Critique : Revenant, chef-d’œuvre de l’épouvante avec Kim Tae Ri

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Kim Tae Ri délivre une interprétation épatante dans Revenant, un drama d’horreur immersif dans lequel les secrets de famille se confondent avec les mythes folkloriques au fil d’une enquête passionnante. Coup de cœur.

On n’avait pas vu une série d’horreur aussi captivante depuis longtemps, ni même un film, d’ailleurs. Diffusé sur SBS du 23 juin au 26 juillet 2023 et bientôt sur Disney+, le drama Revenant nous plonge dans une enquête périlleuse sur les traces d’un démon ayant pris le contrôle d’une jeune femme. Créé par Kim Eun Hee et réalisé par Lee Jung Lim, Revenant impressionne par son récit admirablement construit et ses images saisissantes, et permet à Kim Tae Ri de relever magistralement un challenge d’actrice.

Photo Kim Tae Ri (Revenant)
Kim Tae Ri / Credits : SBS

Après le décès de son père, Gu San young (Kim Tae Ri) entre en possession d’un accessoire de cheveux hanté par un esprit maléfique. Dès lors, des phénomènes macabres se produisent autour d’elle. Avec l’aide de Yeom Hye Sang (Oh Jung Se), un professeur spécialisé dans le folklore, et Lee Hong Sae (Hong Kyung), un jeune inspecteur de police, elle se lance dans la recherche de cinq objets sacrés dont la réunion représente sa seule chance de s’en sortir et de mettre fin à un bain de sang.

Fantômes et secrets de famille

Nous l’avions déjà compris, la fiction de possession démoniaque prend un nouveau tournant depuis que les créateurs de k-dramas ont décidé de s’en mêler. Sous la plume de la géniale Kim Eun Hee, la femme à qui l’on doit le thriller fantastique Signal (tvN) et le drama de zombie Kingdom (Netflix), le concept prend une envergure nouvelle à la faveur d’une histoire solidement charpentée, dans laquelle le surnaturel mène la danse, tout en laissant la place au développement des personnages et en déployant un univers foisonnant.

Oh Jung Se, Hong Kyung et Kim Tae Ri / Credits : SBS

Le protagoniste principal, Gu San Young, est une étudiante parfaitement inoffensive mais qui peine à prendre son envol. Enchaînant les petits boulots, elle entretient une mère égocentrique au comportement infantile. Le suicide de son père, qu’elle croyait mort depuis son enfance, met à jour les mensonges de sa mère et ébranle ses certitudes. En s’emparant de l’objet rougeoyant transmis par le défunt, elle accepte un héritage familial chargé de mystère et invite involontairement un esprit maléfique à la posséder.

Le professeur Yeom Hae Sang, dont l’histoire semble étrangement connectée à celle de San Young, a quant à lui une particularité, celle de voir les esprits, y compris l’ombre aux cheveux flottants qui suit la jeune femme à la trace. Cette faculté exprime sa clairvoyance, mais aussi sa difficulté à faire la lumière sur le passé trouble de son clan familial, véritable mafia gouvernée par une grand-mère glaciale qui semble avoir beaucoup de choses à cacher.

Jeux de piste dans l’obscurité

Aux côtés de ces personnages aux prises avec une entité insaisissable, Revenant nous plonge dans un jeu de piste fascinant, qui nous balade depuis le cœur de Séoul jusqu’au fin fond de la campagne coréenne, dans un petit village hanté par de terribles secrets. Sur leur chemin, des personnes se suicident dans des conditions mystérieuses, tandis que des hématomes apparaissent sur leurs poignets.

Photo Kim Tae Ri (Revenant)

Le drama, qui s’éloigne de l’interprétation chrétienne du principe de possession, entremêle les traditions chamaniques coréennes, les traumatismes apportés par l’Histoire du pays et les obsessions d’un démon vicieux dont l’identité s’entoure d’un mystère savamment entretenu, et dont l’ingéniosité occasionne des rebondissements bien pensés. Outre les rituels de magie noire et les esprits ancrés dans la mythologie bouddhiste (les « fantômes affamés », qui personnifient le désir et l’envie), le drama exploite un imaginaire collectif qui nous parlera à tous, comme la nécessité de consentir à laisser entrer le démon en ouvrant une porte, un principe lourd de sens qui occasionne de grands moments de frisson.

Le récit est sublimé par la réalisation inspirée de Lee Jung Lim (VIP), qui nous immerge dans une atmosphère angoissante en travaillant l’obscurité avec un sens esthétique aiguisé. La composition des images joue sur la mise en relation entre le premier plan et l’arrière-plan, qui varie parfois au gré des ombres, pour relier le réel et le surnaturel, voire les différentes époques (l’arbre du village de Jangniri qui se reflète sur la façade du pensionnat, notamment). Il peut compter sur une cinématographie et une direction artistique somptueuses – les intérieurs de style coréen de la maison de San Young témoignent du souci du détail du chef décorateur – et sur une bande son qui mêle les instruments classiques, les arrangements modernes et des sons chamaniques aux accents tribaux.

Photo Jin Sun Kyu (Revenant)
Credits : SBS

Les moments horrifiques prennent distance avec les effets de sursaut chers à Hollywood. L’angoisse se veut plus proche du sentiment de peur primale délivré par un film comme Ring (Hideo Nataka, 1998) ou même, du côté de l’Occident, par le fascinant Hérédité (Ari Aster, 2018). Revenant partage d’ailleurs avec ce dernier la combinaison d’enjeux autour du surnaturel, du psychologique et du familial, avec une symbolique forte autour de la maison comme foyer des horreurs et des souvenirs enfouis.

On reste marqué par plusieurs scènes à la fois effrayantes et picturales, comme le moment où San Young fait face à son reflet incontrôlable dans le miroir d’un tunnel (épisode 2). Ou celui où elle et le professeur sont poursuivis sur les routes montagneuses et dans la forêt par une vague d’obscurité grandissante : le monde semble alors se réduire au champ de la caméra, ce qui renforce le sentiment d’oppression (épisode 8). Le summum de l’épouvante est atteint dans une scène où un personnage est traqué par le fantôme dans le métro. A ce propos, on salue le travail de l’équipe son pour les toc toc toc glaçants qui retentissent sur les diverses portes et fenêtres tout au long du drama.

Kim Tae Ri en tête d’un casting en or

Dans le rôle de San Young, Kim Tae Ri (Twenty-Five Twenty-One) délivre une performance de haute volée. Du genre que l’on espère retrouver l’année prochaine aux Baeksang Art Awards. Touchante, énigmatique, inquiétante ou les trois à la fois, l’actrice impressionne par la facilité avec laquelle elle passe d’une humeur à une autre, jouant parfois sur de subtils changements d’expression ou d’intonation, sans jamais sombrer dans l’exagération pour exprimer ces multiples nuances.

Les émotions de San Young se fondent parfois avec les états d’âme de son invitée, ce qui rend la performance de Kim Tae Ri d’autant plus admirable, puisqu’elle doit gérer l’évolution de deux personnages simultanément. La relation entre la jeune femme et le fantôme est d’ailleurs on ne peut plus ambiguë, puisque ce dernier, en plus de commettre ses méfaits, l’utilise pour aller s’éclater en soirée ou claquer de l’argent dans les boutiques de luxe. En somme, tout ce que l’étudiante en situation précaire et aux petits soins pour sa mère toxique s’était toujours interdit de faire. Cette histoire paradoxale de possession et de libération aboutit à un dénouement émouvant et riche de sens, tant sur le plan du pur fantastique que sur celui du parcours émotionnel de San Young.

Photo Kim Tae-ri (Revenant)
Credits : SBS

A ses côtés, Oh Jung Se prend le parti de la sobriété et se fond parfaitement dans le costume du professeur, un homme austère qui semble avoir renoncé à toute forme d’épanouissement personnel, mais qui s’avère plus empathique qu’il n’y parait. Nous savons Oh Jung Se capable de délivrer de grandes compositions d’acteur (souvenez-vous, le frère autiste dans It’s Okay to Not Be Okay), mais aussi de se mettre entièrement au service de son personnage. Ce dévouement à son rôle lui permet d’entretenir une très bonne alchimie avec Kim Tae Ri, qui accomplit le challenge d’actrice du drama, tout en apportant beaucoup de relief à Yeom Hae Sang.

Quant à Hong Kyung, qui nous avait scotchés l’année dernière dans Weak Hero: Class 1, il rejoint ce duo en cours de route dans le rôle du jeune policier dont la vie bascule également à cause de l’esprit. La perspicacité et l’esprit rationnel de Hong Sae, auquel Hong Kyung prête son regard perçant, apportent un juste contrepoids aux interprétations ésotériques du professeur. Au fil de l’histoire, ce jeune homme froid et distant se mue aussi en une présence rassurante.

Photo Hong Kyung (Revenant)
Credits : SBS

Parmi les rôles secondaires, on retient Kim Won Hae en flic old school et bienveillant, Kim Hae Sook (Under the Queen’s Umbrella) en matriarche cruelle, Lee Gyu Hoe (D.P. 2) en intendant indéchiffrable, Park Ji Young (Little Women) en mère à la fois égocentrique et attachante et Oh Yeon Ah (The Bait) en chamane inhumaine. Enfin, Jin Sun Kyu (Bargain) hante le drama dans le rôle du mystérieux professeur Gu Gangmo, et Pyo Ye Jin (Taxi Driver 2) prouve qu’elle ne manque pas d’humour avec son caméo remarqué dans les épisodes 5 et 6.

Une chose est sûre, Revenant confirme, cinq ans après The Guest, que les k-dramas sont en train d’imprimer durablement leur marque dans les histoires de possession démoniaque. Ils revisitent les codes du genre à travers une approche psychologique et en injectant des éléments de folklore coréen. L’influence tutélaire de L’Exorciste (1973), le chef-d’œuvre de Friedkin, a largement fait son temps. L’avenir du genre, c’est Revenant.

Elodie Leroy

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