River Where The Moon Rises est le drama historique attendu du début 2021. Nos premières impressions sur les deux premiers épisodes sont mitigées.

Plus d’un an après The Tale of Nokdu, l’actrice Kim So Hyun revient vers le sageuk dans un premier rôle, et non des moindres. Elle y interprète en effet une cheffe de guerre, de ces individus légendaires qui renversent le cours d’une bataille. Les sentiments ne sont toutefois jamais loin, puisque Ji Soo lui prête main forte, sans oublier au passage de lui conter fleurette. Le drama est réalisé par Yun Sang Ho, un habitué du genre de la série historique, qui semble avoir hautement apprécié My Country: The New Age au point de le citer explicitement. Si River Where The Moon Rises séduit par ses qualités visuelles, il peine cependant à convaincre sur à peu près tous les autres tableaux. Notre verdict détaillé sur les deux premiers épisodes, diffusés depuis le 15 février 2021 sur KBS2.

La princesse qui rêvait d’être roi

Fille aînée du roi Pyeong Won (Kim Beob Rae), la princesse Pyeong Gang (Heo Jung Eun) s’entraîne depuis son plus jeune âge à manier l’épée, avec l’ambition de devenir la première femme à régner sur Goguryeo. Cependant, un complot dirigé contre sa mère, la reine Yeon (Kim So Hyun), l’oblige à fuir le palais avec un jeune homme du nom de On Dal (Seo Dong Yeon). Quelques années plus tard, la princesse est devenue une fine lame œuvrant pour le compte d’une bande d’assassins, sous le nom de Yeom Ga Jin (Kim So Hyun). Lorsqu’elle rencontre par hasard On Dal (Ji Soo), elle ne le reconnaît pas…

Il y a un avant et un après My Country: The New Age. Nous l’avions déjà clamé haut et fort en ces pages, mais le réalisateur Yun Sang Ho le confirme de manière éclatante dès les premières minutes de River Where The Moon Rises. Cette scène de bataille, qui semble se dérouler à un stade avancé de l’intrigue – à l’instar du prologue de My Country – s’achève en effet sur un plan montrant On Dal agoniser dans les bras de Pyeong Gang en murmurant « Tu es mon pays » (« 나의 나라니까 »). Plus qu’une référence, il s’agit d’un hommage appuyé à cette série historique extraordinaire qui a redéfini les standards du genre et ceux de l’action à la télévision coréenne.

Une chose est certaine : une telle citation fait grimper les attentes, laissant présager d’un drama de haute volée, centré autour d’une héroïne à l’envergure hors normes.

Sans atteindre le niveau de perfection esthétique du chef-d’œuvre de Kim Jin Won, River Where The Moon Rises s’impose comme une production luxueuse, à des années lumières d’un sageuk fauché tel que Royal Secret Agent, également diffusé sur KBS2.

L’image se distingue notamment par un splendide travail sur les lumières. Le directeur de la photographie Lee Beom Ho avait déjà collaboré avec Yun Sang Ho sur Saimdang, Light’s Diary, dont la partie sageuk bénéficiait de couleurs chatoyantes.

Dans River Where The Moon Rises, ce travail plastique met non seulement en valeur les acteurs, mais également les décors. Soutenus par une direction artistique remarquable, les plans en intérieur fourmillent littéralement de détails, que l’on se situe dans le sombre palais ou dans une simple maisonnée en pleine forêt.

Beaucoup d’effets pour rien dans River Where The Moon Rises

Si River Where The Moon Rises séduit par ses atours visuels, les mêmes éloges ne peuvent être adressées au scénario, qui manque à la fois de rythme et de focus.

Visiblement pressé par le temps, le scénariste Han Ji Hoon (Time Between Dog and Wolf) laisse peu d’opportunités au spectateur de s’investir aux côtés de ses personnages, alors que ceux-ci s’avèrent relativement nombreux dès le début.

L’intrigue progresse en effet à telle vitesse que l’on a à peine le temps de connaître les différents protagonistes et de s’intéresser à leurs motivations, à commencer par la princesse Pyeong Gang et sa mère la reine Yeon, également jouée par Kim So Hyun. En ce sens, River Where The Moon Rises se situe aux antipodes de My Country: The New Age, justement, dont la mise en place était exemplaire de clarté et d’efficacité.

Plus généralement, l’un des problèmes majeurs des deux premiers épisodes de River Where The Moon Rises est leur totale absence d’impact dramatique. Non seulement les scènes s’enchaînent de façon monotone, mais elles ne possèdent aucune intensité, même dans les moments les plus tragiques.

Malgré son rythme frénétique, auquel s’ajoute une succession de drames dont on devine qu’ils sont essentiels pour la suite de l’histoire, l’ensemble souffre ainsi paradoxalement de lenteurs pesantes.

Alors qu’il avait opté avec bonheur pour une réalisation sobre dans Saimdang, Light’s Diary, Yun Sang Ho a en outre tendance à se faire trop présent à l’écran dans River Where The Moon Rises, multipliant gratuitement les angles de vue et les effets de style dans une même scène, ou à l’inverse étirant inutilement des séquences sans pour autant leur conférer d’ampleur. A côté de cela, la réalisation sait se montrer inspirée dans les scènes de palais à l’ambiance glauque, notamment celles qui impliquent le roi.

Le caractère inégal de la mise en scène est regrettable, car le réalisateur n’a plus à faire ses preuves dans le genre, avec à son actif des dramas tels que The Legend et King Maker: The Change of Destiny.

Les défauts évoqués se reflètent également dans les scènes d’action, aussi plates qu’illisibles. Le réalisateur y multiplie en effet les gros plans et des plans courts, au point qu’il devient impossible de voir un acteur effectuer un mouvement en entier.

L’écriture et la mise en scène sont en cause, mais les acteurs ne brillent pas non plus par la force de leur interprétation.

Kim So Hyun, héroïne d’action… sur le papier

Dans le rôle de la princesse rebelle et amnésique, Kim So Hyun (Love Alarm) est très jolie et dégage un certain style dans ses différentes tenues. Néanmoins, elle ne possède pas le charisme nécessaire pour incarner une combattante émérite sur le champ de bataille. D’ailleurs, à l’exception de quelques mouvements de combat entrevus dans la scène d’ouverture, elle n’effectue en guise d’action que des tours sur elle-même et quelques moulinets avec son épée.

Ses réactions ont aussi de quoi étonner dans les scènes dramatiques, comme lorsqu’elle hausse à peine un sourcil en apprenant qu’elle est une enfant adoptée.  

Si Ji Soo (Strong Girl Bong Soon) s’en sort relativement bien avec le matériau simple dont il dispose – son personnage se contente pour le moment de faire le pitre –, les seconds rôles demeurent assez oubliables, comme Lee Hae Young (L.U.C.A.: The Beginning), qui joue le traître Go Won Pyo, ou Wang Bit Na (She Would Never Know) dans le rôle de la concubine diabolique. Seul Kim Beob Rae (Secret Boutique) tire son épingle du jeu dans la peau du roi Pyeong Won.

Pire, Kang Ha Neul (When The Camellia Blooms) livre une prestation particulièrement insipide dans le rôle du chef de la tribu Sunno, alors que son apparition spéciale était attendue. Non seulement il n’est pas expressif, mais sa manière de déclamer son texte manque totalement de conviction.

Enfin, on peut d’ores et déjà s’inquiéter de constater que Pyeong Gang, que l’on nous introduit comme une héroïne d’action, prend l’habitude de se faire systématiquement sauver par On Dal dès qu’elle prend la moindre initiative. Espérons que River Where The Moon Rises saura nous emmener quelque part dans ses prochains épisodes, et enfin éveiller notre intérêt. Ce n’est pas gagné.

Caroline Leroy

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