Lee Seung Gi en concert à Séoul : j’y étais !

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J’ai une chance incroyable. Fin 2013, j’ai pu aller voir Lee Seung Gi en concert à Séoul. Le bilan? Deux heures trente de pur bonheur, tout simplement l’un des concerts les plus riches et les plus enthousiasmants auxquels j’ai eu l’occasion d’assister. Retour sur une excursion musicale très spéciale.

Depuis 2009, Lee Seung Gi donne chaque fin d’année, le temps d’un week-end, deux grands concerts à Séoul. Le « Lee Seung Gi Hope Concert » avait lieu cette année le samedi 30 novembre et le dimanche 1er décembre dans le First Gymnasium du complexe olympique de Séoul. Cette salle d’une capacité de 15 000 personnes environ, située à l’est de la ville, est très prisée des stars locales comme internationales. J’ai eu l’immense plaisir d’assister à cet événement qui était aussi l’occasion pour ce jeune homme aux multiples talents de célébrer avec son public une année 2013 particulièrement fructueuse sur le plan professionnel.

Pour mémoire, Lee Seung Gi a d’abord reçu de multiples récompenses pour son mini-album Forest, œuvre aérienne et intimiste sortie discrètement fin 2012 et classée directement en tête des charts des semaines durant. Il est, ensuite, le héros de l’un des plus beaux dramas de l’année, Gu Family Book, succès populaire pour lequel il a reçu les éloges du public comme de la critique. Enfin, il vient de faire son retour triomphal dans le monde du variety show avec Noonas Over Flowers, diffusé sur la chaîne câblée tvN, et dont les scores historiques écrasent contre toute attente ceux des émissions concurrentes sur les chaînes nationales. A cela il faut ajouter une collaboration avec l’auteure japonaise Banana Yoshimoto, un projet littéraire aussi singulier qu’émouvant dont je reparlerai à l’occasion.

Lee Seung Gi, 27 ans en janvier prochain, est comme l’indique cette énumération hétéroclite de hauts faits, un talent à part au sein de l’entertainment coréen : à la fois chanteur, acteur et animateur télévisé, il est comme j’aime à le dire un « multi-entertainer surdoué », en ce qu’il est véritablement exceptionnel dans chacun des domaines où il s’aventure, et ce, en dépit de son jeune âge. Un profil déroutant pour un artiste accompli, qui demeure à ce jour l’une des célébrités les plus aimées de Corée du Sud, tous publics confondus. Si je l’ai personnellement découvert et apprécié d’abord en tant qu’acteur, celui que je suis venue voir ce 1er décembre 2013, c’est bien Lee Seung Gi le chanteur, sur scène, dans l’exercice de son art, de son premier métier. Je ne surprendrai pas grand monde en précisant que j’étais sans doute la seule Européenne sur place, voire la seule Occidentale, détail amusant qui rend à mes yeux l’aventure encore plus excitante. Un concert de Lee Seung Gi n’est pas un concert de K-Pop et c’est avec la sensation d’assister à un rendez-vous purement coréen que j’ai vibré durant les trois généreuses heures qu’a duré ce spectacle magnifique.

Avant d’entrer enfin dans le vif du sujet, un mot sur les photos qui illustrent cet article. Pour extraordinaires qu’elles soient, elles ont toutes été prises par des fans dans la salle et non par des professionnels. Un grand bravo à ces photographes amateurs que j’espère avoir correctement crédités en fin d’article.

Comme je l’avais entendu dire, ses concerts attirent un public très hétérogène : beaucoup de jeunes bien sûr, filles et garçons, mais tout autant d’adultes, des couples d’âge mûr, voire des personnes âgées (j’avais devant moi une mamie d’environ 75 ans, visiblement très fan, venue avec sa fille), quelques enfants venus avec leurs parents, des fangirls chinoises dans la vingtaine, des Japonaises dans la trentaine et la quarantaine. Depuis ses débuts, celui que l’on surnomme le « prince of ballads » (le king restant pour l’instant son aîné K.Will) a su toucher durablement le cœur d’individus venus d’horizons très variés, et l’explication de ce phénomène un peu particulier m’est apparue plus clairement durant le concert lui-même, en découvrant la versatilité impressionnante de l’artiste sur scène et ses interactions chaleureuses avec son public.

Cette année, le thème à l’honneur du Hope Concert de Lee Seung Gi tenait en ces mots : « Happiness, Anger, Sorrow & Joy » (Bonheur, Colère, Chagrin & Joie), soit un éventail extrême de sentiments à explorer vocalement et musicalement, mais aussi visuellement à travers différents décors, ambiances et mises en scène. Le chanteur n’ayant sorti aucun nouvel album depuis le concert de l’année dernière, la saveur de cette édition 2013 dépendait par conséquent du choix des chansons – dix ans de carrière et huit albums, cela fait beaucoup en réserve – et de la façon dont certaines allaient être réarrangées, réinventées rien que pour nous au cours de cette soirée. Non seulement j’ai eu la chance d’entendre de nombreux morceaux que j’attendais tout particulièrement, mais les versions alternatives proposées ici m’ont absolument ravie au-delà de ce que j’aurais pu imaginer.

A commencer par l’ouverture du concert, absolument électrisante, au son de la chanson culte Because You’re My Woman (내 여자라니까) revisitée en mode électro, Seung Gi évoluant avec ses danseurs sur la scène centrale tandis que mille feux multicolores traversent la salle entière et que le public explose littéralement de joie. J’ai enfin compris l’utilité de ces light sticks aux couleurs codifées : les jeux de lumière mis au point pour le spectacle tiennent comptent de l’allure de cette marée scintillante pour un effet visuel renversant, renforçant le sentiment de communion entre les spectateurs et l’artiste. Pour BigBang c’était le jaune, pour Seung Gi c’est le vert, et je suis grisée d’emblée par cette extraordinaire euphorie comme je l’ai rarement été à l’intro d’un concert. Même ma petite mamie s’est levée en même temps que tout le monde et agite son light stick avec frénésie !

Because You’re My Woman est la chanson qui a révélé Lee Seung Gi en 2004 alors qu’il n’était encore qu’un lycéen de 17 ans. Il s’agit d’une ballade rock très émouvante écrite et composée par PSY (oui, le PSY de Gangnam Style), dont le thème est la déclaration d’amour d’un adolescent à une femme plus âgée. Il est particulièrement malicieux de la transformer pour l’occasion en un tube de club ultra-énergique, qui plus est sur une chorégraphie endiablée et humoristique. Le moins que l’on puisse dire est que cela fonctionne du tonnerre en tant que signal de ralliement immédiat. Lorsque les lumières s’éteignent brusquement sur la dernière note, on ne distingue plus que la fermeture éclair rouge fluo de la veste très stylée de Seung Gi, et c’est alors que démarre en trombe la deuxième chanson, Nobody (아무도, reprise du titre éponyme du duo coréen Panic), elle aussi issue du premier album, The Dream of A Moth. J’affectionne particulièrement cet album qui est un véritable petit bijou rock d’une fraîcheur étourdissante, et ma chance ne s’arrête pas là puisque le chapitre suivant m’offre l’expérience live inespérée de l’un de ses plus beaux morceaux : Delete (삭제), autre ballade rock signée PSY et dont je savoure une interprétation très fidèle à l’original, à la fois épurée et vibrante.

Au passage, je salue la qualité extraordinaire de l’acoustique de cette salle. Le son y est si parfaitement réparti que mes oreilles sensibles accueillent avec délectation chaque arrangement sonore, qu’il s’agisse d’un morceau bruyant ou non. Rien à voir avec l’horreur du Stade de France ou le niveau de décibels délirant du Wembley Arena. Et je note que contrairement à beaucoup de chanteurs, Seung Gi ne porte la plupart du temps qu’une seule oreillette, voire aucune sur certaines chansons, afin de profiter un maximum de sa relation avec son public.

De la première à la dernière minute, le spectacle séduit par sa créativité et son audace. Il n’est pas commun en effet de voir autant de genres musicaux se succéder au cours du même concert, le risque étant de perdre en route la concentration du public avec des changements de rythme et de ton trop fréquents. Et pourtant, c’est l’inverse qui se produit ici. Tandis que Seung Gi navigue avec une aisance stupéfiante entre ballades au tempo lent, chansons folkloriques enlevées, electro-pop dansante, session acoustique avec orchestre, rock pur et dur ou simple piano-voix, on est captivé, touché en plein cœur par sa faculté à transmettre les émotions de manière si directe, si évidente – par-delà la barrière de la langue en ce qui me concerne.

Pour exemple, cette partie consacrée au trot (chanson populaire coréenne basée notamment sur un rythme binaire et des couplets de 7 et 5 syllabes), un rituel depuis son tout premier concert en 2007. Sa prestation très drôle et très dynamique sur les chansons de karaoke Soyanggang Girl et Southbound Train donne lieu à un délicieux moment d’échange complice avec toutes les générations présentes dans la salle, tout le monde ou presque chantant à tue-tête autour de moi en même temps que lui. Dans un registre complètement différent, une chanson provoque un émoi palpable chez les spectateurs : il s’agit du merveilleux titre d’ouverture de l’album Tonight, Aren’t We Friends (친구잖아), une chanson mélancolique et assez rythmée qu’il interprète avec une ferveur communicative.

A l’intérieur de ce spectacle foisonnant en tous points réussi, plusieurs temps forts me laissent une impression profonde et entêtante, outre ceux que je viens de citer. Il y a d’abord ce passage consacré aux bandes-originales de films, qui suit la première session de ballades. Le décor est celui d’une jolie petite bibliothèque, reconstituée sur la partie droite de la scène, au centre de laquelle est assis Seung Gi entouré de musiciens spécialement invités pour l’occasion. Violon, violoncelle, bandonéon, clavier, basse, les instruments sont ceux du tango car c’est sur ce mode que le chanteur a choisi de revisiter certaines des chansons les plus connues de son répertoire, tandis que défile sur l’écran principal un montage d’extraits de certains de ses films favoris (Romeo+Juliet de Baz Luhrmann, Léon de Luc Besson et Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell notamment).

Et c’est très, très beau. Je dois avouer que j’avais été subjuguée par ses précédentes prestations « assises », que ce soit à la télévision (Melody et Like A Flower sur la scène du Yoo Huiyeol’s Sketchbook, fin 2012) ou dans les concerts filmés (les sessions acoustiques des concerts japonais de juin 2012 et d’octobre 2013), je trouve que sa voix est d’une délicatesse et d’une sensualité incroyables dans cet exercice difficile. J’anticipais donc avec beaucoup de fébrilité d’assister pour de vrai à l’un de ces moments rares.

Je n’ai jamais tellement aimé la chanson Will You Marry Me? (결혼해 줄래) alors que c’est l’un de ses tubes les plus populaires en Corée, cependant la version tango qui nous est proposée ce soir, nettement plus sombre, plus intense, est vraiment superbe. Quand il reprend la très belle chanson Return (되돌리다, mini-album Forest), d’une douceur ouatée à l’origine, c’est à l’inverse sur un rythme plus rapide avec quelques accords en mineur, un vrai bonheur. Mais l’émotion la plus forte de cette parenthèse intimiste survient sans prévenir avec la chanson Please (제발, remake album When A Man Loves A Woman Vol.1), sur laquelle il démarre piano, sur des notes presque susurrées, pour monter progressivement en puissance d’une voix claire. C’est extrêmement maîtrisé et simplement splendide.

Ce que j’aime le plus chez Lee Seung Gi, et que la performance live permet d’apprécier bien plus finement que les enregistrements, c’est son art exceptionnel de la nuance. Il nous invite à prêter attention à chaque note, chaque infime vibration de sa voix, uniquement animé par l’envie de transmettre l’émotion qu’il ressent à ce moment précis. Son interprétation est habitée et néanmoins dépourvue de tout maniérisme, de toute fioriture démonstrative. Et pourtant, de la technique, il en a. C’est avec un naturel saisissant qu’il glisse de la voix de tête à la voix pleine et vice versa, comme le prouve encore vers la fin du concert sa sublime prestation sur Let’s Break Up (우리 헤어지자, album Shadow) sur laquelle il s’accompagne lui-même au piano avec pour seul renfort une violoncelliste. Cette version dépouillée, poignante, est tellement supérieure à l’original que j’ai l’impression de découvrir le morceau pour la première fois. Un de mes plus beaux souvenirs de la soirée.

Autre moment inoubliable : son fameux duo avec Bora du groupe Sistar sur la chanson Gone Not Around Any Longer (있다 없으니까, premier single de Sistar), une prestation dansée qui fait brusquement monter de plusieurs niveaux la température dans la salle, si j’en juge par les hurlements incontrôlés qui fusent autour de moi. Il faut dire que Seung Gi et Bora sont tous les deux sexy à tomber et que leur alchimie sur scène fait réellement des étincelles pendant les quelques minutes suspendues que dure ce jeu de séduction irrésistible. Le numéro est coquin mais en aucun cas vulgaire. On en redemande.

Il y a pourtant plus hot encore si c’est possible, juste après : Lee Seung Gi qui se lâche complètement dans la partie rock de son concert, de loin la plus longue avec pas moins de sept chansons à la suite, toutes interprétées avec une passion et une énergie phénoménales qui mettent le feu dans la salle. Le premier titre n’est autre que le classique du folklore coréen Arirang, version Gangwondo Province, la chanson la plus connue du pays, reprise un jour ou l’autre par à peu près tous les artistes locaux, que Seung Gi nous remet au goût du jour dans une version rock survoltée. Il suffit de le voir et de l’entendre s’éclater sur cette chanson pour comprendre qu’il est dans son élément – on se souvient soudain qu’il a déjà déclaré que c’était le rock qui lui avait donné envie de chanter – et qu’il ferait bien de poursuivre dans cette voie comme il avait recommencé à le faire avec l’album Tonight en 2011.

La suite, éblouissante, confirme cette impression, en particulier lorsqu’il enchaîne miraculeusement avec l’une de mes chansons préférées, Like A Flower (꽃처럼, album Shadow). De cette chanson magnifique, exaltante, il livre une interprétation hallucinée, à pleine puissance, flirtant avec l’état de transe dans les refrains, le moment est si enivrant que j’en ai d’un seul coup les larmes aux yeux.

Ce que je vais dire est un lieu commun mais peu importe : à une époque où tout peut être enregistré, où chaque seconde de notre vie peut être enfermée dans un fichier, où rien ne semble pouvoir nous échapper, aucun mobile, aucune caméra, aucun dispositif au monde ne peut restituer la magie de ces instants. Parce qu’il fallait être là et voir, entendre cela à l’intérieur de cette salle, ressentir ces vibrations. Je n’ai rien contre les fancams qui fleurissent partout sur youtube, elles nous permettent éventuellement de mettre de l’ordre dans nos souvenirs si on était présent, ou d’avoir un lointain aperçu de ce qu’on n’a pas expérimenté soi-même. Mais ça ne va pas plus loin. Le concert est un échange. Un échange qu’il faut vivre de tout son cœur au moment où il se déroule.

Like A Flower live, version rock, me reste ainsi en mémoire comme le plus beau frisson de la soirée. Les autres titres rock sont sensationnels eux aussi. Les incontournables Crazy For You (album éponyme), Smile Boy (album Story of Separation) et Let’s Go On Vacation (hymne du variety show 1 Night 2 Days) sont un régal. Slave n’est pas mon morceau préféré de l’excellent album Tonight mais c’est une chanson typiquement faite pour la scène et cette prestation est très fun, sexy et pleine d’humour. Quant à Losing My Mind (정신이 나갔었나봐, extrait de la BO de My Girlfriend is a Gumiho), elle est mille fois mieux en version rock ce soir-là que dans son arrangement d’origine.

Sur ce long segment, Lee Seung Gi se révèle très impressionnant par sa présence scénique, sa puissance vocale, sa justesse impeccable et sa capacité à tenir les notes en voie pleine sur une longue durée. Il y a beaucoup de préparation et de travail derrière tout cela, beaucoup de métier aussi… et énormément de talent.

Je finirai ce récit en évoquant le remarqué « encore » (le rappel) qui clôt le concert, et qui n’est autre que la chanson Last Word (마지막 그 한마디), issue de Gu Family Book. Si je ne me trompe pas, le Hope Concert est l’occasion d’entendre pour la première fois en live cette chanson que Seung Gi a écrite et composée lui-même – son troisième essai après l’excellent Love Time (Tonight) et le charmant Words of Love (Forest). Or le problème est qu’il n’est cette fois pas satisfait du résultat et n’a par conséquent rien fait pour la promouvoir jusqu’à présent. Et pourtant, c’est objectivement l’une des plus belles chansons de la bande originale, particulièrement dans sa version piano-voix. Voir et entendre Lee Seung Gi interpréter ce très joli titre devant moi pendant que défilent sur l’écran central des images de Choi Kang Chi, son personnage (re-émoi dans la salle), est un véritable privilège dont j’ai apprécié chaque seconde. Une belle façon de nous dire au revoir, en tout cas, après ces trois heures qui ont filé à la vitesse de la lumière.

Lee Seung Gi, qui vient tout juste d’apparaître en guest au concert de PSY (actuellement sur la scène du First Gymnasium du Parc Olympique, lui aussi), donnera exceptionnellement deux autres concerts en province : il sera le 24 décembre à Daegu et le 28 à Busan. A l’heure qu’il est, on ne sait pas s’il donnera d’autres concerts l’année prochaine avant son départ pour le service militaire. On aura fort heureusement le plaisir inestimable de le retrouver sur le petit écran dans son prochain drama, dont la diffusion est prévue pour le deuxième trimestre 2014…

Caroline Leroy

Crédits photos : Nothing_Expect_To, Tiramisu, plain0605, Someone, J&J Airens, Pamuchim@, julia820, chigusa.

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