Écrivain raté et professeur de Littérature dans une grande université, Heo Mun Oh (Choi Min Sik) découvre l’extraordinaire talent de Lee Kang (Choi Hyun Wook), un étudiant qui s’assoit systématiquement au fond de la classe. Il lui propose alors des cours particuliers pour l’aider à développer son écriture. D’abord surpris, Kang finit par accepter. Le mentorat prend cependant une tournure particulière dès lors que Mun Oh devient accro aux récits de Kang.
Disponible sur Netflix depuis le 26 juin 2026, Le Garçon du dernier rang s’inspire de la pièce de théâtre espagnole du même nom de Juan Mayorga, une œuvre déjà portée à l’écran par François Ozon dans le film Dans la maison (2012). L’affaire est entre de bonnes mains, puisque la réalisation est assurée par Kim Kyu Tae, à qui l’on doit notamment les dramas tranche de vie Live et Our Blues et plus récemment le thriller Pour seul bagage. Ce dernier porte à l’écran un scénario de Jang Myung Woo (Bogota: City of the Lost).
Singulière histoire que cette confrontation entre un professeur et son élève, qui prend vite des allures de manipulation. D’un côté, nous découvrons un homme qui est à la fois consumé par la rancœur envers un rival qui le rabaisse depuis des années et indifférent aux attentions de son épouse Hyun Suk (Jin Kyung) ; de l’autre, un étudiant aux intentions mystérieuses et sorti de nulle part (au moment où il apparait pour la première fois, on s’aperçoit qu’il était déjà présent dans la scène depuis un moment).
Tout commence donc avec le récit d’un élève, présenté sous forme de feuilleton littéraire à son professeur dans le cadre d’un devoir. Dans cette histoire narrée à la première personne, Kang raconte avoir été adopté par la famille d’un autre étudiant, Kim Se Yun (Lee Jin Woo), dont les parents lui ont tendu la main après avoir appris qu’il était livré à lui-même.
Ligne après ligne, Kang décrit son quotidien au sein de cette famille bien sous tous rapports en se posant en observateur. Ou plutôt en voyeur, puisqu’il déballe peu à peu les secrets intimes de ces personnes et ne cache pas son fantasme sur la mère de famille (Moon Jeong Hee, Gold Land), qu’il espionne de manière assumée.
Mais cette histoire, qui se construit au fil des jours sans aucun plan apparent, est-elle réelle ou inventée ? Qui est vraiment cette famille ? A partir d’un rebondissement inattendu qui change sa compréhension des événements, Mun Oh devient obsédé par cette histoire, réclamant chaque épisode avec l’avidité d’un homme qui découvrirait une oasis après une traversée du désert.
Troublant, inquiétant, parfois envoûtant, Le Garçon du dernier rang captive par une réalisation donnant la part belle au naturel des acteurs, tout en maintenant une tension psychologique constante. Les choix musicaux participent à l’ambiance particulière de la série, de la musique très féminine qui revient tel un refrain entêtant lors des scènes intimistes, aux morceaux jazzy exprimant les tourments intérieurs de Mun Oh.
Le procédé en mise en abyme du Garçon du dernier rang possède un double avantage : en plus de cultiver le mystère en dévoilant certaines scènes sous différents points de vue (au moins trois pour la scène-clé de la femme renversée par une voiture), il permet de doper le suspense de la série en jouant à la fois sur les cliffhangers de fin d’épisode, conçus pour le spectateur, et sur ceux du récit de Lee Kang, adressés à Mun Oh (et qui font bien sûr leur effet sur le spectateur).
Cette construction joue également avec notre perception, l’histoire racontée par Kang faisant parfois écho, de manière symbolique, aux situations vécues par les personnages – il faudra bien sûr regarder la série jusqu’au bout pour en comprendre le véritable sens. Subtilement, Le Garçon du dernier rang questionne le rapport de l’écrivain à son œuvre comme miroir déformant de sa propre vie.
Le drama explore également la relation d’emprise entre l’émetteur d’une fiction qu’est l’écrivain, et le récepteur de cet imaginaire qu’est le lecteur. Ce dernier, incarné par Mun Oh, entre dans un monde nouveau gouverné par d’autres codes, projette des visages familiers sur les personnages, réécrit parfois le récit dans sa tête selon ses désirs et ses frustrations.
D’abord galvanisé par la perspective d’une réparation de son passé et de retrouvailles avec son premier amour Eun Joo (Kim Yoon Jin, Money Heist Korea), que Kang lui fait habilement miroiter, Mun Oh sombre dans une psychose paranoïaque qui lui fait révéler ses facettes les plus inhumaines.
L’interprétation de Choi Min Sik (Exhuma) est saisissante de réalisme, des coups de sang désordonnés de Mun Oh à sa manière de chuchoter ses pensées pour lui-même lorsqu’il se terre dans sa bibliothèque, décor confiné qui reflète son enfermement mental et son rejet de tout point de vue extérieur. On salue sa prise de risque dans le choix d’un tel rôle, le professeur suscitant la sympathie ou la pitié lorsqu’il encaisse le mépris de son rival Kim Su Hun (Heo Jun Ho, Mercy For None), mais aussi le dégoût ou la révolte quand il balaie d’un revers de main les sentiments honnêtes de sa femme.
Pour lui tenir tête, Choi Hyun Wook (Twinkling Watermelon) est parfaitement crédible dans le rôle de Kang. Cet étudiant est-il un simple étudiant un peu paumé ou bien un manipulateur, voire un psychopathe ? Doté d’un charisme naturel, il est capable de jeter le trouble dans nos têtes d’un simple regard ou avec un petit sourire ambigu, puis l’instant d’après d’attendrir avec une faille dans la voix. Il parvient aussi à susciter le malaise par son absence de réaction à certaines situations, le vide émotionnel étant finalement plus inquiétant qu’une réaction excessive.
Si la relation d’emprise entre Mun Oh et Kang s’impose comme le fil rouge du drama, il est un autre personnage qui mérite toute l’attention : Hyun Suk, l’épouse délaissée de Mun Oh interprétée avec élégance et sensibilité par Jin Kyung (Dr. Romantic). Extérieure à ce duo professeur/élève, elle prend pourtant une place de plus en plus importante dans la série à mesure qu’elle s’invisibilise aux yeux de son mari. Au point que l’on en vient à se demander si son cheminement n’est pas le véritable sujet de cette histoire – chacun aura son interprétation.
Le Garçon du dernier rang compte six épisodes, disponibles sur Netflix.
Elodie Leroy
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