun, la dimension surnaturelle en moins (quoique). Nous faisons la connaissance de Roo, un adolescent sourd-muet abandonné par sa mère quand il était enfant, et qui est le plus jeune membre de l’organisation. Avec son visage angélique et son sourire benêt, Roo a l’air a priori inoffensif et l’on s’interroge donc sur sa raison d’être dans l’organisation. Jusqu’à ce que des tueurs s’en prennent à des personnes qui lui sont chères. En un clin d’œil, Roo se transforme en une machine à tuer aussi agile qu’implacable.

Le choix d’adopter le point de vue de Roo, qui est interprété avec candeur par Lee Shin Young (révélé dans Crash Landing On You), est l’unique bonne idée narrative du film. Les interactions de Roo avec ses « frères » occasionnent d’ailleurs quelques touches d’humour décalé bienvenues – on pense à la scène avec Park Hae Soo (Karma), qui apparait de prime abord comme un caïd avant de se révéler soudainement sous un jour sympathique.

Sans ces quelques grammes d’humanité, Tristes Tropiques ne serait que giclures de sang dans un monde de brutes. L’écriture n’a jamais été le fort de Park Hoon Jung, n’en déplaise aux adorateurs du surestimé J’ai rencontré le diable qui valait uniquement pour la mise en scène de Kim Jee Woon.

Avec ses tueurs qui s’entretuent, son méchant charismatique vaguement mélancolique (Kim Myung Min, Law School) et son personnage féminin dont l’unique fonction est d’apporter une touche sexy (Park Yu Rim, Ballerina), Tristes Tropiques manque cruellement de matière et accumule les clichés. Même avec un scénario simple, il eut été possible d’apporter plus de consistance à ce règlement de comptes brutal – The Villainess (Jeong Byeong Gil), dont le scénario était également sans prétention, y parvenait plutôt bien. En somme, ce neuvième long métrage de Park Hoon Jung en tant que réalisateur se résume à une succession d’exécutions sans sommation et d’affrontements sanglants jusqu’à l’overdose, et il n’y a pas de quoi être surpris.

Il reste que les scènes de tuerie en elles-mêmes suscitent une certaine fascination. Il serait malhonnête de nier à Park Joon Hung un réel savoir-faire pour faire monter le suspense sur le piège dans lequel chaque protagoniste va tomber et sur la manière dont les tueurs sanguinaires entreront en scène (les apparitions du masque théâtral blanc sont toujours stupéfiantes).

On est aussi suspendu aux réactions étonnantes de Roo face au danger : le jeune homme semble gagner un superpouvoir dès lors qu’il retire ses appareils auditifs (joli travail sonore pour traduire sa perception). L’originalité réside dans la capacité du personnage, qui s’inscrit dans la tradition des héros handicapés si chère au cinéma asiatique (voir notre critique de Mercy For None), à faire de son handicap une force.

La scène d’action finale aurait gagné, pour plus de lisibilité, à trouver un meilleur équilibre entre les vues d’ensemble, les prises de vue montrant plusieurs combattants en action et les plans résolument immersifs. Cet ultime ballet aussi féroce que sanglant atteint néanmoins un degré de folie réjouissant et fait plus d’une fois monter l’adrénaline. Le plan où un tueur masqué lance une lame tranchante vers la caméra fait notamment son petit effet.

En conclusion, Park Hoon Jung est un bon réalisateur et un piètre scénariste. Il devrait peut-être songer à confier l’écriture à une plume maîtrisant pleinement cet exercice, afin d’apporter un peu de corps à son univers. Ses talents de metteur en scène ressortiraient de manière plus vibrante et il pourrait alors enfin se mesurer aux plus grands.

Tristes Tropiques était projeté à la 32e édition de l’Étrange Festival, mais aucune date de sortie en France n’a été communiquée à ce jour.

Elodie Leroy

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Elodie Leroy
Elodie Leroyhttps://www.stellarsisters.com
Blogueuse spécialisée dans les séries coréennes, le cinéma coréen, la K-pop et plus largement la pop culture coréenne.

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