La série coréenne la plus attendue de 2020 se dévoile à travers deux épisodes spectaculaires et pleins de promesses. Notre avis sur ce début.

The King: Eternal Monarch n’est pas seulement l’un des dramas les plus luxueux de l’année. Cette série fantastique et romantique sortie de l’imaginaire de la scénariste Kim Eun-Sook (Goblin, Mr. Sunshine) marque aussi le retour de Lee Min-Ho, absent des écrans depuis 2016. Pour fêter l’événement, la production de The King: Eternal Monarch offre à l’acteur un écrin de luxe pour réaffirmer sa suprématie dans le star system coréen. Mais le drama ne saurait se résumer à cela. Si la mise en scène n’atteint pas la poésie de Goblin, ces premiers épisodes plantent un univers intrigant et peuplé de personnages savoureux. On se laisse volontiers charmer.

Lee Min-Ho ou le retour du roi

Premier drama de Lee Min-Ho depuis son retour du service militaire, The King: Eternal Monarch est aussi sa seconde collaboration avec la scénariste Kim Eun-Sook sept ans après le drama The Heirs, dans lequel il interprétait un riche héritier de chaebol. Avec The King: Eternal Monarch, l’acteur suivi par des millions de followers ne peut guère monter plus haut dans l’échelle sociale, puisqu’il interprète le roi Lee Gon, qui règne sur le Royaume de Corée.

Le principe d’une Corée monarchique ancrée dans la modernité n’est pas nouveau, puisqu’il était déjà utilisé dans The Last Princess et surtout dans l’excellent The King 2 Hearts. La comparaison s’arrêtera là. Dans The King: Eternal Monarch, il est question de deux univers parallèles. L’un est une monarchie moderne et l’autre une république démocratique qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la Corée actuelle.

The King: Eternal Monarch débute par une séquence spectaculaire au cours de laquelle la violence, l’ambition et le destin se conjuguent dans un tourbillon de couleurs, de sang et de coups de feu. La cinématographie est soignée et le décor circulaire de la salle royale en impose. Sous les yeux effrayés de son fils, un roi est assassiné par son frère (caméo de Kwon Yool dans le rôle du roi). Etendu sur le sol, le petit Lee Gon reçoit l’aide inespérée d’un inconnu masqué, auquel il a tout juste le temps d’arracher un badge avant de s’évanouir.

A l’âge adulte, le roi Lee Gon (Lee Min Ho) vit un quotidien luxueux et pour ainsi dire ennuyeux, malgré la présence rassurante de No Ok Nam (Kim Young Ok), une dame de la Cour qui s’occupe de lui depuis son enfance, et de son fidèle garde royal et ami Jo Young (Woo Do-Hwan). Mais il rêve secrètement de retrouver Jung Tae-Eul, la propriétaire du badge laissé 25 ans auparavant par son sauveur.

Il la rencontrera ailleurs. Lors d’un événement public, Lee Gon aperçoit une silhouette déguisée en lapin qui lui rappelle le conte d’Alice au Pays des Merveilles. C’est en pourchassant ce white rabbit qu’il traverse une porte mystérieuse plantée dans une forêt de bambous. L’instant d’après, il se trouve dans l’autre monde.

Rencontre sur la place de Gwanghwamun

Bénéficiant d’un budget confortable, The King: Eternal Monarch affiche une belle qualité de production et des moyens conséquents, qui se traduisent notamment par des effets spéciaux irréprochables et de bon goût – le design de la porte est une réussite.

Le réalisateur Baek Sang-Hoon, qui secondait Lee Eung-Bok dans Descendants of the Sun, prend pour la première fois les rennes d’une grosse production. Sa mise en scène est efficace, mais manque peut-être d’un souffle romanesque, d’un je-ne-sais-quoi qui aurait insufflé à The King: Eternal Monarch plus de poésie visuelle – cette poésie que l’on trouvait dans le premier épisode de Goblin, par exemple. Le style s’avère cependant suffisamment élégant pour mettre en valeur les personnages de Kim Eun Sook. Car dans les dramas de cette dernière, il s’agit avant tout de personnages.

Là où le réalisateur réussit son effet, c’est dans la dernière scène de l’épisode 1 : sur la célèbre place de Gwanghwamun, le roi Lee Gon, sur son cheval blanc, se fraye un chemin entre des voitures devant les Séoulites effarés, avant de se retrouver nez à nez avec Jung Tae-Eul (Kim Go Eun), une policière un peu bourrue qui tente de lui rappeler les règles de la circulation.

La majesté du décor, le lyrisme de la bande son, les regards francs des deux personnages qui se jaugent devant la statue du roi Sejong… Pas de doute, nous sommes bien dans un drama de Kim Eun Sook, qui réussit une fois de plus à créer l’un de ces moments magiques dont elle a le secret.

L’effet Lee Min Ho intact

A partir du deuxième épisode, The King: Eternal Monarch semble prendre son envol. L’histoire déroule plusieurs intrigues en parallèle – l’enquête de Jo Young pour retrouver son roi, les méfaits de l’assassin du père de Lee Gon – mais demeure résolument centrée sur la relation insolite qui se noue entre le roi et Tae-Eul.

Le démarrage de la romance assure le divertissement. La comédie joue sur le principe du fish out of the water*, avec ce roi projeté dans un autre environnement, qui continue de se conduire comme un souverain, alors qu’il n’est qu’un citoyen lambda un peu farfelu aux yeux de notre policière. D’ailleurs, comme le héros de Rooftop Prince il y a quelques années, Lee Gon se retrouve rapidement au poste de police à cause de son comportement à côté de la plaque. Quant à sa capacité à gérer ses finances, il est aussi panier percé que le prince amnésique de 100 Days My Prince !

L’alchimie entre Lee Min Ho et Kim Go Eun agit immédiatement dans les échanges comiques entre Lee Gon et Jung Tae Eul. Le personnage du roi possède un mélange d’assurance et d’innocence qui le rend assez désarmant, un registre dans lequel Lee Min Ho se révèle très à l’aise. Et puis, il faut admettre qu’il a la classe dans sa superbe tenue de cavalier – le design des costumes est l’œuvre du Philippin Jack Cruz, qui a également travaillé sur Arthdal Chronicles.

Il va sans dire que son passage dans le monde normal ne passe pas inaperçu. Lee Min Ho oblige, les passantes s’extasient devant sa beauté chaque fois qu’il se rend dans un lieu public ! Également Lee Min Ho oblige, notre roi se livre à un véritable défilé de mode tout au long de ces deux épisodes, histoire de caser un maximum de marques dans le drama (même si le meilleur placement de produit reste celui de Netflix).

Qu’en est-il de Kim Go-Eun ? Le personnage de Tae-Eul s’éloigne fortement de la femme-enfant de Goblin. L’actrice se révèle convaincante et plutôt amusante dans le rôle de cette flic peu aimable, voire grossière, mais qui a le cœur sur la main. Sous cette carapace se cache peut-être une jeune femme qui rêve d’un beau prince sur son cheval blanc. En attendant, elle ne s’en laisse pas compter. Il est loin, le temps où les héroïnes de drama se laissaient étreindre brusquement par un bel inconnu. Aujourd’hui, elles le mettent directement derrière les barreaux !

Woo Do Hwan fait le grand écart dans un double rôle

Parmi les rôles secondaires, Woo Do Hwan tire son épingle du jeu. Quelques mois après sa prestation émouvante dans My Country : The New Age, le revoilà en agent de sécurité un peu coincé, avec son costume impeccable, ses cheveux gominés et son regard perçant. Du moins dans le monde monarchique.

Dans l’autre univers, il est Jo Eun Seob, un simple fonctionnaire au comportement nonchalant, voire immature, et parlant avec un fort accent du sud. Entre le sourire enfantin d’Eun Seop et l’attitude ultra sérieuse de Jo Young, Woo Do Hwan fait admirablement le grand écart dans cette double performance. Sera-t-il le scene stealer** de ce drama ?

La déception nous vient de Jung Eun Chae, que nous avions appréciée dans The Guest et qui interprète ici la première ministre du Royaume de Corée. Son personnage ressemble à une caricature de VVIP poseuse et sûre de son charme. Sa performance est sans finesse, mais elle n’est guère servie par des tenues de mauvais goût. Nous lui laissons toutefois le bénéfice du doute, car ses scènes sont encore trop peu nombreuses pour émettre un avis définitif.

Les rois de Corée, des personnages du drama

Enfin, le méchant de l’histoire, Lee Lim (Lee Jung Jin), peine un peu à convaincre dans l’épisode 1 – là encore, nous sommes dans la caricature – mais prend une tournure intéressante dans l’épisode 2. Telle une entité maléfique, il semble se nourrir des rancœurs sourdes des êtres humains pour accomplir ses sombres desseins (la scène avec la mère de l’enfant handicapé est touchante). Dans le monde républicain, Lee Lim s’est reconverti en peintre restaurateur de bâtiment royaux et religieux, ce qui participe au mystère qui entoure le personnage.

La bonne idée de The King: Eternal Monarch est d’ancrer son univers fait de mondes parallèles dans un socle commun, celui de l’Histoire de Corée, figurée à travers les allusions récurrentes aux rois de Joseon, comme s’il s’agissait de personnages du drama. Dans le palais du Royaume de Corée, les peintures royales installées côte à côte dans le couloir parcouru par Lee Gon enfant évoquent également le temps qui passe.

Vous l’aurez compris, The King: Eternal Monarch n’est pas parfait, mais réussit son entrée en matière en suscitant la curiosité sur ses personnages et les règles énigmatiques qui régissent le passage entre les deux mondes. Nous soupçonnons que la notion de voyage dans le temps s’invitera dans l’intrigue de The King: Eternal Monarch… Et vous, avez-vous des théories à partager ?

[UPDATE 27/05] : The King: Eternal Monarch arrive sur Netflix France le 13 juin 2020.

Elodie Leroy

*Fish out of the water : poisson hors de l’eau
**Scene stealer, ou voleur de scène : celui qui vole la vedette

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