Critique : Inspector Koo, un polar joueur avec Lee Young Ae

par Elodie Leroy

Disponible sur Netflix, Inspector Koo séduit par son intrigue policière ludique et l’interprétation savoureuse de Lee Young Ae.

Des cheveux hirsutes, une hygiène douteuse et une passion déraisonnable pour les jeux vidéo et l’alcool. Telle est la manière dont nous est introduite Koo Kyung Yi, le protagoniste principal de ce thriller singulier dans le paysage des dramas coréens. Sur un ton étrangement léger mais un rythme soutenu, Inspector Koo nous entraîne dans un jeu du chat et de la souris aux côtés d’une héroïne originale aux prises avec une tueuse aux méthodes surprenantes. Un drama à voir sans modération, ne serait-ce que pour la composition pittoresque de Lee Young Ae.

Koo Kyung Yi, une héroïne en marge

Chargés d’enquêter sur les arnaques à l’assurance vie, Na Je-Hee (Kwak Sun Young) et Oh Kyung Soo (Jo Hyun Chul) décident de recourir aux services d’une ancienne policière reconvertie en détective privée à la suite d’un drame personnel. Recluse dans son appartement, Koo Kyung Yi (Lee Young Ae) se laisse convaincre par son amie Je-Hee. Elle fait alors appel à Santa (Baek Sung Chul), un allié de son jeu vidéo en réseau préféré.

Diffusé sur JTBC du 30 octobre au 12 décembre 2021 et présenté comme une adaptation coréenne de la série Killing Eve, le drama Inspector Koo a réalisé des scores d’audience modestes en Corée du Sud, mais mérite largement sa place dans le catalogue de Netflix. L’une des premières qualités de cette série est de sortir de la zone de confort des thrillers coréens actuels pour dérouler une intrigue imprévisible et un univers peuplé de personnages échappant aux archétypes du genre.

Il y a tout d’abord cette héroïne, Koo Kyung Yi, qui vaut à elle seule le détour et offre un terrain de jeu réjouissant à son interprète. Considérée comme une icône de beauté classique en Corée, Lee Young Ae, l’actrice des dramas Dae Jang Geum et Saimdang, Light’s Diary et du film Lady Vengeance, casse son image glamour en arborant la majeure partie du temps un accoutrement crado et un regard de déterrée. Nous comprenons néanmoins très vite que le personnage a été solidement travaillé pour gagner en relief tout au long des 12 épisodes de la série.

Le jeu de l’enquêtrice et de la psychopathe

Koo Kyung Yi a peut-être la descente d’alcool un peu facile, mais dès lors qu’elle entre en action, son cerveau fonctionne à plein. Et c’est tant mieux, car son intelligence permet de développer une succession d’enquêtes stimulantes qui s’insèrent naturellement dans une trame principale bien conduite et sans temps mort. Les affaires pointent systématiquement vers la même personne : K, une étudiante aussi impitoyable qu’imaginative dans ses plans.

La qualité du scénario de Sung Cho Yi, dont c’est le premier drama, est servie par la mise en scène inspirée de Lee Jung Heum (Nobody Knows). Le réalisateur évite l’écueil de la spectacularisation de la violence pour mettre l’accent sur le caractère ludique des plans mis en œuvre par K et la manière tout aussi divertissante dont Koo Kyung Yi va tenter de les déjouer.

En plus de leur sens de l’humour, l’héroïne et son ennemie ont à ce titre un point commun : l’amour du jeu. L’une s’adonne jour et nuit à un jeu vidéo de combat en ligne, tandis que l’autre se déguise et s’infiltre comme un agent secret pour atteindre ses victimes. Résumée en dessin animé dans le générique du début, la relation presque affectueuse sur fond de mind game qui se tissent entre les deux femmes participent au caractère fun du drama, dans lequel les jouets et autres poupées occupent une place importante.

Lee Young Ae face à Kim Hye Jun

Comme nous l’avons dit plus haut, Lee Young Ae s’en donne à cœur joie dans le rôle de Koo Kyung Yi, mais son jeu n’est pas pour autant entaché d’une quelconque forme de mégalomanie. L’actrice se met entièrement au service de son personnage qu’elle rend très attachant sur la durée, et auquel elle apporte paradoxalement, malgré son accoutrement, un certain style.

L’actrice principale est entourée d’un casting bien trouvé, à commencer par Kim Hye Jun (Kingdom), qui mélange avec dextérité le registre de la psychopathe et celui de la femme enfant dans le rôle de K. On a presque envie de se laisser berner par son sourire espiègle et de se laisser émouvoir par son histoire. Ses méthodes de manipulation ne sont pourtant pas sans évoquer celles du tueur de Voice 2 (Bang Je Soo, joué par Kwon Yul), à ceci près que le développement du personnage s’avère beaucoup plus satisfaisant dans Inspector Koo.

Koo Kyung Yi et K ont aussi des interactions riches de sens avec quelques éléments perturbateurs, comme la mafieuse camouflée en championne de l’humanitaire interprétée par l’excellente Kim Hae Sook (Start-Up). On retiendra également Baek Sung Chul (The Witch’s Diner), à la fois mystérieux et attendrissant dans le rôle mutique de Santa, mais aussi Lee Hong Nae (Demon Catcher), touchant dans sa romance homosexuelle, et le duo sympathique formé par Kwak Sun Young (Hospital Playlist) et Jo Hyun Chul (D.P.).

Enfin, le ton original de la série doit aussi beaucoup à sa bande son, avec ses titres indie (Round and Round de TRPP, Surf d’INNI…) et ses musiques électro entêtantes (la piste Medusa). Il ne reste plus qu’à espérer l’annonce d’une suite, puisque le dénouement laisse largement la porte ouverte à une saison 2.

Elodie Leroy

Lire aussi | Critique : All Of Us Are Dead, un drama de zombies intense sur Netflix

Vous aimerez aussi