CRITIQUE. ‘Burn The Stage: The Movie’: un concentré d’émotions brutes

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Le groupe de K-pop BTS se dévoile dans les salles française à travers le film documentaire Burn The Stage: The Movie ! Ce long métrage nous emmène dans les coulisses de la tournée Live Trilogy Episode III The Wings pour raconter l’ascension fulgurante du groupe, leurs joies, leurs peines. Burn the Stage apporte-t-il un regard neuf sur le succès du groupe ? Nous l’avons vu jeudi soir au Club de l’Étoile à Paris, et nous avons été touchées par l’honnêteté de ces images documentaires traversées par des émotions brutes.


La presse américaine les désigne déjà comme les nouveaux Beatles, pour l’engouement phénoménal qu’ils suscitent dans le monde et leur impact sur la jeunesse. Depuis leurs débuts en 2013 au sein d’un modeste label, Big Hit Entertainment, Bangtan Sonyeondan (방탄소년단) alias BTS connaît une ascension constante. Du diptyque d’albums The Most Beautiful Moment in Life à la trilogie Love Yourself, en passant par Wings, chaque album surpasse le précédent dans les charts du monde entier, notamment aux Etats-Unis, où ils sont les premiers artistes coréens à être sacrés Top Social Artist aux Billboard Music Awards 2017. Un exploit qu’ils réitèrent l’année suivante grâce à leur puissante fanbase, les ARMY. En 2018, le clip d’IDOL bat le record mondial de la vidéo la plus vue en 24h sur YouTube (45 millions de vues). En septembre dernier, BTS prend la parole sur la scène politique pour s’adresser à la jeunesse au nom de l’UNICEF au siège des Nations Unies. Rien ne semble pouvoir les arrêter.

Au lendemain de leur passage à l’AccorHotels Arena, à Paris, Burn The Stage: The Movie a toute sa place dans notre programmation cinéma et il n’est nul besoin d’être un fan averti pour en apprécier les qualités.


Sorti le 15 novembre 2018 dans 70 pays, Burn The Stage est à l’origine une série de huit épisodes créée pour Youtube Red et filmée dans les coulisses de la tournée Live Trilogy Episode III The Wings de BTS. La version long métrage devait à l’origine sortir uniquement dans les salles asiatiques, mais Big Hit Entertainment a entendu l’appel des ARMY du monde entier et a décidé de le proposer dans le reste du monde. En France, Burn The Stage: The Movie est pour l’instant programmé jeudi 15 et samedi 17 novembre dans 56 salles.

Réalisé par Park Jun Soo, Burn The Stage n’est pas un film retraçant l’évolution de BTS depuis leurs débuts, ni même un film de concert, mais bel et bien un documentaire de tournée, une tranche de vie au cœur de l’action.


Alors que l’on pouvait s’attendre à ce que les images de leurs performances prennent une grande place dans le film, le réalisateur met volontairement le grand spectacle à l’arrière-plan pour se concentrer sur ce qui se produit au quotidien dans les coulisses de la tournée. La caméra suit donc RM, Suga, J-hope, Jin, Jimin, V et Jungkook pendant leurs répétitions, leurs préparations, leurs réunions. Ces moments behind-the-scene sont complétés par des entretiens avec les membres qui apparaissent sans fard, parfois pris sur le vif pendant une brève pause ou sortant d’une performance.

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Devant les premières séquences, un mot vient immédiatement à l’esprit : extrême. Burn The Stage n’est pas un film de vacances : les membres de BTS endurent une incroyable pression, se blessent régulièrement et n’ont pas une minute à eux, comme l’explique Suga dès la première interview. Au cours des concerts, ils repoussent les limites de leurs capacités pour donner le meilleur d’eux-mêmes à leurs fans, et lorsque le rideau retombe derrière eux, ils doivent encore échanger en réunion sur la musique ou les chorégraphies, travailler à l’écriture de leurs prochaines chansons ou bien retrouver leur kinésithérapeute pour apaiser leurs souffrances. Le lendemain, rendez-vous pour de nouvelles répétitions et essais techniques dans la salle qui les accueillera le soir même.


Pour endurer une expérience aussi frénétique, il faut avoir de la passion à revendre. Et la passion, nous la sentons de manière vibrante tout au long du métrage et chez chacun des membres. Le réalisateur de Burn The Stage, qui se rend parfois dans les chambres ou assiste à leurs repas sans se montrer trop intrusif (le film n’est pas une téléréalité), saisit une succession de moments très authentiques, capte des émotions brutes et les restitue sans emballage mélodramatique ni glorification excessive.

Certains moments sont poignants. Nous assistons presque dès le début à la détresse de Jungkook, le plus jeune du groupe, qui tombe d’épuisement et de chaleur après une performance. Nous voyons Jimin sombrer dans la déprime et se fermer à tout contact après avoir commis une simple erreur pendant une répétition. Nous recevons les confidences nocturnes de Suga, lucide sur l’aspect temporaire de leur succès. Nous devinons les tensions qui finissent forcément par survenir entre ces jeunes sous pression qui passent des mois sous le même toit. Nous assistons aussi à ces moments cruciaux où RM fédère le groupe avec un vrai sens du leadership.


Burn The Stage brosse ainsi les portraits de ces jeunes hommes embarqués dans une espèce de folie qui va crescendo à mesure qu’ils découvrent, parfois incrédules, l’engouement mondial qu’ils suscitent, mais qui n’en demeurent pas moins des jeunes de leur âge, enclins à s’amuser ou à être saisis par le doute. Il y a les boute-en-train comme Jin et J-Hope, dont on devine qu’ils ont parfois besoin d’être canalisés un peu, et les introvertis comme Jimin, qui doutent facilement d’eux-mêmes. Ce moment où V prend Jimin par la main alors qu’il se morfond dans son coin est l’une des scènes qui m’a le plus touchée : les personnes qui se connaissent par cœur n’ont pas besoin de mot pour exprimer leur soutien. Suga a parfois l’air d’un vieux sage, philosophe avec son verre de vin à la main, et Jungkook dégage une énergie très solaire. Et il y a RM, ou Kim Nam Joon, le leader et la force tranquille du groupe.

En cours de route, alors que leur succès aux États-Unis est en pleine explosion, le réalisateur de la tournée, qui semble les encadrer avec professionnalisme, leur soumet un sujet de réflexion: puisque leur musique rend les autres heureux, il faut qu’ils trouvent eux aussi le moyen d’être heureux. Silence dans la salle de réunion. Un moment grave restitué sans artifice par l’auteur du documentaire.


Et leurs fans, dans tout ça ? Burn The Stage rend un hommage touchant et sincère aux ARMY à plusieurs reprises, en particulier dans la dernière partie du métrage, qui montre ces visages du monde entier, les yeux remplis de joie. Quand les garçons se trouvent en difficulté sur scène, le regard des fans les aident à relever la tête, confie RM en voix off. Les garçons s’étonnent aussi d’être adulés par ces jeunes dont la culture n’a pas grand-chose en commun avec la leur, mais qui tentent de prononcer leurs mots en coréen. Les membres de BTS et leurs fans se comprennent par une langue universelle : la musique. Tout est dit. En ces périodes de turbulences politiques où des forces de tous bords tentent de diviser les populations, ce sentiment d’universalité transmis par Burn The Stage fait du bien.

Après une succession d’entretiens individuels au cours desquels chacun expose ses sentiments intimes vis-à-vis de la popularité du groupe, la fin du métrage appuie sur la corde sensible des ARMY en ressortant des images des débuts de BTS. Nous apercevons Rap Monster avec sa coupe punk, Jungkook avec sa bouille d’enfant…

Si le bonheur des membres de BTS est une vraie question, une chose est sûre: ces garçons n’ont pas fini de rêver et de nous faire rêver. La légende Bangtan Sonyeondan est toujours en train de s’écrire.

Elodie Leroy

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