Vous avez des problèmes de voisinage ? Im Si Wan aussi ! Figurez-vous qu’il cohabite avec Lee Dong Wook dans un drama d’horreur qui vous fera trembler de rire et de peur…

Si le thriller est devenu un genre phare des dramas coréens, celui de l’horreur est encore exceptionnel. Certains dramas flirtent avec le genre en jouant sur des ambiances anxiogènes et en faisant couler l’hémoglobine, mais ils suivent les codes d’un autre genre – généralement le polar ou le fantastique. L’année dernière, la chaîne OCN a ouvert une brèche avec le drama d’exorcisme The Guest, démontrant qu’il était possible de glacer le sang du public et de remporter son adhésion. Depuis, peu de tentatives ont vu le jour.

Cette année, c’est une fois encore OCN qui saute le pas. Diffusé à la rentrée 2019 et inspiré du webtoon Tainen Jiokida de Kim Yong Ki, Strangers From Hell est un drama d’horreur psychologique à la fois fun et angoissant, qui n’hésite pas à choquer avec des thèmes dérangeants. L’écriture est percutante, la production artistiquement chiadée et le casting, emmené par Im Si Wan et Lee Dong Wook, aux petits oignons.

Cet article comprend de légers spoilers sans toutefois révéler la fin du drama.

Nos chers voisins

Le décor en ferait fuir plus d’un. Imaginez-vous obligé d’emménager dans un trou de souris fiché dans un couloir étroit et sombre. Imaginez que les murs, miteux et fins comme du papier à cigarette, laissent entendre la respiration de vos voisins. Et que lesdits voisins, avec lesquels vous partagez cuisine et salle-de-bain, ressemblent tous à des psychopathes et observent vos moindres faits et gestes…

Fraîchement sorti du service militaire, Yun Jong Woo (Im Si Wan) trouve un poste de stagiaire dans une petite entreprise et cherche un logement à bas coûts. A peine met-il le pied dans le studio Eden que la propriétaire, Mme Eom (Lee Jung Eun), le presse d’emménager sur les lieux.

Jong Woo partage désormais son intimité avec un pervers sexuel qui regarde ses pornos avec sa porte ouverte, un handicapé mental rieur au comportement imprévisible ou encore un gangster parano. Il y a aussi ce dentiste mystérieux et intimidant, Seo Moon Jo (Lee Dong Wook) qui joue avec ses émotions… Qui manipule qui dans le studio, le dentiste ou la propriétaire un peu trop prévenante pour être honnête ?

Hiérarchie sociale et harcèlement

Strangers From Hell est le second opus du projet Dramatic Cinema, initié en début d’année par OCN avec le thriller Trap, et dont le principe est de combiner les exigences de production d’un film avec la complexité de scénario d’un drama. Le titre original du webtoon, Tainen Jiokida, signifie « L’Enfer, c’est les autres », célèbre citation de Sartre exprimant l’impossibilité de se soustraire au regard et au jugement d’autrui.

Dans Strangers From Hell, cette idée est matérialisée par le décor oppressant du studio Eden, dans lequel des laissés-pour-compte vivent les uns sur les autres, sans jamais profiter d’un moment de solitude. A mesure que tout le monde se jauge, les rapports de domination et les obsessions s’installent. Jong Woo se sent peu à peu avalé par cet environnement hostile.

De tempérament timide, le jeune homme ne parvient pas non plus à s’affirmer dans le monde du travail, où il se fait harceler par son voisin de bureau, mais aussi par son patron, qui le rabaisse socialement et en tant qu’homme. Les abus dans la vie quotidienne sont au cœur de l’histoire, facilités qu’ils sont par la notion de hiérarchie par l’âge et par la position qui définit les rapports sociaux dans la société coréenne.

La terreur inspirée par le studio Eden est-elle une expression de son impuissance dans le monde du dehors et de sa colère refoulée ? D’ailleurs, les locataires du studio sont-ils réels ou représentent-ils différentes facettes de lui-même, voire les symptômes inquiétants d’un trouble de la personnalité ?

Comme dans un cauchemar

Servi par un scénario qui ne laisse rien au hasard et par un format court interdisant toute digression inutile, Strangers from Hell est un drama d’horreur, et plus précisément d’horreur psychologique.

La série utilise bel et bien les codes visuels de l’horreur (sensation d’être observé, utilisation des noirs et des lumières rougeoyantes) et convoque plusieurs thèmes caractéristiques du genre, de l’emprise mentale à la torture physique, en passant par le cannibalisme.

Toutefois, le sentiment de paranoïa constitue le moteur de l’intrigue. L’atmosphère lourde évoque celle d’un huis clos, le studio Eden agissant comme une prison mentale pour Jong Woo.

Strangers from Hell nous amène constamment à nous interroger sur le sens de chaque scène, donnant le sentiment de plonger dans un long cauchemar ininterrompu et de réunir peu à peu les pièces d’un puzzle étrange et perturbant. La violence graphique est également au rendez-vous. Elle surgit sans prévenir à coup de hache dans la tête ou de couteau dans la gorge.

Quant à la mise en scène, elle est tout simplement bluffante. Réalisateur du long métrage The Vanished, Lee Chang Hee signe avec Strangers From Hell son tout premier drama. Sa réalisation est spectaculaire sans recourir à la facilité des effets de sursaut hollywoodiens. Le réalisateur impressionne par son sens visuel et sa capacité à faire naître l’angoisse dans le quotidien et à exploiter les décors glauques (les rêves angoissés de Jong Woo dans les couloirs, l’exploration du 4ème étage…).

L’humour n’est cependant jamais loin, conférant à certaines scènes une dimension cathartique. On se surprend à souhaiter voir Jong Woo assassiner son patron (et sa petite amie, Ji Eun, régler son compte à son odieuse patronne !). On s’amuse du comportement outrancier des locataires ou de l’attitude décontractée de Mme Eom, qui rivalise avec le dentiste Seo Moon Jo au titre du personnage le plus flippant du drama.

Mention spéciale à la fin de l’épisode 3, où Jong Woo et Moon Jo partagent un en-cas dans la cuisine : une phrase choc de Seo Moon Jo, son sourire sinistre et l’expression tétanisée de Jong Woo m’ont provoqué un fou rire tout en me donnant la chair de poule.

Face-à-face entre Im Si Wan et Lee Dong Wook

Im Si Wan (Misaeng) se révèle très convaincant dans le rôle de ce jeune homme qui perd progressivement pied, à force de se faire rabaisser par tout le monde. Doué pour se fondre dans la peau du guy-next-door, l’acteur parvient à faire ressentir son basculement progressif en déployant une gamme d’expressions réjouissantes – jamais les mêmes d’une scène sur l’autre – sans jamais donner l’impression d’en faire des caisses.

Le réalisateur joue sur l’ambivalence du point de vue : nous vivons les événements à travers les yeux de Jong Woo tout en guettant chez lui, avec un regard extérieur, les symptômes d’un éventuel problème psychiatrique. Im Si Wan se révèle très bon pour laisser planer une ambiguïté permanente sur l’état mental du personnage. 

Les déboires de Jong Woo au bureau font écho de manière amusante à son personnage dans Misaeng, comme si Stangers From Hell était une sorte de séquelle déviante des aventures de Jang Geu Rae.

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Quant à Lee Dong Wook (Life, Goblin), il excelle dans le rôle du dentiste charismatique et manipulateur. Avec sa démarche posée, son regard pénétrant et son sourire carnassier, Seo Moon Jo fait véritablement froid dans le dos.

La relation de domination qui se joue entre les deux hommes s’exprime au moyen d’un travail sophistiqué des deux acteurs sur le langage corporel, la voix et les regards. La différence de taille entre Im Si Wan et Lee Dong Wook est-elle accentuée artificiellement ? Nous avons parfois l’impression que Jong Woo va se faire bouffer par Seo Moon Jo.

Leurs face-à-face ressemblent parfois à un dialogue intérieur entre un homme et son « ça » (terme freudien qui désigne la partie obscure de la personnalité) et les apparitions impromptues du dentiste nous font parfois douter de sa réalité. Un peu comme dans le film japonais The Neighbor N°13, avec lequel Strangers From Hell partage quelques points communs (le personnage de Shun Oguri était également rabaissé à son travail).

La cruauté débonnaire de Mme Eom

L’autre personnage marquant est celui de la propriétaire interprétée par Lee Jung Eun. Après le drama The Light In Your Eyes et le film Parasite (Bong Joon Ho), cette actrice décidément versatile s’invite sur tous les bons projets. La chaleur humaine qu’elle dégage habituellement est détournée de manière inhabituelle dans ce drama.

L’attitude maternelle de Mme Eom la rend d’autant plus inquiétante lorsque nous commençons à la soupçonner d’être impliquée dans des crimes atroces. Sa cruauté débonnaire m’évoque quelques personnages de conte macabre. Elle ressemble à une sorte de grand méchant loup déguisé en ajumma.

Enfin, tous les acteurs secondaires de Strangers From Hell méritent d’être salués, de l’actrice Ahn Eun Jin (Kingdom) en flic intègre confrontée à l’incompétence de ses collègues et à l’immobilisme du système policier, mais aussi Park Jong Hwan (The Producers) dans les rôles des deux jumeaux tordus dont l’un en deviendrait presque attachant par son attitude surréaliste.

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Citons également Kim Ji Eun (Lovely Horribly) dans le rôle de la petite amie trop préoccupée par ses problèmes personnels pour voir ce qui se produit sous ses yeux, et Noh Jong Hyun (He Is Psychometric) en étudiant sans histoire qui incarne le frère que Jong Woo aurait rêvé d’avoir.

On pourrait en citer d’autres : à l’exception d’Im Siwan, Lee Dong Wook et Lee Jung Eun, les acteurs sont pour la plupart peu connus mais forment un excellent casting d’ensemble. Ils participent pleinement à créer cet univers noir, déjanté, qui devient vite très familier.

En un mot, si vous aimez les séries d’épouvante/horreur un peu tordues et imprégnées d’une réelle tension psychologique, précipitez-vous sur Strangers From Hell ! Captivant du début à la fin, le drama sait exactement où il veut nous emmener depuis la première image jusqu’au final énigmatique, qui soulève de multiples questions… Vous voilà prévenus.

Le drama Strangers From Hell était diffusé du 31 août au 6 octobre 2019 et a pris la suite de Watcher sur le slot du samedi/dimanche à 22h30 et sera suivi par The Lies Within.

Elodie Leroy

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