Critique : ‘Secret Sunshine’, de Lee Chang Dong

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Cela faisait cinq ans, depuis le bouleversant Oasis sorti en 2002, que l’on attendait des nouvelles de Lee Chang-Dong, personnalité phare du paysage culturel sud-coréen et ancien Ministre de la Culture. Présenté en compétition au Festival de Cannes 2007, Secret Sunshine est son quatrième long métrage et a valu à l’actrice Jeon Do Yeon un Prix d’Interprétation. Une récompense amplement méritée puisque sa présence crève littéralement l’écran.

Jeon Do Yeon incarne Shin-ae, une jeune femme qui vient tout juste de perdre son époux et dont l’affection se reporte entièrement sur son petit garçon. Sans dire un mot à sa famille, elle part s’installer à Milyang, la ville natale de son mari, et démarre une activité de professeur de piano. Elle fait aussi la connaissance de Kim Jong Chan (Song Kang Ho), un garagiste jovial qui entreprend de l’aider à s’en sortir coûte que coûte. Mais alors que la vie de Shin-ae reprend petit à petit son cours, la tragédie frappe une nouvelle fois à sa porte…

Si les incursions de Lee Chang Dong dans le septième art se font rares, on ne sort jamais totalement indemne de ses films. Avant Oasis, le cinéaste signait en 1997 le très sombre Green Fish qui racontait avec un réalisme glaçant la descente aux enfers d’un jeune homme enrôlé dans la pègre locale. Trois ans plus tard, il revenait avec Peppermint Candy, récit déchirant conté à rebours et dressant le tableau noir d’une Corée du Sud encore profondément marquée par la dictature. Enfin, Oasis narrait l’histoire d’amour singulière entre un jeune homme attardé et une tétraplégique et s’imposait alors comme son œuvre la plus poignante. Trois films qui utilisaient avec force le destin d’un ou plusieurs personnages pour radiographier une société meurtrie, broyant les individus. Si Secret Sunshine s’avère tout aussi torturé que les précédents, le film opère pourtant un changement de registre. L’auteur met de côté les thématiques politiques et sociales et s’intéresse au destin d’une jeune femme, dont les tourments constituent cette fois le véritable sujet de l’histoire.

Alors que bien d’autres cinéastes se seraient contentés avec un tel sujet de délivrer une succession de scènes tire larmes, Lee Chang Dong imprègne son œuvre d’une intensité et d’une authenticité telles que l’on est littéralement pris aux tripes du début à la fin. Évitant tous les pièges du misérabilisme, le film ne tente pas de faire passer son personnage principal pour une victime, ses réactions pouvant se révéler extrêmement violentes, comme dans cette scène presque jouissive où elle perturbe une messe en plein air. A ce titre, la thématique complexe du deuil s’accompagne d’un propos incisif sur l’endoctrinement religieux dont les plus vulnérables deviennent parfois les cibles – le réalisateur n’a pas résisté à la tentation de pointer du doigt quelques abus, sans pour autant sombrer dans le simplisme ou le plaidoyer antireligieux.

Les humeurs de la jeune femme passant constamment d’un extrême à l’autre, la comédienne Jeon Do Yeon (No Blood No Tears, You Are My Sunshine) déploie une impressionnante palette d’émotions, exprimant celles-ci de manière très physique. Elle dispose à ce titre d’une grande latitude puisque la mise en scène privilégie les plans longs, ce qui ne ralentit nullement le rythme mais participe au contraire à renforcer le caractère imprévisible des événements. Aux côtés de Jeon Do Yeon, on retrouve l’excellentissime Song Kang Ho (Foul King, The Host), dont chaque intervention sonne juste dans le rôle de ce guy next door très attachant.

Élodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 16 octobre 2007

> Lire le portrait de l’acteur Song Kang Ho

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