Critique : Carter (Netflix), un concentré d’action dingo avec Joo Won

par Elodie Leroy

Joo Won bastonne tout ce qui bouge dans Carter, un thriller 100 % action boosté à l’adrénaline, qui s’impose comme le blockbuster idéal pour réveiller notre été. Découvrez notre critique.

Les images promotionnelles ne mentaient pas sur la marchandise. Disponible sur Netflix depuis le 5 août 2022, le film Carter mise sur l’action non-stop avec un concept intrigant. Conçu comme un long plan continu de 2h13, cette nouvelle réalisation de Jung Byung Gil (The Villainess) met en scène Joo Won (Alice) dans une course-poursuite frénétique et ininterrompue construite à la manière d’un jeu vidéo. Bien sûr, l’objet ne plaira pas à tout le monde et le concept montre parfois ses limites sur le plan visuel. Mais pour les amateurs d’action pur jus, de scènes bourrées d’idées délirantes et de défis techniques, l’expérience s’avère jubilatoire. Accrochez vos ceintures !

Agents secrets et pandémie

En Corée du Sud, alors que le monde est gagné par une pandémie issue de la DMZ, un homme (Joo Won) se réveille dans une chambre d’hôtel, le corps couvert de tatouages, quasiment nu et éclaboussé de sang. Bientôt, il entend une voix féminine qui lui apprend qu’elle provient d’un dispositif implanté dans son oreille et qu’il est le seul à l’entendre. La voix lui révèle également qu’il s’appelle Carter, qu’il est poursuivi par des agents de la CIA et qu’il a une bombe implantée dans la bouche. Carter a une mission : sauver une petite fille kidnappée par la CIA pour la ramener en Corée du Nord.

Tourné au second semestre 2021, Carter est le quatrième long métrage en tant que réalisateur de Jung Byung Gil. Son précédent film, The Villainess, démontrait déjà un goût prononcé pour les séquences d’action extrêmes, mais aussi une certaine virtuosité dans la mise en scène de joutes martiales ultraviolentes impliquant des dizaines de cascadeurs. Il faut dire que Jung Byung Gil lui-même vient de ce monde-là, puisqu’il a débuté à la Seoul Action School, la première école de cascade coréenne qui a permis au cinéma d’action coréen d’émerger. Le bonhomme connaît donc plutôt bien le job de l’équipe qu’il dirige, et toutes les contraintes qui vont avec.

Comme le précédent métrage du réalisateur, Carter ne mise pas sur la complexité scénaristique, mais trouve le juste dosage entre l’action pure et une histoire dont les enjeux suffisent à justifier la folie qui se déchaîne à l’écran. Dans Carter, l’action est encore plus prépondérante que dans The Villainess : elle occupe pour ainsi dire 99 % du film.

Aux affrontements entre agents américains, sud-coréens et nord-coréens, qui réservent de sympathiques retournements de situation, s’ajoute le thème très à la mode de la pandémie aux accents zombiesques, que l’on retrouve également dans bon nombre de dramas depuis un ou deux ans (Happiness, Dark Hole, Monstrous, etc.). De quoi plonger notre héros dans un certain stress, surtout avec la responsabilité de la vie d’une petite fille sur les bras (au sens propre comme figuré).

Action non-stop et sans limite

N’ayez crainte, Carter a de la ressource ! Sous tension pendant tout le film, notre héros se bat comme un chef et tabasse des centaines de combattants, tout en enchaînant le plus naturellement du monde les cascades les plus invraisemblables. Car s’il est une qualité qui séduit immédiatement, dans Carter, c’est le jusqu’au boutisme de ses scènes d’action.

Le film ouvre le bal avec un affrontement sanglant opposant Carter à des dizaines de mafieux dans un bain public, avant d’enchaîner sur une course poursuite effrénée à moto dans un décor urbain fourmillant d’obstacles. Alors que les cadavres s’accumulent dangereusement dès le premier quart d’heure, Carter se mue rapidement en une gigantesque course-poursuite dans des décors variés, allant de l’espace confiné d’une soute à bagages aux paysages montagneux typiques de la Corée.

Ce qui fait véritablement plaisir, c’est que le réalisateur Jung Byung Gil s’autorise absolument tout, de l’affrontement martial acrobatique sur des échafaudages, au gunfight complètement dingue en chute libre dans les airs, avec une imagination qu’on n’avait pas vu depuis longtemps dans film d’action. Le héros s’empare à ce titre de tous les moyens de transport imaginables : moto, voiture, bus, train, avion, mais aussi hélicoptères armés de missiles… Tout est possible.

Il va sans dire qu’il faut oublier toute notion de réalisme, notamment lorsque le héros atterrit en parachute précisément à l’endroit où se trouvent une horde de poursuivants en jeep. Carter est aussi un film plein d’humour, qui s’amuse des situations imprévisibles dans lesquelles se retrouvent les personnages, en plus d’être généreux en sensations fortes.

Le parcours rocambolesque du personnage et la variété des configurations spatiales font parfois ressembler le film à un jeu vidéo. Le principe même du héros assailli de toutes parts par des centaines d’ennemis, dont les infectés victimes du virus DMZ, s’inspire totalement de ce format. La comparaison est assumée : comme dans les RPG, le récit fonctionne par niveaux et s’interrompt régulièrement par une brève scène dialoguée, au cours de laquelle un nouveau personnage fait son show et apporte quelque révélation utile pour la suite.

Joo Won, l’homme de la situation

L’acteur Joo Won, qui a pris sept kilos et s’est entraîné pendant des mois pour le rôle, s’impose véritablement comme l’homme de la situation. Avec son regard concentré, il se fond littéralement dans la peau de ce personnage traqué et constamment sous adrénaline, son sérieux imperturbable offrant un contraste amusant avec la drôlerie de certaines situations.

Carter ne requiert pas de la part de Joo Won une subtilité de jeu particulière, pas plus qu’un Mission Impossible n’en exige de la part de Tom Cruise. Qu’importe, nous connaissons déjà l’étendue de ses talents d’acteur pour l’avoir vu en héros masqué combattant l’occupation japonaise dans Bridal Mask ou en pédiatre autiste dans Good Doctor. Ici, le défi est purement physique, et il est de taille.

Même si le film est un faux plan séquence, dont les raccords sont d’ailleurs faciles à deviner, les diverses scènes de combat sont bel et bien composées de longs plans sans coupure. Compte tenu du nombre d’attaquants, du matériel mobilisé et des décors parfois alambiqués (les trois camions alignés sur la route, le laboratoire nord-coréen…). On imagine la préparation phénoménale à laquelle ont dû se livrer les acteurs, les cascadeurs et l’équipe technique.

Le procédé de l’action en temps réel montre parfois ses faiblesses. Certains travelings tournés avec des drones sont saccadés et l’abus de l’action à 360 degrés, voyant la caméra tourner autour de protagonistes en mouvement, donne parfois un peu le tournis. Mais ces imperfections ont aussi leur charme à l’heure où Hollywood nous déverse ses productions Marvel dont les acteurs sont de plus en plus souvent remplacés par des avatars digitaux. Contrairement à ses confrères de Marvel, Joo Won fait le travail physiquement et quasi sans doublure, et cela se respecte.

Les acteurs secondaires participent également à la fête, à commencer par Lee Sung Jae (Abyss), impeccable en méchant cynique jusqu’au bout des ongles, Jung So Ri (Pachinko), crédible en agente nord-coréenne d’élite, et bien sûr la jeune Kim Bo Min (The Silent Sea) dans le rôle de Ha Na, l’enfant que tout le monde s’arrache pendant tout le film. On relèvera également la participation sympathique de Jung Jae Young (On the Verge of Insanity) dans le rôle du père de Ha Na. Les amateurs de dramas reconnaîtront également la bouille inimitable de Jung Hae Kyun (Eve) dans un rôle ambigu.

En somme, Carter s’impose comme une belle alternative aux blockbusters hollywoodiens. Le film est une invitation à revenir vers un cinéma d’action plus physique, plus brut, et finalement plus divertissant.

Elodie Leroy

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