Le héros de Kang Chi: The Beginning délaisse l’action pour interpréter un spécialiste du mariage de l’ère Joseon. Une erreur de parcours ?

Pour son deuxième rôle au cinéma, Lee Seung Gi donne la réplique à l’actrice Shim Eun Kyung dans The Princess and the Matchmaker (ou GoongHap), une romance en costumes au casting d’ensemble alléchant – Yeon Woo Jin, Kang Minhyuk, Choi Woo Sik, Choi Minho. Le pitch très classique, aurait pu fonctionner avec un peu d’imagination. Or après une première partie humoristique assez plaisante, le film ne développe pas son argument léger de manière satisfaisante. Le résultat est une franche déception, même pour les fans les plus convaincus de l’excellent Lee Seung Gi.

Shim Eun Kyung dans GoongHap
The Princess and the Matchmaker raconte la rencontre entre la princesse Songhwa (Shim Eun Kyung) et l’expert matrimonial Seo Do Yoon (Lee Seung Gi). A cause de son nez difforme, la jeune princesse a passé toute sa jeunesse confinée dans le palais avec ses servantes. Devenue adulte, elle n’est plus affublée de cet encombrant défaut mais elle ne connaît rien à la vie. Lorsque son père annonce qu’il va la marier, elle décide de partir elle-même à la découverte de ses prétendants en se faisant passer pour quelqu’un d’autre. Entre l’inquiétant Yoon Shi Kyung (Yeon Woo Jin), le playboy Kang Whi (Kang Minhyuk) et le charmeur Nam Chi Ho (Choi Woo Sik), qui trouvera grâce à ses yeux ? A moins qu’elle ne penche pour le mystérieux Seo Do Yoon, qui la suit comme son ombre ?

Le film que l’on n’attendait plus

L’histoire du film The Princess and the Matchmaker est un peu particulière et mérite un récapitulatif. Le tournage ce premier long métrage signé Hong Chang Pyo s’est achevé fin 2015, soit quelques semaines avant le départ de Lee Seung Gi pour le service militaire. Alors que la sortie du film était initialement prévue pour l’automne 2016, elle s’est vue différer mois après mois sous divers prétextes, jusqu’à ce que CJ Entertainment annonce un beau jour qu’il faudrait patienter  carrément jusqu’au retour de l’acteur, autrement dit la fin 2017. A ce stade, le projet semblait compromis.

Le film a ensuite ressurgi à l’occasion du Festival de Cannes de 2017, où il était présenté au Marché du Film. Toutefois, il aura finalement fallu attendre janvier 2018 pour que le distributeur se décide à annoncer une date de sortie en février. Pas fou, ce dernier avait bien l’intention de capitaliser sur le succès du drama A Korean Odyssey, avec lequel Lee Seung Gi remportait un franc succès sur la chaîne tvN. Et au vu du long métrage final, on saisit mieux les raisons de cette arlésienne.

The Princess and the Matchmaker ne commence pourtant pas si mal. Sans être désopilante, l’entrée en matière comique est plaisante. La première interaction entre Seo Do Yoon et la princesse Songhwa, sous forme d’un baiser volé dans un parc la nuit, est même plutôt amusante. Il en va de même que la rencontre entre la princesse et son tout premier prétendant – on vous laisse la surprise. A ce stade, le thème de la princesse isolée qui découvre le monde en général et les hommes en particulier, laisse présager d’un joli conte de fées.

Comédie pas si romantique

Les choses se gâtent ensuite, quand The Princess and the Matchmaker tente d’en venir au fait, et que l’on comprend alors que le film n’a en réalité pas grand-chose d’autre à dire. Seo Do Yoon et la princesse Songhwa ne partagent à l’écran qu’une seule scène intéressante, dans une grotte, seul moment qui laisse espérer une intimité entre eux. Mais celui-ci sonne le glas de toute évolution des personnages.


Le film bascule alors sans prévenir de la romance légère vers une banale histoire de demoiselle en détresse. Les scènes se succèdent sans réel lien entre elles, au gré d’un montage parfois incompréhensible (la scène où la princesse se retrouve d’un seul coup prisonnière dans une chambre, allongée dans un lit), réservant des traitements parfois ridicules à certains personnages – le sort honteux réservé au personnage innocent joué par Minho de SHINee (Hwarang) !

On croirait presque que le montage a été laissé en plan pendant des mois, puis qu’il a été bouclé précipitamment lorsqu’il a enfin été question de sortir le film en salles…

Lee Seung Gi et Shim Eun Kyung : un couple mal assorti

L’attention portée à chaque prétendant est superficielle, et cela inclut notre héros, le marieur Seo Do Yoon. Lee Seung Gi est un acteur très talentueux qui est particulièrement expressif, ainsi qu’il l’a prouvé dans des rôles variés, de My Girlfriend Is A Gumiho à You’re All Surrounded en passant par The King 2 Hearts. Bien que son premier film, Love Forecast, ne soit pas du même niveau que ses dramas, il y dévoilait une autre facette de son jeu d’acteur et avait même le loisir de briller lors d’une scène de confession émouvante.


Dans The Princess and the Matchmaker, Lee Seung Gi est comme muselé par la pauvreté d’écriture de son rôle, qui n’offre rien, ni à lui, ni au spectateur. Passé le mystère du début, Seo Do Yoon se résume à un lettré impassible qui se change à mi-parcours en chevalier servant pour sauver sa princesse ballotée ici et là.

Si Lee Seung Gi a au moins le mérite de faire correctement le job qui lui est confié, on ne peut pas en dire autant de Shim Eun Kyung. Actrice capable du meilleur (Sunny) comme du pire (la version coréenne de Nodame Cantabile), elle est visiblement mal à l’aise dans un rôle qui ne lui convient pas. Au point, tout de même, d’avoir recours aux fausses larmes lors de sa plus importante scène d’émotion face à son père joué par Kim Sang Kyung. Un comble pour une tête d’affiche.

Casting secondaire sous-employé

Yeon Woo Jin (Introverted Boss) écope d’un rôle plus important que les autres prétendants, mais son personnage demeure unidimensionnel. Choi Woo Sik surprend un peu le temps d’une scène, mais c’est vraiment parce que le reste du film est téléphoné. Quant à Kang MinHyuk (Hospital Ship), pourtant annoncé comme l’un des acteurs principaux, il fait quasiment de la figuration avec à peine trois répliques et deux gros plans.

Parmi les rôles secondaires, Jo Bok Rae (Entertainer) est sans doute celui qui ressort le plus, dans le rôle de l’escroc un peu bouffon qui accompagne Seo Do Yoon. C’est trop peu.

Puéril et creux, The Princess and the Matchmaker ne se montre jamais à la hauteur des espérances modestes placées en lui. Un coup pour rien pour Lee Seung Gi, qui a heureusement largement rebondi depuis, avec A Korean Odyssey bien sûr, mais aussi avec un nouveau projet excitant, le drama d’espionnage Vagabond, dans lequel il retrouvera Suzy, sa partenaire de Kang Chi: The Beginning, dans le courant de l’année 2019.

Caroline Leroy

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