Le drama de Ha Ji Won et Lee Seung Gi est un cocktail explosif d’action, de drame, d’humour et d’émotion.

Production ambitieuse, The King 2 Hearts illustre la quintessence de la magie du style coréen, ce que les dramas peuvent avoir à offrir d’unique au monde lorsqu’ils sont entre de bonnes mains. The King 2 Hearts procède d’un véritable point de vue, tant dans sa réalisation élégante que dans son scénario solide, dont les ressorts exploitent pleinement le mélange des genres propre à la fiction coréenne.

Ha Ji Won y trouve l’un de ses plus beaux rôles et Lee Seung Gi est une véritable révélation. Ces deux acteurs exceptionnels nous embarquent dans une histoire d’un romantisme fou, d’autant plus captivante qu’elle entre en résonance directe avec le destin de tout un pays. Quand le monde du drama nous envoûte avec un chef d’œuvre…


Diffusé entre le 21 mars et le 24 mai 2012 sur la chaîne MBC, en même temps que la comédie romantique Rooftop Prince (SBS) et que le thriller The Equator Man (KBS), The King 2 Hearts était particulièrement attendu. Il marquait en effet les retrouvailles du duo gagnant de Beethoven Virus, à savoir le réalisateur Lee Jae Kyu et la scénariste Hong Jin Ah – cette fois sans sa sœur Hong Ja Ram.

La deuxième raison de cette anticipation était bien sûr la présence au casting de Ha Ji Won, dont c’était le grand retour sur le petit écran un an après le carton de Secret Garden. Il est d’ailleurs à noter que Lee Jae Kyu avait déjà dirigé Ha Ji Won neuf ans plus tôt dans Damo, autre drama emblématique de la carrière de l’actrice.

Enfin, la troisième motivation à se pencher sur The King 2 Hearts tenait à son postulat audacieux : celui d’une Corée sur le point d’être réunifiée, soit un contexte impliquant la mise en scène délicate du dialogue entre le Nord et le Sud avec toutes les questions que cette possibilité engendre.


The King 2 Hearts plante son décor dans un monde alternatif où la Corée du Sud est gouvernée par une monarchie constitutionnelle. A trente ans, le prince Lee Jae Ha (Lee Seung Gi) est un enfant gâté arrogant qui fait le désespoir de son frère aîné, le roi Lee Jae Kang (Lee Sung Min). Au sortir du service militaire, son frère lui annonce qu’il devra faire équipe avec des soldats nord-coréens le temps d’un programme d’entraînement militaire censé les préparer au WOC (World Officers Championship), un événement sportif d’envergure mondiale créé dans le but de réconcilier les peuples ennemis. C’est dans ce contexte que le prince fait la connaissance de Kim Hang Ah (Ha Ji Won), une officier d’élite des Forces Spéciales nord-coréennes.

Au fil des épreuves, les deux jeunes gens ne tardent pas à éprouver des sentiments l’un pour l’autre. De retour dans leurs pays respectifs, ils apprennent qu’ils vont devoir devenir mari et femme afin de sceller l’entente entre les deux peuples.

La situation prend cependant un tour dramatique quand un individu mystérieux du nom de John Meyer (Yoon Je Moon) fait assassiner Lee Jae Kang et son épouse, obligeant l’irresponsable Jae Ha à monter sur le trône…

Depuis le film Shiri de Kang Je Gyu en 1999, le thème des relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud s’est banalisé dans les fictions coréennes et le discours s’est diversifié sur la question. Au moment de la sortie en 2000 du chef d’œuvre de Park Chan Wook Joint Security Area, l’armée jugeait dangereusement fantaisiste l’idée d’une amitié entre soldats du Nord et du Sud.

Entre temps, la tragédie de la guerre de Corée a fait l’objet de films réalistes à gros budget (Frères de Sang de Kang Je Gyu, The Front Line de Jang Hun) et les personnages d’espions nord-coréens sont devenus récurrents dans les fictions non-historiques (le film Secret Reunion de Jang Hun, les dramas Spy Myeong Wol et IRIS).

Sur le papier, le pitch de The King 2 Hearts évoquerait plutôt le film Love of North and South réalisé par Choi In Sung en 2003, une comédie romantique peu mémorable où un playboy friqué tombe amoureux de la fille d’un diplomate du Nord à l’occasion d’un événement archéologique intercoréen. Quant à l’idée de la monarchie constitutionnelle, elle est déjà présente dans le drama Goong (2006).


Malgré tout, The King 2 Hearts se distingue par la singularité et la frontalité de son approche. Le choix de l’uchronie pour évoquer la relation entre les deux Corées est particulièrement habile puisqu’il permet de dédramatiser leurs interactions. La Corée du Nord est bien dépeinte comme une dictature, mais sans leader ingérable elle paraît moins terrifiante que le régime actuel, et ce d’autant que le dialogue est possible avec les voisins du Sud.

L’avantage d’un tel contexte est qu’il autorise à montrer les Coréens du Nord comme des personnes « normales », même s’ils conservent leurs spécificités culturelles. De la même façon, les décors respectent la vision que l’on se fait de la Corée du Nord, à savoir un pays isolé où la propagande est omniprésente (joli travail sur les affiches très kitsch que l’on peut observer un peu partout sur les murs), sans pour autant verser dans la caricature.

Si les différences entre Coréens du Sud et du Nord sont pointées du doigt au début du drama, c’est souvent avec humour, d’abord par le biais de Kim Hang Ah et de ses hommes dont les réactions apparaissent décalées, mais aussi au travers d’allusions constantes à la pop culture sud-coréenne (Girls’ Generation, BIGBANG), qui exerce sur eux une véritable fascination.


Les premiers épisodes de The King 2 Hearts esquissent les bases d’une comédie romantique classique reposant sur un choc de personnalités, prélude à un rapprochement passionné. Le trope est familier ; le traitement, lui, ne l’est pas. Le fait même de faire naître une idylle en milieu militaire dénote une envie de brouiller les repères du spectateur.

Et en effet, The King 2 Hearts n’a rien de l’éternelle histoire de la Cendrillon moderne subjuguée par un jeune héritier imbuvable, si chère aux romances asiatiques. Le drama dynamite les clichés associés au drama coréen voire ceux du genre de la romance en général.

Cela tient autant à la caractérisation des personnages principaux, très fine, qu’à la dynamique inhabituelle de leur relation. Une relation poignante, débordante de tendresse, qui touche au cœur par son caractère extraordinairement égalitaire.


Kim Hang Ah nous est introduite comme une officier d’élite tiraillée entre son sens du devoir et ses aspirations de femme ordinaire. Mais on a vu nombre d’héroïnes prétendument fortes se dissoudre dans le moule de la gentille fille passive dès qu’elles entrent dans une relation amoureuse avec le protagoniste masculin.

L’art de la scénariste Hong Jin Ah réside dans sa capacité à faire évoluer en profondeur ses personnages sans les dénaturer en route. Hang Ah prend sa place en tant que Première dame au palais mais elle reste une femme d’action. Elle conserve aussi la délicieuse touche de naïveté qu’on lui connaît depuis le premier épisode.

Lee Jae Ha se voit accorder le même soin. Alors que la situation créée par la mort de son frère l’oblige à mûrir brutalement pour assumer d’écrasantes responsabilités, il ne perd jamais son charme juvénile des premiers instants.

Lorsqu’elles surviennent, les joutes verbales de nos amoureux font très mal parce que les personnages sont déjà solidement caractérisés (la mise au point cruelle de Jae Ha à Hang Ah dans l’épisode 6, les reproches glaçants de Hang Ah à Jae Ha à la fin de l’épisode 8). Prenant le contrepied de la plupart des dramas, la scénariste ne cherche pas à excuser la rustrerie initiale de Jae Ha et lorsqu’il exprime sur le tard des regrets à cet égard, cela apparaît d’autant plus simple et touchant. Les personnages sont humains, en somme.


Une fois n’est pas coutume, il n’y a ni belle-mère acariâtre, ni peste professionnelle, ni prétendant malheureux lourdingue pour venir mettre des bâtons dans les roues de l’héroïne et embourber l’intrigue.

Celle-ci trouve au contraire une affection toute maternelle au contact de sa belle-mère, l’occasion de belles scènes de complicité entre Ha Ji Won et la merveilleuse Yoon Yeo Jung, collaboratrice régulière des cinéastes Im Sang Soo (The Housemaid) et Hong Sang Soo (HaHaHa).

De la même façon, Hang Ah apporte un réconfort inattendu à Lee Jae Shin (Lee Yoon Ji), la belle princesse devenue hémiplégique. A cet égard, la richesse du parcours initiatique de ce personnage atypique – les handicapés sont rares dans les fictions télévisées, qui plus est les jeunes femmes séduisantes dans cette situation – est encore un autre exemple de la qualité d’écriture de The King 2 Hearts.


Mais la relation de Hang Ah et Jae Ha ne déjoue pas seulement les clichés du drama coréen, elle est foncièrement subversive en soi, même pour un œil occidental.

L’une des meilleures illustrations en est la formidable séquence du parc d’attraction du début de l’épisode 12. Alors qu’elle est en froid avec lui, Hang Ah n’hésite pas à voler telle une super-héroïne au secours de son homme en danger (ce ne sera pas la dernière fois) le temps d’une scène d’action jouissive qui la voit dégommer un à un des terroristes postés autour d’un manège. Avant qu’elle ne disparaisse sans un mot, Jae Ha lui barre la route et la remercie en la demandant officiellement en mariage. Il le fait à travers un discours à la fois humble et vibrant, d’autant plus empreint d’émotion brute que la demande est faite dans les formes, à genou, dans la plus pure tradition romantique.

En accomplissant spontanément cette démarche juste après que Hang Ah vient de démontrer sa force pour lui sauver la vie, Jae Ha lui signifie qu’il ne se sent pas remis en question dans sa virilité à ses côtés. Là où n’importe quelle fiction, asiatique comme occidentale, se serait arrangée pour rétablir au plus vite le rapport de domination dans le couple, The King 2 Hearts laisse s’épanouir chacun des deux protagonistes à l’intérieur même de la relation amoureuse en faisant fi de la comédie de genre.

Jae Ha aime Hang Ah telle qu’elle est, même si elle le dépasse dans certains domaines. Difficile de trouver plus belle déclaration d’amour à l’écran que cette scène magnifique.


Et il faut dire que la réalisation de Lee Jae Kyu contribue pour beaucoup à conférer au drama son cachet inimitable. Le réalisateur excelle à créer des atmosphères radicalement différentes, l’intrigue naviguant entre thriller politique, comédie ou drame romantique pour basculer dans le film d’action ou se payer le luxe d’incursions réussies dans le film de guerre.

Il est aidé par une direction artistique somptueuse, caractérisée par des décors nombreux et variés, parmi lesquels on retient les intérieurs du palais dont le style aristocratique n’est ni froid ni tape-à-l’œil. Les créations de costumes originales participent elles aussi à donner au drama son identité visuelle, à l’instar des splendides uniformes de Jae Ha – portés avec beaucoup de grâce par Lee Seung Gi.

The King 2 Hearts évite les tics de réalisation théâtraux qui prévalent d’ordinaire dans les dramas coréens, notamment dans les scènes romantiques. Les gestes sont souples, naturels, sans pose, les étreintes sont belles et trahissent une affection palpable. Lee Jae Kyu adopte une mise en scène très cinématographique dans sa manière d’appréhender l’espace en général mais aussi les visages et les corps des comédiens. Il s’emploie à tout moment à saisir la singularité de leur présence, les subtilités de leurs expressions faciales par le biais de cadrages soigneusement composés, plus recherchés que ceux de bien des longs métrages actuels galvaudant le gros plan ou le champ-contrechamp.

A tout moment, le drama est sous-tendu par une volonté de nous raconter quelque chose, tant au sujet de chacun des personnages que du contexte pavé de dangers dans lequel ils évoluent.


Plutôt que de céder à la facilité de se focaliser sur la naissance d’une idylle, The King 2 Hearts met l’emphase sur la consolidation d’une relation adulte fondée sur un sentiment de confiance mutuelle. L’amour qui lie Hang Ah et Jae Ha est tellement fort qu’il est tangible à tout moment, que ceux-ci soient ensemble ou qu’ils se retrouvent séparés.

De fait, la dialectique de la séparation / réunion constitue le fil conducteur principal du drama puisque l’histoire de ses deux personnages principaux revêt une portée éminemment symbolique.

The King 2 Hearts s’ouvre d’ailleurs sur un flash-back particulièrement éloquent montrant Jae Ha, alors encore enfant (sous les traits adorables de Kang Han Byul), faire irruption dans le salon au moment où son père, sa mère et son grand frère regardent en direct la chute du mur de Berlin en 1989 sur leur écran de télévision.

Un symbole fort dont l’importance nous est confirmée par la suite lors du discours que prononce le roi Jae Kang, vingt-trois ans plus tard, devant les représentants des deux Corées pour leur annoncer la participation de l’équipe Nord-Sud au WOC.


La menace qui pèse sur Hang Ah et Jae Ha, et par conséquent sur les deux Corées, arbore les traits de John Meyer, ou plutôt Kim Bong Gu de son vrai nom. Coréen en exil à la tête d’une puissante multinationale, le Club M, que lui a léguée un riche Allemand, il consacre toute son énergie à nuire à Jae Ha qui lui inspire une jalousie féroce.

Les premières apparitions de cet énergumène sont tellement surréalistes, en rupture de ton volontaire avec le reste du drama, qu’on croirait avoir soudain bifurqué dans un film psychédélique des années 70 à la Phantom of the Paradise.

Kim Bong Gu est l’agent du chaos, la personnification de ces forces incontrôlables qui refluent éternellement pour venir saborder la réunification entre les deux Corées. Il n’a ni famille ni patrie – situation rarissime dans les œuvres coréennes où la question des racines est essentielle – parce que ces courants hostiles viennent aussi bien de l’intérieur, par le biais des traîtres et arrivistes de tout poil, que de l’extérieur.

Sur ce dernier plan, on se réjouit de voir que ni la Chine ni les États-Unis ne sont épargnés par le drama, et ce sans que celui-ci cède au manichéisme comme le démontre très bien l’arc épique consacré au WOC lui-même, au cours duquel nos héros se confrontent aux soldats américains. Il est d’ailleurs intéressant de relever que même si The King 2 Hearts s’affiche comme une uchronie, le nom d’Obama est explicitement cité par l’un des personnages…


A travers le combat que livrent Jae Ha et Hang Ah au diable Kim Bong Gu, The King 2 Hearts exorcise avec courage et intelligence certains traumatismes de l’Histoire récente, allant jusqu’à s’inspirer librement d’épisodes de crises diplomatiques avec les États-Unis pour étayer son propos – on pense au grave incident de 1994 sous la présidence Clinton, qui faillit mettre pour de bon la péninsule à feu et à sang.

Rarement un drama – ni même un film – ne sera allé aussi loin dans la mise en scène de la tension entre Corée du Nord et Corée du Sud, et dans la restitution du sentiment de souffrance qui en découle chez ceux qui se sentent encore concernés. Plus d’une fois, on frémit avec Jae Ha lorsqu’il franchit la très symbolique dalle en béton de la Joint Security Area au risque, qui sait, de déclencher une guerre.

A mesure que l’on avance dans l’intrigue, c’est la douleur de la séparation endurée par tout un peuple que l’on ressent à travers celle de Hang Ah et Jae Ha. On atteint à ce titre des sommets d’émotion dans les tout derniers épisodes, inoubliables.

Outre son scénario et sa réalisation, The King 2 Hearts doit aussi sa supériorité à ses acteurs, et en particulier à ses deux acteurs principaux, complètement immergés dans leurs personnages. La mue progressive de Kim Hang Ah est superbement rendue par Ha Ji Won à travers son regard plein de détermination et son attitude corporelle en général, en accord subtil avec les tenues qu’elle porte : la poupée endimanchée des premiers jours au palais laisse place à une jeune femme radieuse dans ses tailleurs et ses robes aux lignes et aux couleurs raffinées.


Ha Ji Won est une actrice avide de challenges, capable d’apprendre autant de nouvelles disciplines sportives qu’il y a de rôles d’action excitants à la clé (l’aérobic pro pour Sex is Zero, le tango et le sunmudo pour le sageuk Duelist, la boxe pour Miracle on 1st Street, le pingpong pour As One…).

Avec The King 2 Hearts, elle prouve encore à quel point elle n’a pas froid aux yeux. Non contente d’exécuter des scènes d’action élaborées, parfois câblées, avec la classe qu’on lui connaît (il faut la voir jouer la sniper sexy et redoutable pour les beaux yeux de son roi), elle se lance pour défi de jouer avec l’accent nord-coréen, qu’elle a acquis auprès d’un coach juste avant le tournage.

Ha Ji Won est aussi convaincante en femme blessée dans son orgueil qu’en guerrière farouche ou en amoureuse attentionnée, distillant sans effort les nuances de son personnage, en particulier lors de ses émouvants face-à-face avec Lee Seung Gi. En dépit des apparences, sa prestation est empreinte d’une gravité surprenante.


Pour donner la réplique à la grande Ha Ji Won, encore fallait-il trouver un roi à sa hauteur. Ce n’est pas pour rien si le drama s’est longtemps appelé The King avant d’être finalement rebaptisé The King 2 Hearts : le personnage de Lee Jae Ha investit peu à peu le centre de l’intrigue et il est celui qui réserve les surprises les plus spectaculaires.

Quand on pense que le rôle a été décliné successivement par Lee Byung Hun, Jo In Sung et Cha Seung Won, on remercie le hasard qui a si bien fait les choses en donnant sa chance à Lee Seung Gi.

Il n’a pas a priori le profil de l’emploi : il est trop jeune pour le rôle (le personnage est supposé avoir trente ans, il en a vingt-cinq), il est beaucoup moins expérimenté que sa partenaire (il a alors seulement deux vrais rôles à son actif, dans Shining Inheritance et My Girlfriend is a Gumiho) et il a neuf ans de moins qu’elle (chose impardonnable aux yeux d’un public local et international très conservateur).


Dès les premiers épisodes, on est pourtant frappé par son alchimie explosive avec Ha Ji Won, impression qui ne fait que se confirmer par la suite, jusque dans le moindre de leurs échanges romantiques empreints de délicatesse et de sensualité.

Lee Seung Gi s’empare de son personnage avec un tel aplomb et une telle sincérité que son jeune âge, au lieu de desservir Jae Ha, le rend plus émouvant encore dans sa quête désespérée de légitimité.

Sur toute la durée du drama, il apporte à ce rôle complexe énormément de profondeur et de sensibilité : à la fois brillant lorsqu’il joue en retenue (la façon dont Jae Ha intériorise le chagrin provoqué par la mort de son frère ; les monologues à l’adresse du portrait de celui-ci) et déchirant dans les moments d’émotion pure (il vous brise le cœur en mille morceaux dans cette scène tétanisante où Jae Ha croit avoir perdu Hang Ah), tout en se montrant capable de tenir tête au génial Yoon Je Moon avec aisance lors de duels psychologiques savoureux.

Il n’y a guère que les dramas coréens pour offrir à des acteurs de cet âge la chance de briller dans des rôles aussi acrobatiques. Et quand la prestation est d’un tel niveau en retour, c’est un plaisir de spectateur incomparable.


Qui dit grand drama dit aussi seconds rôles remarquables et The King 2 Hearts ne fait pas exception. Nous venons de citer Yoon Je Moon, vu dernièrement dans le film Mother de Bong Joon Ho. Avec un naturel désarmant allié à un sérieux grain de folie, il compose une sorte de trouble-fête puéril, drôle et effrayant à la fois, tout simplement l’un des meilleurs méchants jamais rencontrés dans un drama coréen.

Juste après, il y a la très talentueuse Lee Yoon Ji (Dream High) dont la justesse fait de Jae Shin un personnage lumineux en dépit des épreuves qu’elle traverse. L’histoire d’amour qu’elle vit avec le garde royal Eun Shi Kyung interprété par une autre découverte, le très bon Jo Jung Suk (What’s Up?), n’est pas gratuite et se révèle attendrissante, chose rare dans les dramas où l’accent est généralement mis sur le seul couple principal.

L’impeccable Lee Soon Jae (Beethoven Virus), qui joue le secrétaire général corrompu Eun Gyu Tae, père de Shi Kyung, partage de son côté des scènes fortes avec Lee Seung Gi. Sans oublier l’inénarrable Lee Sung Min, qui nous a tant fait rire en professeur superficiel et roublard dans le drama médical Brain et qui se montre ici tellement attachant.


Pour finir, une mention pour les acteurs occidentaux secondant Yoon Je Moon qui, sans jouer un seul instant dans la même cour que le reste du casting, apportent du piment à l’aventure par leur côté décalé, comme le bras droit de Bong Gu qui le suit comme son ombre ou la psychopathe Bon Bon (Samantha Daniel). Clin d’œil de la scénariste : l’un des personnages s’appelle Daniel Craig mais il ne ressemble pas tout à fait à celui que l’on connaît…

The King 2 Hearts est incontestablement l’un des dramas les plus originaux et les plus réussis que la Corée du Sud ait produit ces dernières années, d’un point de vue artistique comme thématique.

Si en dépit d’un score d’audience honorable, il n’a pas connu le succès qu’il méritait lors de sa première diffusion télévisée – en raison notamment du sujet difficile qu’il aborde –, l’enthousiasme qu’il continue de provoquer à l’international est en train de lui assurer petit à petit une réputation d’œuvre culte qui lui sied à merveille.

C’est bien simple, depuis Joint Security Area on n’avait pas rencontré d’œuvre aussi puissante traitant du thème de la réunification. Il serait dommage de passer à côté de cette pépite, belle preuve s’il en est de la capacité de l’industrie coréenne à tirer le meilleur parti de ses talents bouillonnants lorsqu’elle accepte de prendre quelques risques.

Caroline Leroy

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