Critique Our Sticky Love : une romance creuse rattrapée de justesse par son dénouement

Trop simple, trop invraisemblable, Our Sticky Love ne tient pas vraiment ses promesses, mais permet tout de même à Ha Young et Heo Sung Tae de se démarquer.

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Jang Tae Ha (Jung Hae In) est un ancien boxeur reconverti en coach sportif. Un jour, il se rend au chevet de Go Eun Sae (Ha Young), une jeune femme qui vient de se réveiller à l’hôpital sans aucun souvenir. Elle ne sait ni pourquoi elle est arrivée là, ni quel est son métier, ni même quel est son nom. Tae Ha, lui, sait de quoi il retourne : Go Eun Sae est une procureure du bureau anti-corruption du district central de Séoul, connue sous le nom de Go Ji Won. Alors qu’elle tentait de démasquer un élu corrompu, elle s’est fait pincer par le gangster Baek Sung Il, qui a tenté de la réduire au silence. Pour la protéger des malfrats en attendant qu’elle retrouve la mémoire, Tae Ha décide de la cacher dans son village natal de Gujin, quitte à lui mentir en prétendant être son petit ami.

Disponible depuis le 7 août 2026 sur Netflix, Our Sticky Love s’est affirmé comme l’un des succès coréens de l’été sur Netflix, cumulant 18,1 millions de vues et 212,1 millions d’heures vues en l’espace de cinq semaines. La série est le fruit de la collaboration entre la scénariste Mo Ji Hye et le réalisateur Kim Jang Han, qui avaient déjà uni leurs forces sur le drama You Raise Me Up en 2021. Le réalisateur est également connu pour avoir dirigé la romance fantastique My Demon, sortie deux ans plus tard.

Ha Young et Jung Hae In dans Our Sticky Love / Cr. Song Hyoun-jong/Netflix

Comme You Raise Me Up, qui traitait de l’impuissance masculine, Our Sticky Love s’appuie sur un pitch plutôt original, mais n’en propose pas un traitement convaincant. En premier lieu, tout y est très convenu : le personnage de la citadine arrogante avec un bon boulot qui se retrouve projetée malgré elle dans la Corée profonde, l’opposition grossière entre les méchants de la ville et les gentils de la campagne, et enfin, l’indispensable histoire de « premier amour » qui s’invite peu à peu en toile de fond de la romance. Mais le pire demeure sans doute le caractère traînant de l’intrigue, qui mise trop longtemps sur l’argument comique du poisson hors de l’eau à travers les impairs commis par la procureure amnésique auprès des habitants de Gujin.  

A ce titre, on ne peut s’empêcher d’éprouver une gêne face au mensonge prolongé qui permet de faire naître la relation romantique entre le héros et l’héroïne. Car après tout, Tae Ha embobine complètement Eun Sae lorsqu’il lui fait croire qu’ils sont ensemble depuis deux ans et qu’elle vit à la campagne sans vraiment travailler, et ce, alors même que la jeune femme exprime plus d’une fois sa détresse de ne rien connaitre de son passé. 

La scénariste fait tout ce qu’elle peut pour légitimer ce point de départ problématique, en insistant sur les bonnes intentions de Tae Ha – il ne cherche pas à profiter sexuellement d’Eun Sae – et en faisant chanter ses louanges par son mentor Hong Do Yeop (Jeon Bae Soo), sa grand-mère Go Young Hong (Kim Young Ok) et toutes les commères du village, au point presque de le canoniser. Elle s’attache même à parer Tae Ha de qualités humaines bien supérieures à celles d’Eun Sae, qui possède de son côté une personnalité vantarde et prompte à sortir des vacheries dès qu’elle se sent en rivalité avec quelqu’un. Malgré cela, on ne peut s’empêcher d’éprouver de la pitié pour cette héroïne qui, à mesure que les proches de Tae Ha sont informés de la supercherie, passe finalement pour le dindon de la farce pendant la moitié de la série.

Jung Hae In / Cr. Song Hyoun-jong/Netflix

Ensuite, le développement de l’intrigue principale laisse perplexe. En effet, le sympathique héros de Our Sticky Love a tout de même été homme de main pendant plus de dix ans d’un mafieux particulièrement pervers. Il a notamment conduit de nombreuses expéditions violentes contre d’autres gangsters en usant de ses poings, mais aussi d’armes diverses. Or il nous est dépeint comme un agneau innocent qui répand le bien partout autour de lui et rougit en recevant un petit bisou. Dans l’épisode 6, il en est encore à réagir comme un benêt en découvrant Eun Sae qui l’attend en chemise de nuit dans le salon, l’air séducteur – un moment ridicule censé constituer une scène comique. La dissonance entre les flash-backs sur le passé du personnage et son attitude présente rendent difficile une quelconque connection avec ses émotions.

Le fait que Jung Hae In livre une prestation d’une totale platitude n’arrange pas la situation. Dans la lignée de sa performance insipide dans la comédie romantique Love Next Door, l’acteur se montre particulièrement radin en matière d’expressions faciales. Il se contente ainsi d’alterner entre un air tristounet et un air vaguement surpris, sortant seulement de sa réserve lors des scènes d’action. Surtout, il donne constamment l’impression de laisser les autres acteurs faire le job à sa place. A commencer par sa partenaire à l’écran, pourtant novice dans la position du rôle féminin principal. 

Ha Young / Cr. Song Hyoun-jong/Netflix

Ha Young, qui apportait déjà beaucoup de peps et d’humour à Boyfriend on Demand, livre à l’inverse une prestation énergique qui ensoleille indéniablement Our Sticky Love. Dans les premiers épisodes, cette qualité compense d’ailleurs certaines maladresses de jeu, comme la tendance de l’actrice à surjouer en écarquillant les yeux, ou ses ruptures de ton un peu trop précipitées, son personnage affichant tantôt de la froideur, du snobisme, voire de l’exaspération face au protagoniste, puis multipliant la seconde d’après les minauderies enfantines comme si elle était en pâmoison devant lui.

Cependant, il est probable que ces réserves découlent également d’une direction d’acteurs, ou plutôt d’actrices, qui donne sciemment la part belle à la caricature. Le traitement des personnages féminins secondaires en constitue un bon exemple, puisque même les excellentes Cha Chung Hwa (My Troublesome Star), Jang Hye Jin (Love Me) et Kim Mi Hwa (Idol I) sont contraintes d’en faire des caisses dans leur rôle de faire-valoir comiques. La même observation peut être faite sur l’actrice Seo Jung Yeon (The Legend of Kitchen Soldier), ordinairement assez subtile, et qui exagère ses expressions pour coller à cet univers. 

Les acteurs, en revanche, font tous montre d’une certaine sobriété de jeu, comme Jeon Bae Soo (The Murky Stream) en coach au grand coeur, ou Lee Jae Won (Perfect Crown) en psy ironique.

Kim Mi Hwa, Jang Hye Jin et Cha Chung Hwa / Cr. Song Hyoun-jong/Netflix

Le cas de Heo Sung Tae (Fifites Professionals) est particulier. L’acteur, grand spécialiste des rôles de bad guy charismatique, livre durant une bonne partie du drama une performance stéréotypée en méchant unidimensionnel, la faute à une écriture très pauvre. Puis, vers la fin, lorsque son personnage en vient à se révéler davantage, il nous saisit d’émotion par surprise, s’imposant contre toute attente comme l’un des points forts de Our Sticky Love.

On apprécie aussi le caméo de Lee Jun Young (Four Hands, Two Sonatas), très cool en mercenaire bien intentionné.

Côté cinématographie, le recours au procédé du lens flare apporte une touche onirique aux scènes de flash back, comme la première rencontre des deux protagonistes, ainsi qu’à certaines scènes d’action, comme celle du début de l’épisode 10, où Jang Tae Ha affronte des ennemis dans un couloir seulement éclairé par la lumière nocturne qui passe à travers les fenêtres. Toutefois, la présence constante d’effets lumineux a pour inconvénient de créer dans certaines scènes un effet carte postale qui distrait parfois l’attention.

Heo Sung Tae / Cr. Song Hyoun-jong/Netflix

Qu’il s’agisse du développement de l’intrigue, de la crédibilité des personnages ou de l’exécution générale de l’oeuvre, Our Sticky Love se situe donc assez loin du niveau de dramas champêtres aboutis tels que When the Camellia Blooms ou Hometown Cha Cha Cha. La série a néanmoins pour mérite inattendu de se conclure en beauté avec un dernier épisode plus touchant que prévu, qui met en exergue le pouvoir salvateur des relations humaines lorsqu’elles sont empreintes de sincérité. Cette conclusion optimiste nous laisse ainsi avec le sentiment que ce parcours un peu laborieux n’était pas vain, tandis que défile le son de la jolie chanson Be my first love d’EJel. 

Caroline Leroy

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Caroline Leroy
Caroline Leroy
Co-fondatrice de StellarSisters.com et experte en séries coréennes. Je découvre le cinéma coréen en 2000 avec le film "Shiri". Dix ans plus tard, j’ai un coup de foudre pour "Iljimae", qui marque le début d’une grande histoire d’amour avec les dramas coréens. Je suis diplômée de l'IEP de Strasbourg.

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