Mélange de thriller politique et de comédie noire, The President’s Last Bang d’Im Sang Soo raconte les dernières heures du président Park Chung Hee et les conséquences immédiates de son assassinat. Le film le plus controversé de son auteur.

Séoul 1979. Un dîner privé réunit pour une soirée le Président de la République et ses trois plus proches collaborateurs : son chef de sécurité, son secrétaire, et le directeur de la CIA coréenne, tous trois se disputant les faveurs du Président. Une chanteuse pop, starlette montante, et une autre jeune femme ont été conviées pour distraire ces messieurs… Pendant ce temps, le directeur de la CIA se prépare à assassiner le Président. Il quitte la pièce quelques instants afin d’instruire une dernière fois ses agents du déroulement des opérations.

L'acteur coréen Han Suk-Gyu avec une arme à feu

La famille de l’ancien dictateur scandalisée

Avec Une Femme Coréenne, le réalisateur coréen Im Sang Soo s’est déjà largement imposé au-delà des frontières de Corée. Présenté au Festival de Cannes 2005 à la quinzaine des réalisateurs, The President’s Last Bang est l’une des œuvres les plus controversées de ces dernières années en Corée. Le film aborde de manière audacieuse l’assassinat du Président Park Chung Hee, qui a eu lieu dans la nuit du 26 au 27 octobre 1979.

En plus des réactions agressives des conservateurs vis-à-vis du projet, The President’s Last Bang a dû faire face aux attaques de la famille de Park Chung Hee lui-même. Outrée par la vision que le film donnait du Président, montré comme un dictateur aux mœurs légères, celle-ci a engagé des poursuites judiciaires à l’encontre de la production et de Im Sang Soo lui-même.


Ce scandale médiatique s’est soldé par l’amputation par le Comité de Censure de Séoul de quatre minutes du film, un prologue et un épilogue qui proposaient des images d’archives sur le Président.

Un tournant dans l’Histoire de Corée

Ecrit par Im Sang Soo lui-même, The President’s Last Bang se découpe en deux parties : avant et après le meurtre du président Park Chung-Hee. Après une partie introductive un peu laborieuse, l’intrigue décolle dès lors que tous les acteurs du drame sont réunis dans la propriété qui deviendra le théâtre du massacre.

Les jeux de mise en scène nous préparent explicitement à l’événement. On retiendra un plan au cours duquel la caméra, partant de la pièce où se divertit le Président, se balade dans les couloirs, nous permettant de situer dans l’espace les personnages qui ne font pas partie du complot mais qui seront pris dans la bataille. S’ensuit une impressionnante fusillade, scène pivot du film caractérisée par une violence brute et sans emballage stylistique. La seconde partie montre les heures qui suivent l’attentat et les conséquences en chaîne de celui-ci.

l'acteur coréen Baek Yoon Sik

The President’s Last Bang reconstitue le contexte et les enjeux politiques de l’époque et apporte une interprétation sur un fait historique qui a marquée l’Histoire de la Corée. Si le réalisateur adopte le point de vue d’un partisan de la démocratie, le film s’attache à montrer que la vie politique d’un pays ne peut pas basculer en quelques heures. Il ne suffit pas de débarrasser un pays de son dictateur : encore faut-il que le pays soit prêt à accueillir un nouveau régime.

Cas de conscience et humour noir

Outre l’impact politique de l’événement, le film explore les enjeux et les cas de conscience individuels en portant un regard humain et nuancé sur les personnages. Même le Président Park Chung Hee, l’homme fort de Corée qui s’est accaparé le pouvoir en 1961, apparaît dans ses derniers instants comme un homme vieillissant.

La chanteuse de rock coréen Kim Yun Ah
Malgré le sérieux du sujet, Im Sang Soo nous livre une œuvre teintée d’humour noir et d’ironie et n’hésite pas à tourner les personnages en dérision aux moments les plus inattendus. The President’s Last Bang est par ailleurs soutenue par un énorme travail de reconstitution sur les costumes et les décors, joliment mis en valeur par la direction de la photographie de Kim Wu Heong (Resurrection of the Little Match Girl), qui donne la part belle aux tons chauds.

Le film doit aussi beaucoup à l’interprétation brillante de ses acteurs, en particulier l’excellent Baek Yoon Sik (Save the Green Planet) dans le rôle de Kim Jae Gyu, et l’incontournable Han Suk Gyu, de Shiri, qui interprète le chef de la KCIA. La présence au casting de Kim Yun Ah, la chanteuse du groupe de rock Jaurim (qui signe la chanson phare du film), et son amitié avec l’autre personnage féminin (interprété par Jo Eun-Ji) apportent un supplément d’âme au film.

Elodie Leroy

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