Des hommes armés, une opération secrète, un dédale de couloirs et d’escaliers dans une usine. A Shop For Killers 2 nous immerge directement dans le feu de l’action, à ceci près que Jeong Jin Man (Lee Dong Wook) se fait passer pour Bale (Jo Han Sun) en utilisant un artifice ingénieux pour infiltrer le QJ coréen de Babylon. Nous découvrons alors, au gré d’un flashback, la manière dont Jin Man avait réussi à simuler sa mort.
De son côté, Ji An (Kim Hye Jun) est traumatisée par les événements survenus dans la maison de son oncle. Après ses retrouvailles maladroites avec un Jin Man toujours aussi peu doué pour exprimer son affection, elle sent la colère monter et décide de s’éloigner de lui pour vivre sa vie. Elle élit domicile sur l’île de Hanam, au large de la Corée, et trouve un emploi d’assistante pêche auprès d’un groupe de haenyeo. Pendant ce temps, Babylon lance un groupe de tueurs à ses trousses.
Scènes d’action explosives et technologies futuristes
Dès le premier épisode, nous revoilà plongés dans l’univers de la saison 1. Tous les éléments stylistiques sont intacts : l’esthétique soignée avec des noirs appuyés, la bande son planante (toujours signée Primary et GENESIO), mais aussi le ton particulier de la série, dont l’atmosphère inquiétante est contrebalancée par un esprit ludique. Le moins que l’on puisse dire est que l’on a le sentiment de reprendre l’histoire là où elle s’était arrêtée. L’épisode 1 se solde par une scène d’évasion jubilatoire voyant Jin Man sauter dans le vide sous des rafales de balles.
Toujours créé par Lee Eon Hee, cette saison 2 de A Shop For Killers est réalisée par Lee Kwon, qui cosigne le scénario avec Ji Ho Jin (Newtopia) et adapte pour la troisième fois l’œuvre de Kang Ji Young (après la saison 1 et Les Courses du meurtrier). Elle s’inscrit donc dans la continuité narrative de la précédente – l’utilisation des flashbacks pour développer les relations entre les personnages – à ceci près qu’elle rompt avec le principe d’unité de temps et de lieu. Dans la saison 1, Ji An était assiégée dans la maison de Jin Man ; cette fois-ci, elle s’extirpe du giron étouffant de son oncle pour prendre son autonomie.
La première moitié de A Shop For Killers 2 est indéniablement la meilleure. Le récit alterne entre le quotidien de Ji An sur l’île aux côtés des haenyeo et d’un jeune marin du nom de Woo Jin (Yoo Hyun Su), qui ignorent tout de son passé et lui tendent généreusement la main, et les scènes de tension entre le groupe de Jin Man et Babylon.
Le drama relève avec les honneurs l’un des défis majeurs posés par l’exercice d’une saison 2 : introduire de nouveaux personnages dans l’univers de la série sans s’égarer ni délaisser ses protagonistes principaux. A Shop For Killers 2 réussit là où une suite comme La Traque dans le sang 2 (Netflix) a échoué en donnant suffisamment de consistance à ces nouveaux protagonistes pour nous les faire accepter.
En l’occurrence, outre les résidents de l’île, nous faisons la connaissance d’une brochette de nouveaux méchants qui prennent naturellement leur place dans le récit, de Kusanagi Jin (Jung Yun Ha), dirigeante de la branche est-asiatique de Babylon, à Q (Hyunri), redoutable combattante venue du Japon, en passant par J (Masaki Okada), assassin japonais et frère de Q.
Nous en apprenons également un peu plus sur Babylon, organisation mondialisée dotée d’un réseau d’influence tentaculaire et d’une force de frappe effrayante. Le sentiment d’une menace puissante s’abattant sur la Corée est renforcé par la présence, au sein du groupe de tueurs dépêchés par Babylon, d’agents d’origine japonaise et de quelques Occidentaux, là où l’organisation de Jin Man emploie des Sud-coréens, un Nord-coréen et un Thaïlandais. Sans en faire le sujet central de la série, les dialogues glissent quelques allusions à la colonisation passée de la Corée par le Japon.
L’un des aspects fun de la saison 1 résidait dans les technologies futuristes utilisées par Babylon, la série s’autorisant quelques clins d’œil à d’autres œuvres connues du grand public, notamment Black Mirror avec le chien robot (qui rappelait le monstre de l’épisode Tête de métal). Cette fois-ci, la série s’inscrit presque dans le genre de la science-fiction, puisque les personnages affrontent des robots combattants dont le design et les yeux rougeoyants ne sont pas sans évoquer le T-800 de Terminator (James Cameron), pour les connaisseurs.
La tension dramatique qui s’intensifie au cours des quatre premiers épisodes se conclut par une scène d’action de près d’une demi-heure, qui commence par l’arrivée de drones tueurs dans une rue campagnarde, pour nous embarquer dans une course poursuite véhiculée en forêt, le tout sous des rafales de balles tirées avec des armes de guerre. Il est rare de voir, dans une série télévisée, des scènes d’action de ce calibre et filmées avec une telle fluidité. Rien que pour cette scène, A Shop For Killers 2 mérite le détour, d’autant qu’elle ne laisse pas l’émotion sur le bas-côté.
Parcours initiatique
La seconde moitié de cette saison 2 amorce une rupture de ton pour nous préparer à l’affrontement final, qui sera forcément cruel, conformément à l’esprit de la série. Peut-être un peu trop cruel, justement. La disparition de plusieurs protagonistes laisse un goût amer, le scénario ne prenant pas, ou trop peu, le temps de s’attarder sur le vide qu’ils laissent derrière eux. Sur ce plan, le spectateur pourra se sentir quelque peu négligé émotionnellement.
Cette hécatombe demeure néanmoins cohérente avec le parcours de Ji An, qui suit depuis le début de la série un parcours initiatique pour devenir la patronne de Murthehelp, un rôle qu’elle ne peut assumer qu’au prix de son innocence. Au cours de cette saison 2, elle quitte son univers d’enfance, rencontre son premier amour, perd des êtres chers, s’entraîne de nouveau au combat, chaque événement ayant un sens dans son passage douloureux à l’âge adulte.
Avec son visage enfantin et son regard intense, Kim Hye Jun est décidément un très bon choix pour le rôle de Ji An. On la savait excellente dans des rôles très sombres, comme la psychopathe d’Inspector Koo et la reine glaciale de Kingdom. Cette année, elle a aussi convaincu le public dans la romance avec My Bias My Boss. Cette dualité est mise à profit dans A Shop For Killers 2 : touchante lorsqu’elle baisse progressivement sa garde devant la gentillesse des plongeuses de l’île, Ji An laisse sortir des émotions plus noires à mesure qu’elle est confrontée à l’horreur, des nuances que Kim Hye Jun traduit avec force et justesse.
Kim Hye Jun forme un duo charismatique avec Lee Dong Wook (The Nice Guy) dans le rôle de l’énigmatique Jeong Jin Man, qui n’apparait pas autant qu’on l’aurait souhaité dans cette saison, mais dont chaque intervention laisse une empreinte – son regard flamboyant, son aura puissante dans les scènes d’action. Même si ses interventions sont sporadiques, Jin Man garde sa place de pilier de la série.
L’effondrement d’un monde masculin
La focalisation du récit sur Ji An témoigne de l’orientation prise par cette saison 2, où l’on assiste à l’effondrement d’un monde masculin au profit d’une montée en force des protagonistes féminins. Rappelons que la série est adaptée d’un roman de Kang Ji Young, dont les histoires mettent souvent en avant des femmes redoutables (dans son dernier roman en date, La Bouchère, il est question d’une mère de famille tueuse à gages).
Dans A Shop For Killers 2, les scènes de guerre majeures, celles qui rebattent les cartes entre les deux clans, sont dirigées et pilotées par les femmes. Le drama annonce la couleur dès l’exécution sauvage dans un ascenseur de Lee Yong Han, le boss de la saison 1 joué par Ahn Kil Kang (The Legend of Kitchen Soldier), pour permettre à la cruelle Kusanagi Jin (Jung Yun Ha) de prendre pleinement les commandes des activités de Babylon en Corée.
La mise en avant des rôles féminins est explicite dans l’opération finale où les deux organisations s’affrontent et où les femmes sont les cerveaux des opérations. Même les robots inspirés du T-800 arborent une silhouette plus féminine que dans l’œuvre de James Cameron (avec des hanches et des cuisses plus larges, notamment). Il est inhabituel de voir les femmes au premier plan dans une série se caractérisant par une telle concentration d’armes de toutes sortes.
Les actrices secondaires réalisent à ce propos un bon travail de création de personnages. La performance de Jung Yun Ha (Money Heist: Korea), qui passe du coréen au japonais ou à l’anglais comme si de rien n’était, explore en outre un registre habituellement chasse-gardée masculine, celui du méchant cruel, mégalo mais néanmoins élégant, qui glisse des touches d’humour décalé entre deux colères. L’une des difficultés de l’exercice, pour Jung Yun Ha, réside dans la quasi absence de référence féminine pouvant servir de modèle. L’actrice n’a donc d’autre choix que d’innover et elle le fait de manière joueuse et sans sombrer dans l’exagération.
Hyunri (Can this Love Be Translated?) tire également son épingle du jeu dans le rôle de Q, guerrière de terrain qui bascule dans la vengeance au cours de l’histoire. L’interprétation de Hyunri fait ressortir plusieurs facettes de son personnage : tueuse sans pitié dans les scènes d’assaut militaire (il faut voir son regard implacable quand elle s’avance vers la caméra, armée jusqu’aux dents), patronne peu causante avec ses deux acolytes, femme romantique lorsqu’elle tombe dans les bras de Jin Man en pleine opération d’infiltration.
S’agissant des alliés de Ji An, le drama donne la part belle à So Min Hye. Toujours aussi à l’aise dans l’action, l’actrice Geum Hae Na (A Shop For Killers) dégage une sorte d’énergie tranquille, comme si rien ne pouvait la perturber. Un pistolet dans chaque main, elle s’approprie ainsi avec flegme la gestuelle des héros du cinéma d’action de Hong Kong (ce geste maintes fois imité est la signature de Chow Yun Fat dans les films de John Woo de la grande époque).
Du côté des messieurs, on regrette le sort réservé à certains équipiers masculins de Jin Man, à commencer par Pasin (Kim Min, The Manipulated), qui n’a pas la place qu’il aurait dû avoir dans cette saison 2 même s’il nous livre quelques sympathiques scènes de combat. Quant à Brother, toujours interprété par Lee Tae Young (Hyper Knife), il reste attachant mais s’affadit légèrement en perdant un peu de sa bizarrerie.
On est plus marqué par la performance très expressive de Yoo Hyun Su (Heavenly Ever After) : émouvant dans le rôle de Woo Jin, il est la découverte de cette saison 2. On retient aussi Masaki Okada (Drive My Car), inquiétant et cool en tueur qui exécute ses cibles sur fond de musique techno. Enfin, on s’amuse des apparitions surprises de Seo Hyun Woo (Miss Incognito) en fantôme de Lee Seong Jo venu hanter Ji An.
Le dénouement de A Shop For Killers 2, laisse la porte ouverte à une saison 3, d’autant que cette saison 2 a réalisé le meilleur démarrage pour un contenu coréen sur sa plateforme de diffusion. En attendant, les deux saisons de la série sont disponibles intégralement sur Disney+.
Elodie Leroy
Lire aussi
Critique Filing For Love : Shin Hae Sun et Gong Myung dans une romance de bureau inégale
