Découvrez notre analyse des clips de Taemin, superstar de K-pop dont les chorégraphies et les concepts ne cessent de fasciner.

Taemin est très présent dans l’actualité K-pop depuis quelques mois. En août, il nous flattait les tympans avec l’émouvant 2Kids, introduit comme une préquelle à son nouvel album Never Gonna Dance Again. Celui-ci se décline en 2 actes de 9 titres chacun, et dont le premier est sorti le 7 septembre avec le MV de Criminal. Depuis le 9 novembre, Never Gonna Dance Again : Acte 2 et le clip de la chanson IDEA:理想 sont également disponibles. Depuis ses débuts en solo il y a six ans, Lee Taemin s’est forgé une personnalité artistique bien à lui en dehors du groupe SHINee. Cette identité s’exprime par sa musique, mais aussi au travers de clips vidéo toujours plus ambitieux. Entre quête identitaire, imagerie religieuse et expérimentations artistiques, nous analysons la carrière et l’image de Taemin à travers ses 7 clips vidéo incontournables.

IDEA (Taemin)

Danger : les débuts en solo

« It’s my show time ! » Danger est le titre phare du premier EP de Taemin, intitulé Ace. Lors de sa sortie le 16 août 2014, soit deux jours avant celle du mini-album, le clip fait 950 000 curieux sur Youtube en deux jours, un score très élevé pour la K-pop à cette époque. Le titre Danger et son MV n’ont pas pris une ride, alors même que la K-pop a beaucoup évolué entre-temps. Taemin était-il en avance sur son temps ?

Danger de Taemin

Avec Danger, le danseur principal de SHINee surprend ses fans : piercings, moto, skate, guitare en forme de fusil pour la touche punk rock, le chanteur au visage d’ange sort l’attirail du rebelle. Le clip de Danger est aussi l’un de ceux dans lesquels l’influence de Michael Jackson est la plus perceptible, en particulier dans les mouvements secs de la chorégraphie (notamment sur le fameux « bbam-bbam-bbam »). Le jeune artiste, alors âgé de 21 ans, affirme pourtant déjà sa personnalité artistique à travers des marqueurs que l’on retrouvera tout au long de sa carrière.

Sur le plan musical, tout d’abord, Taemin montre son affection pour le mélange entre le R&B et un son électro-pop dépouillé évoquant les tubes des années 80. Sur le plan visuel, la touche dark, que l’on retrouvera dans ses clips des années 2019-2020, est déjà présente dans Danger.

Les designers de SM Entertainment réalisent un joli travail sur les costumes pour créer un style mêlant le classique et le gothique. Taemin apparaît tour à tour dans un complet-veston noir à rayures blanches, qui souligne sa silhouette fine, mais aussi en costume en cuir rouge ou habillé dans un style glam rock, avec les yeux smoky, le torse nu sous un perfecto en cuir noir et la guitare électrique à l’épaule.

La chorégraphie de Danger est l’œuvre du chorégraphe américain Ian Eastwood et du groupe de DJ/chorégraphes coréen BeatBurger.

Drip Drop : dans le désert californien

Dévoilé le 21 février 2016, Drip Drop est extrait du premier album complet de Taemin, Press It. La promotion est servie par deux titres phares, Drip Drop et Press Your Number. Alors que Press Your Number est mis en avant par trois vidéos, un clip officiel et deux versions alternatives, Drip Drop se dévoile à travers une unique « performance vidéo ». Nous avons choisi cette dernière pour illustrer cette phase de la carrière de Taemin, car elle nous a tout simplement scotchées.

Deux ans après Danger, Taemin continue d’assumer ses inspirations américaines, qui s’expriment ici dans le décor choisi pour le clip : Los Angeles, ou plutôt le désert qui l’entoure. Le chanteur travaille aussi avec une troupe locale de danseurs – la même que l’on retrouve dans le clip de Press Your Number. La production du clip de Drip Drop reste cependant coréenne : la réalisation est signée Beom Jin, de l’équipe de production VM Project Architecture, et la chorégraphie est l’œuvre de J Ho, de 1Million Dance Studio (le studio dont Lia Kim est l’une des fondatrices). 

Drip Drop (Taemin)Drip Drop

Le MV de Drip Drop est spectaculaire dans son extrême sobriété : Taemin n’a pas besoin d’effet spécial, il est lui-même l’effet spécial. Avec ses back dancers charismatiques, il évolue dans un décor désertique aux couleurs saturées. Sa performance, d’une fluidité et d’une souplesse rares, sont servis par un montage rythmé alternant les plans d’ensemble et les focus sur l’artiste.

En perfecto bleu orné de rubans noirs ou simplement en pull et pantalon à bretelle, Taemin est d’une classe folle dans le clip de Drip Drop. Ses mouvements sont d’une rigueur absolue, mais ils sont aussi très artistiques et au diapason avec la musique. D’ailleurs, si Drip Drop demeure un excellent titre à écouter seul, il est encore plus exaltant avec sa vidéo.

Sayonara Hitori : le manga live

Sorti le 5 juillet 2016, le titre Sayonara Hitori marque les débuts en solo de Taemin au Japon. Un EP du même nom sort quelques semaines plus tard, le 27 juillet 2016.

Le MV de Sayonara Hitori est l’un des clips les plus puissants de Taemin, en plus d’être une déclaration d’amour à l’univers du manga et de la japanimation, mais aussi à la J-pop, avec ses chanteurs aux looks extravagants dignes de personnages de BD.

Taemin dans Sayonara HitoriSayonara Hitori (Taemin)

Un piano posé sur une falaise devant une immense lune bleue ; des guerriers sombres s’affrontant sur un champ de bataille volcanique ; Taemin allongé dans un cercueil bordé de fleurs bleues et pleuré par deux mystérieuses jeunes femmes… Soutenu par des effets spéciaux digitaux très esthétiques, le clip de Sayonara Hitori alterne entre visions oniriques et scènes infernales – cette ambivalence sera omniprésente dans la plupart de ses clips suivants.

Taemin se livre à une sublime danse contemporaine sur la falaise et sur une plage baignée dans une lumière surnaturelle. Chaque mouvement de cette chorégraphie signée Koharu Sugawara extériorise une émotion, une sensation. Quelques semaines plus tard, Taemin et Koharu Sugawara donneront un autre moment d’émotion en dansant Sayonara Hitori pour l’émission Hit the Stage (Mnet).

Cette rencontre permet aussi à Taemin de s’extraire de l’ombre tutélaire de Michael Jackson et d’enrichir son univers artistique avec de nouvelles inspirations.

Move : la fin des stéréotypes de genres

Le clip de Move est peut-être le plus iconique de Taemin. Sorti le 16 octobre 2017, le titre est extrait de son second album studio (également intitulé Move) et s’inscrit dans le genre du PBR&B, ou R&B alternatif.

Le morceau nous immerge dans une atmosphère trouble, à la fois sexy et mélancolique. La voix de Taemin est accompagnée d’un beat digital, de basses appuyées et d’une enveloppe musicale minimaliste, mais entêtante. La chorégraphie de Move marque sa seconde collaboration avec la chorégraphe Koharu Sugawara. Le clip s’accompagne de deux versions alternatives, l’une avec la troupe de danseuses de Taemin (solo version) et l’autre avec la chorégraphe japonaise (duo version).

Lee Tae MinTaemin et Koharu Sugawara

Le regard intense, la silhouette svelte, Taemin évolue avec légèreté, agilité et sensualité devant la caméra, alternant entre les gestes lents et des enchaînements rapides de mouvements. L’artiste arbore des tenues près du corps dans les scènes dansées, et des accessoires plus extravagants dans les autres séquences (chemise orange, masque en résille argentée). L’excentricité est présente à l’appel, sans se faire envahissante.

Dans la version groupe, les danseuses charismatiques qui l’accompagnent suivent la même chorégraphie : en exécutant tour à tour des mouvements connotés masculins et féminins, Taemin abolit les frontières établies par les stéréotypes de genre.

Pour ce dossier, nous avons choisi la seconde version alternative du clip de Move avec Koharu Sugawara. Le MV orchestre un jeu de séduction entre les deux danseurs, dont les physiques androgynes et les regards profonds sont magnifiquement mis en valeur par la réalisation de High Quality Fish. L’alchimie est tout simplement magique. Les deux protagonistes n’auront que deux contacts physiques, mais le clip est imprégné d’une forte tension érotique.

Lire l’article sur Move

Want : Taemin à la loupe

Sorti le 11 février 2019, Want est issu du second EP coréen éponyme de Taemin. Le clip vidéo initie une nouvelle ère dans l’univers de Taemin, marquée par une réflexion introspective sur sa condition d’artiste et d’idole. Le terme « idole » est à comprendre dans ses deux sens d’origine : une idole est une personne vénérée par les foules ou bien la représentation d’une divinité vénérée comme si elle était la divinité (par exemple, une statue).

Soulignons tout d’abord la qualité visuelle de ce MV de Want, dont chaque cadrage et mouvement de caméra sait précisément orienter notre attention, souligner un détail de la gestuelle de l’artiste ou appuyer son regard. Le MV utilise habilement les changements de format d’image en passant parfois du 16/9 au plein écran pour insuffler une sensation d’ampleur, notamment dans la scène finale. La vidéo déploie un univers intrigant, entre les scènes chorégraphiques dans un théâtre, Taemin cerné par des serpents ou imitant le mouvement d’un serpent ou encore les visions de l’artiste nonchalamment assis sur ce qui ressemble à une table médicale noire.

Want (Taemin)

Imprégnée de symboles religieux, le MV offre deux interprétations possibles. La première fait référence au désir sexuel incontrôlable et destructeur, un thème souligné par les serpents, qui incarnent la tentation et le péché. La seconde fait référence à la condition d’idole de Taemin, une envie de gloire toxique et addictive qui le pousse à aller toujours plus loin dans le culte de la personnalité.

Cette seconde interprétation est appuyée par les nombreuses références aux arts du spectacle et à l’idée d’être scruté – les pellicules de films qui se muent en serpent, les loupes braquées sur lui, le décor de musée qui le transforme en objet d’art. Le clip compte aussi plusieurs référence aux MV passés de Taemin (le perfecto noir comme dans Danger, les masques en résille comme dans Move). La condition d’idole est comparée à un chemin de croix : à 2mn et à 2mn40, le chanteur prend la position de la crucifixion.

Taemin avec des serpents

Le MV de Want introduit une nouvelle donnée dans l’univers de Taemin : le narcissisme. Taemin se sent observé sous toutes les coutures et il aime ça ! Mais il demeure lucide et a conscience que cette adulation pourrait l’entraîner dans les pires tourments.

Quelques mois plus tard, le 26 juillet, le MV du titre japonais Famous poursuivra cette auscultation tourmentée de la condition de célébrité en cultivant les allusions au péché (avec l’apparition de pommes, notamment), mais aussi en introduisant du BDSM et des allusions à l’acte d’autodestruction.

Criminal : plongée en Enfer

Sorti le 7 septembre 2020, Criminal est le second extrait de Never Gonna Dance Again: Acte 1 après 2Kids – ces deux titres radicalement différents donnent un avant-goût de la richesse musicale de cet album. Criminal existe aussi dans une version alternative aux accents psychédéliques, Criminal Minit Remix

Réalisé par Beom Jin, le clip vidéo de Criminal est une fois encore un petit chef-d’œuvre. Le principe est pourtant le même que dans les opus précédents : la vidéo alterne entre les plans chorégraphiques et les gros plans sur le visage angélique de Taemin. Pourtant, l’artiste renouvelle son univers en creusant le concept amorcé dans Want.

Taemin dans Criminal

De quoi parle Criminal ? De passion, bien entendu. « Détruis-moi encore », réclame-t-il à l’objet de son désir, « Tellement élégante, une criminelle qui me fait du mal », souffle-t-il, fixant la caméra avec son bandeau de pirate. Sur un son pop marqué par un beat digital sec, Taemin joue de sa voix suave pour nous inviter dans l’univers envoûtant de Criminal.

Une fois encore, le clip de Criminal permet deux interprétations : l’une sur le désir sexuel brûlant ou la passion amoureuse destructrice, l’autre sur le pacte infernal qu’il a conclu en acceptant sa condition de célébrité. Dans tous les cas, Taemin est en proie à une emprise physique, exprimée par l’utilisation d’accessoires BDSM, très présents dans ses prestations live depuis quelques années. Dans le clip de Criminal, ses mains sont ligotées dans la première séquence du MV, ce qui était déjà le cas dans Famous quelques mois plus tôt.

Criminal (Taemin)

Tout comme Want, Criminal recourt à l’imagerie religieuse : entouré de statues antiques, Taemin danse sur une plateforme projetant des images de flammes. Le clip fourmille également d’allusions à la mort (la main de squelette, Taemin avec un sac plastique sur la tête) et montre l’artiste dans différentes situations : allongé dans un intérieur de luxe ou en situation de détresse dans un décor végétal étouffant. Une rupture visuelle avec l’ambiance infernale s’opère au second couplet : Taemin apparaît soudainement dans un décor blanc immaculé, entre deux murs formés par des baffles noirs, ce qui renvoie à son métier de chanteur (le décor rappelle l’un de ceux du clip de Danger).

Les clips de Want, Famous et Criminal peuvent être vus comme une trilogie de la tentation conjuguant les thèmes du désir sexuel et de l’aspiration à la divinité. Dans Want, Taemin est aux portes des Enfers, dans Famous, il subit les affres de la célébrité, et dans Criminal, il est vénéré comme un dieu tout en étant traité comme un criminel envoyé en enfer. Il est à noter que ces trois clips sont dominés par la même gamme de couleurs : le noir, le blanc et les trois couleurs primaires que sont le bleu, le rouge et le jaune.

IDEA : Taemin côtoie les dieux

Sorti le 9 novembre 2020, IDEA:理想 (les caractères chinois signifient « idéal ») est le titre promotionnel de Never Gonna Dance Again: Acte 2. Si les trois clips évoqués précédemment évoquaient la tentation, celui-ci amorce un changement de ton, tout en s’inscrivant dans le même registre thématique. Une seule chose ne change pas depuis les débuts : la chorégraphie est époustouflante.

Cette fois, Taemin a atteint le paradis : nous le découvrons tout de blanc vêtu, le visage caressé par une douce lumière blanche, dans un bar immaculé en compagnie d’hommes et de femmes au regard énigmatique et enveloppés d’atours de luxe. Ces images paradisiaques sont vite entrecoupées de visions infernales : dans une forêt noire, Taemin réapparaît avec un look gothique, dansant au milieu de zombies fantomatiques. 

이태민 (IDEA)IDEA (태민)

La gamme de couleurs évolue notablement par rapport aux précédents opus : éclairé par des lumières vertes sur les premiers plans du clip (où il se regarde dans le miroir), Taemin apparaît ensuite vêtu d’une veste rose fushia ou d’un soyeux costume bleu ciel. Le titre surprend également par les notes orientales et les basses puissantes déployées dans le refrain, un son inhabituel pour le chanteur.

L’imagerie chrétienne est plus que jamais présente dans IDEA, que ce soit sur les visions paradisiaques (les danseurs vêtus de plumes d’anges) ou infernales (Taemin formant une croix devant le feu). L’artiste semble avoir atteint son but, celui de devenir un dieu, mais il est aussi à deux doigts de tomber en enfer. IDEA donne l’impression que l’idole est constamment sur le fil du rasoir.

Le narcissisme apparu avec Want est toujours bien présent, mais Taemin retrouve également, dans ce MV, le mannequin digital du clip de Criminal Minit Remix, et qui semble représenter une version de lui-même sans identité. Taemin continue de se chercher à travers son art. Et il continue de nous passionner.

Pour finir, nous vous conseillons vivement Never Gonna Dance Again : Acte 1 et Acte 2. Les thèmes de plusieurs des chansons (Heaven, Identity…) semblent confirmer notre théorie (personnelle) sur la quête d’identité qui s’exprime à travers ses clips. L’album confirme également l’éclectisme de l’artiste en matière de sons et d’inspirations artistiques, en plus de nous offrir des collaborations avec le rappeur Kid Milli et avec Wendy de Red Velvet.

Et vous, quelle est votre interprétation des clips de Taemin et quels sont vos préférés ?

Elodie Leroy

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