DOSSIER. Robots, clones & aliens : 7 dramas coréens SF indispensables

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Quels sont les dramas coréens de science-fiction indispensables? Si le genre était jusqu’à récemment négligé au Pays du Matin Frais, la diversification des genres qui a marqué l’univers des dramas coréens depuis quelques années a entraîné une émergence des fictions de SF, comme le prouvait récemment Are You Human? et son intrigue autour de l’intelligence artificielle. Nous avons sélectionné les sept dramas SF les plus mémorables de la télé coréenne, et nous nous sommes aperçues que ces derniers exploraient déjà une belle gamme de thématiques phares du genre.

Mais avant toute chose, qu’entend-on par « science-fiction », exactement? Si les critiques américains tendent à confondre le genre avec son cousin, le « fantastique », à travers l’appellation « sci-fi », les Français ont une définition plus précise de la SF. Selon le Larousse, il s’agit d’un « genre littéraire ou cinématographique qui invente des mondes et des êtres situés dans des espaces-temps fictifs (souvent futurs), impliquant des sciences, des technologies et des situations radicalement différentes. »


La SF se distingue donc du fantastique par l’immersion dans un monde qui n’existe pas encore, ou du moins par le fait que les protagonistes admettent l’existence d’une science ou d’une technologie qui n’existe pas en l’état dans notre réalité (clones humains ou intelligences artificielles capables de se fondre dans notre monde, par exemple). La définition précise bien qu’il s’agit « souvent » d’espaces-temps futurs, sous-entendant qu’il peut s’agir d’espaces-temps passés ou présents. Il est évident qu’un drama se déroulant en 2037 est un drama de SF, mais un drama admettant l’existence d’aliens à l’ère Joseon peut aussi être considéré comme un drama de SF. Enfin, certains thèmes sont récurrents dans la science-fiction, comme les extra-terrestres, les robots, les mondes parallèles et le voyage dans le temps.

Voici notre sélection des sept dramas coréens de science-fiction indispensables. Bonne découverte et n’hésitez pas à enrichir cette liste dans les commentaires!

Sommaire:

  • Partie 1: Je suis un cyborg
  • Partie 2: Clones humains et conspiration
  • Partie 3: Des aliens au Pays du Matin Frais
  • Partie 4: Un monde coupé en deux

Partie 1: Je suis un cyborg

Le thème des robots est d’abord apparu dans deux web dramas, avant d’être exploité à la télévision. Daté de mai 2016, le web drama Bong Soon: A Cyborg In Love met en scène Yoon So Hee dans le rôle d’un cyborg face à Cho Kyu Hyun de Super Junior. Le second est 109 Unusual Things Have Happened, diffusé en février 2017, où Choi Tae Joon interprète un cyborg du nom de KDI-109, qui tombe amoureux d’une humaine jouée par Jung Chae Yeon.

Viennent ensuite le drama Are You Human?, dont la production a débuté en 2016 même s’il a été diffusé cette année sur KBS2, et enfin I’m Not A Robot, diffusé fin 2017 sur MBC.

Are You Human?

Réalisé par Chae Young Hoon
Écrit par Jo Jung Joo
Avec Seo Kang Joon, Gong Seung Yeon, Lee Joon Hyuk, Park Hwan Hee, Yoo Oh Seong
Diffusé du 4 juin au 7 août 2018 sur KBS2

Le point de départ du drama Are You Human? est résolument ancré dans le genre de la science-fiction : séparée de son fils, une scientifique de génie décide de le recréer sous forme de robot doté d’une intelligence artificielle hors du commun. Quelques années plus tard, le robot, qui a été upgradé pour devenir Nam Sin III (Seo Kang Joon), la version adulte, est missionné pour prendre momentanément la place de son modèle en tant qu’héritier d’un puissant chaebol.


Soyons clairs, Are You Human? est avant tout une romance avec en toile de fond une intrigue de science-fiction. L’histoire s’inscrit cependant dans le genre de la SF, puisqu’elle nous emmène dans un monde proche du notre avec des technologies plus développées. Les enjeux liés à l’argument SF participent aussi pleinement à définir l’intrigue romantique – l’histoire d’amour entre un robot et une humaine – et à la faire évoluer.

Are You Human? s’inspire de plusieurs classiques du genre, notamment littéraires. Nam Sin III est ainsi programmé pour protéger les humains, un principe qui renvoie directement à la saga Les Robots d’Isaac Asimov, qui a connu une adaptation décevante au cinéma, I, Robot avec Will Smith. C’est dans ces romans qu’ont été définies les fameuses « règles de la robotique », interdisant notamment à un robot de tuer un humain et l’obligeant à servir les intérêts de l’humanité. S’agissant des références cinématographiques, le pitch du drama évoque celui du film A.I. de Steven Spielberg. Comme le héros du film, Nam Sin III réalise un voyage intérieur à la découverte de ses émotions grâce à son histoire d’amour avec Kang So Bong (Gong Seung Yeon). Mais Nam Sin III a-t-il seulement des émotions ? Cette vraie question est au cœur de l’intrigue du drama. Elle est écartée dans le sympathique film américain Tau (Federico D’Alessandro) sorti en juin 2018 sur Netflix, et qui se définit aussi comme une romance entre une IA et une jeune femme.


L’envie de faire de la SF s’exprime également sur le plan visuel à travers les effets spéciaux utilisés pour créer le squelette du robot – il est moins effrayant que le Terminator! On reste aussi marqué par les visions du visage ou du corps déchiré de l’acteur principal, Seo Kang Joon, les lacérations laissant apparaître un squelette robotique parcouru par des courants lumineux.

Enfin, le secteur d’activité de l’entreprise de la famille de Nam Sin est cohérent avec son sujet : les voitures connectées et sans conducteur. Ces voitures existent déjà, mais peut-être pas au niveau imaginé par Nam Sin III, la Medicar, une voiture capable de détecter si le conducteur a besoin de soins médicaux d’urgence. Là où les idées de Nam Sin III font un peu peur, c’est lorsqu’il évoque la MedCity, une cité sans maladie ni pathologie… Le résultat a été imaginé par les scénaristes d’un autre drama sous le nom de Smart Earth. Il s’agit bien sûr de Circle – Two Worlds Connected, sur lequel nous revenons plus loin dans ce dossier.

> Lire les premières impressions de Are You Human?, avec Seo Kang Joon et Gong Seung Yeon

I’m Not A Robot

Réalisé par Jung Dae Yoon
Écrit par Kim Seon Mi
Avec Yoo Seung Ho, Chae Soo Bin, Uhm Ki Joon, Kang Ki Young, Park Se Wan
Diffusé du 6 décembre 2017 au 25 janvier 2018 sur MBC

Contrairement à Are You Human?, où un robot se fait passer pour un humain, dans I’m Not A Robot, une jeune femme se fait passer pour un robot. Jo Ji Ah (Chae Soo Bin) prend la place de l’androïde AG-3, tombé en panne, afin que son acquéreur potentiel, un jeune millionnaire du nom de Kim Min Kyu (Yoo Seung Ho), puisse le « tester ».


I’m Not A Robot est avant tout une romance entre deux humains, et le thème de science-fiction y reste relégué au second plan. Malgré cela, la représentation de AG-3 dans le premier épisode, qui apparaît immobile dans la pénombre, telle une déesse sur son trône reliée par des câbles étincelants à son générateur (la scène est particulièrement réussie sur le plan de l’atmosphère), évoque à la fois les classiques SF américains (Terminator fait l’objet d’une référence explicite quand Min Kyu pénètre sur les lieux) et les animes cyber-punk des années 80-90, à commencer par Ghost in the Shell de Mamoru Oshii.

Le fait que l’androïde soit une jolie jeune femme aux allures de poupée destinée à un usage privé, rappelle évidemment les nombreux mangas et animes cyber-punk sur le sujet, comme Chobits, Hand Maid May ou Mahoromatic.

Le deuxième aspect qui maintient I’m Not A Robot ancré dans le genre SF, c’est le fait que Ji Ah reste reliée à l’androïde. Celui-ci absorbe ses expériences, digère ses interactions humaines, et finit par prendre lui-même des décisions. I’m Not A Robot apporte ainsi sa modeste (mais intéressante) contribution au genre de la SF à la télévision coréenne.

> Lire la critique complète de I’m Not A Robot, avec Yoo Seung Ho et Chae Soo Bin

Partie 2: Clones humains et conspiration

Duel

Réalisé par Lee Jong Jae
Écrit par Kim Yoon Joo
Avec Jung Jae Young, Kim Jung Eun, Yang Sejong, Seo Eun Soo
Diffusé du 6 juin au 23 juillet 2017 sur OCN

Avec le thriller noir Duel, nous avons cette fois affaire à un authentique drama d’anticipation, c’est-à-dire un drama ancré dans un monde proche du nôtre, où l’élément fantastique – ici le clonage humain – est devenu réalité. Tout au long de ses seize épisodes, Duel tente d’apporter à sa manière des réponses aux problématiques existentielles associées à son thème de science-fiction.

L’intrigue de Duel s’articule autour du kidnapping de la fille du policier Jang Deuk Cheon (Jung Jae Young). Ayant entrevu le visage du ravisseur, celui-ci s’en prend à un jeune homme du nom de Lee Sung Joon (Yang Sejong) qui lui ressemble trait pour trait, mais qui clame son innocence. Et pour cause : le criminel, Lee Sung Hoon (Yang Sejong), n’est autre que son clone.


Au cinéma, les clones n’ont pas toujours bénéficié du meilleur traitement, entre l’inégal blockbuster hollywoodien The Island (Michael Bay), les médiocres Clones (Jonathan Mostow), Godsend (Nick Hamm), et la fade adaptation d’un beau livre de Kazuo Ishiguro, Auprès de moi toujours (Mark Romanek). Les inspirations de Duel seraient plutôt à chercher du côté du superbe long métrage britannique Moon, réalisé en 2009 par Duncan Jones, et de la série canadienne Orphan Black : le premier pour l’idée de la durée de vie limitée des clones (commune aux trois œuvres) et pour sa dimension existentielle prononcée, et le second pour son ambiance conspirationniste sur fond d’expériences illégales.

Duel est le premier drama coréen à aborder le sujet des clones humains. D’abord élevés ensemble, Sung Joon et Sung Hoon ont ensuite passé leur adolescence dans des environnements différents, et leurs caractères sont totalement opposés. Le premier est altruiste et débordant d’empathie, tandis que le second est égoïste et cynique – l’acquis a donc pris le pas sur l’inné. Sung Hoon semble néanmoins être le plus clairvoyant quant à la réalité de leur condition à tous les deux, quand il crie à la face de Sung Joon : « De toute façon, toi et moi on n’est que des copies, pour eux on est juste des objets! ».

Lee Sung Joon (Yang Se Jong) dans le premier épisode de DUEL (OCN, 2017)Duel n’est pas pour autant une œuvre nihiliste. Lors de la conférence de presse, le réalisateur Lee Jong Jae a mis l’emphase sur son intention de montrer les clones comme des humains à part entière. Selon lui, les clones « sont juste des personnes qui sont dans des situations différentes ». Cette idée humaniste imprègne profondément Duel, à travers les personnalités vibrantes des clones Lee Sung Joon et Lee Sung Hoon, et les dilemmes auxquels ils doivent faire face.

En tant qu’œuvre de science-fiction, Duel questionne intelligemment l’essence de la nature humaine à travers ses personnages touchants. Alors que la plupart des histoires impliquant des clones les destinent à être des réserves d’organes pour les humains, Duel en fait des objets de tests pharmaceutiques, à l’instar des animaux clonés utilisés actuellement par les laboratoires. Le drama propose ainsi une vraie réflexion sur la cupidité humaine portée à son paroxysme, tout en célébrant la force des liens qui peuvent unir les personnes capables d’aimer, le tout sans verser ni dans le manichéisme, ni dans la prétention. Passionnant.

> Lire la critique de Duel, avec Jung Jae Young et Yang Sejong

Partie 3: Des aliens au Pays du Matin Frais

S’il est un thème qui est presque totalement absent des fictions coréennes, c’est bien celui des créatures extra-terrestres. Le premier drama à intégrer les aliens est Alien Sam, un drama méconnu diffusé en 2006, avec Jang Geun Suk (dix-neuf ans à l’époque) dans le rôle principal. Viennent ensuite The Joseon X-Files en 2010 et You Who Came From The Stars en 2013, deux dramas qui ont marqué le genre en l’abordant sous des angles très différents.

The Joseon X-files

Réalisé par Kang Kyung-Hoon, Kim Heung Dong
Écrit par Kim Nam, Kim Jung Hee, Ha Won Gi, Lee Dong Gyu, Hong Seung Yeon
Avec Kim Ji Hoon, Im Jung Eun, Jo Hee Bong, Kim Gab Soo
Diffusé du 20 août au 29 octobre 2010 sur tvN

L’intrigue de The Joseon X-Files débute en septembre 1609 dans la province de Gangneung, sous le règne du roi Gwanghae. Alors qu’un homme est sur le point d’être exécuté, le ciel s’assombrit brusquement et un objet volant ressemblant à une soucoupe géante fait irruption dans le ciel, balayant tout sur son passage. Cette entrée en matière spectaculaire est tirée de faits réellement consignés dans des annales de la dynastie Joseon, au XVIIème siècle. Pour les curieux, un extrait en est d’ailleurs consultable ici.


Cette intrusion de la technologie dans l’ancienne Corée est le point de départ d’un drama de science-fiction unique en son genre, qui se déploie sous forme d’enquêtes policières impliquant à chaque fois le surnaturel. Tels des Mulder et Scully des temps anciens, notre inspecteur Kim Hyung Do (Kim Ji Hoon) et son assistante Heo Yoon Yi (Im Jung Eun) s’immiscent dans les affaires les plus obscures, au risque de convoquer des créatures terrifiantes.

Comme son titre international l’indique, la référence de The Joseon X-Files est évidemment la série américaine The X-Files. Nos deux héros doivent d’ailleurs plus d’une fois lutter contre leur hiérarchie pour poursuivre leurs enquêtes. Celles-ci impliquent aussi bien des fantômes que des maladies inexpliquées, d’étranges sphères de métal volantes à la Phantasm (Don Coscarelli, 1979), un portrait hanté qui fait basculer les humains dans une autre dimension (excellent épisode 7). Quant aux deux derniers épisodes, qui se déroulent sur une île où les villageois semblent sous l’emprise d’un sort, ils rappellent davantage les contes d’épouvante à la japonaise.

You Who Came From The Stars

Réalisé par Jang Tae Yoo, Oh Choong Hwan
Écrit par Park Ji Eun
Avec Kim Soo Hyun, Jeon Ji Hyun, Park Hae Jin, Yoo In Na, Shin Sung Rok
Diffusé du 18 décembre 2013 au 27 février 2014 sur SBS

Dans You Who Came From The Stars, Kim Soo Hyun interprète le rôle d’un extra-terrestre arrivé sur Terre 400 ans avant notre ère. Espérant retourner sur sa planète un jour, il s’est interdit de tomber amoureux… jusqu’au jour où il fait la connaissance d’une femme, jouée par Jeon Ji Hyun, qui lui rappelle son premier amour.


L’intrigue de You Who Came From The Stars s’appuie sur les mêmes événements surnaturels que celle de The Joseon X-Files, et démarre donc aussi en 1609 avec l’apparition d’un OVNI dans le ciel de Joseon. La dimension de science-fiction est toutefois contenue exclusivement dans le personnage de l’extra-terrestre joué par Kim Soo Hyun. A l’exception de cet élément, le drama n’est autre qu’une romance saupoudrée de suspense – il y a en arrière-plan un tueur en liberté.

Notre alien ne vieillissant pas au même rythme que nous les humains, il reste éternellement jeune et beau. Il se doit donc de changer régulièrement d’identité afin de ne pas s’attirer d’ennuis. Lorsque nous le rencontrons, il s’appelle Do Min Joon et vit dans un luxueux appartement de Séoul (bien sûr), tout en exerçant le métier de professeur de philosophie et de psychologie. Il possède des super-pouvoirs, tels la téléportation et la télékinésie, ainsi que le don (bien utile) d’arrêter le temps, dont il se sert principalement pour sauver sa belle, l’actrice Cheon Song Yi.

Partie 4: un monde coupé en deux

Plusieurs dramas de SF nous immergent dans un univers où le monde est coupé en deux. Une référence à la situation politique de la Corée? Pas toujours. Nous pouvons certes interpréter de cette manière la vision du futur dévoilée dans Circle – Two Worlds Connected, drama dans lequel la société est séparée en deux, mais l’idée d’un monde « parfait » est ancienne dans la SF d’anticipation. En outre, la coupure peut trouver son origine dans la coexistence de plusieurs dimensions ou mondes parallèles, comme dans W – Two Worlds.

Circle – Two Worlds Connected

Réalisé par Min Jin Ki
Écrit par Kim Jin Hee, Yoo Hye Mi, Ryoo Moon Sang, Park Eun Mi
Avec Yeo Jin Goo, Kim Kang Woo, Gong Seung Yeon, Lee Gikwang, An Woo Yeon
Diffusé du 22 mai au 27 juin 2017 sur tvN

Circle – Two Worlds Connected est le drama de science-fiction par excellence. Le parti pris narratif annonce la couleur, puisque nous suivons deux histoires en parallèle, l’une se déroulant en 2017 et l’autre en 2037. Rien que la scène d’ouverture de l’épisode 1 joue sur un thème incontournable de la SF : l’apparition d’un OVNI et la rencontre avec un alien. Par la suite, le mystère entourant cet alien, qui a pris l’apparence d’une belle jeune femme (Gong Seung Yeon), apporte du sel à une intrigue centrée sur une autre obsession du monde de la SF : l’existence de recherches scientifiques secrètes pouvant potentiellement détruire le monde.


Le genre de la SF s’épanouit pleinement dans la partie se déroulant en 2037, intitulée « Brave New World » en hommage au célèbre roman du même nom d’Aldous Huxley (Le Meilleur des Mondes). Cette partie nous immerge dans un monde dystopique coupé en deux : Normal Earth, un monde gangrené par la criminalité et la maladie où vivent les citoyens lambda, et Smart Earth, un monde parfait, sans crime, sans souffrance ni maladie (le monde imaginé par Nam Sin III dans Are You Human?, en somme !). Le thème du monde coupé en deux, avec une séparation entre un monde riche et lisse et un monde pauvre gangrené par le crime, a déjà été abordé dans le manga Gunnm (Yukito Kishiro), dont l’univers a été plagié dans le film hollywoodien Elysium (Neill Blomkamp) avec Matt Damon.


Enfin, le monde développé dans Circle – Two Worlds Connected utilise un autre élément SF avec le « stable care », dispositif permettant de contrôler les émotions des personnes. L’idée renvoie au roman Un Bonheur Insoutenable (Ira Levin), un classique de la littérature SF, mais aussi, plus récemment, au film d’action Equilibrium (Kurt Wimmer) avec Christian Bale.
Un autre élément de science-fiction se manifeste vers la fin du drama, mais nous ne le révélerons pas, afin de ne pas gâcher le plaisir de la découverte à ceux qui ne l’ont pas vu, si ce n’est que cet élément est également évoqué dans ce dossier.

> Lire les premières impressions de Circle – Two Worlds Connected, avec Yeo Jin Goo et Kim Kang Woo

W – TWO Worlds

Réalisé par Jung Dae Yoon
Écrit par Song Jae Jung
Avec Han Hyo Joo, Lee Jong Suk, Jung Eugene, Lee Tae Hwan, Kim Eui Sung
Diffusé du 20 juillet au 14 septembre 2016 sur MBC

L’intrigue de W, ou W – Two Worlds, repose sur le choc entre deux mondes : le nôtre et celui d’un webtoon intitulé ‘W. Fille de l’auteur de ce dernier, une jeune médecin du nom d’Oh Yeon Joo (Han Hyo Joo) entre accidentellement en interaction avec le héros de ‘W, Kang Chul (Lee Jong Suk), et se fait happer dans son univers. Quand elle revient dans le monde réel, l’intrigue du webtoon a évolué indépendamment de la volonté de son auteur.

Le drama W exploite de manière originale le principe fascinant des mondes parallèles, populaire chez les fans de SF et dont la possibilité n’est pas écartée par le monde scientifique. La tablette numérique fait office de portail entre les deux dimensions.


Le principe d’une interaction entre la réalité et le monde imaginé par un artiste a déjà été exploré par Stephen King dans La Part des Ténèbres, roman adapté au cinéma par George A. Romero. La scénariste Song Jae Jung (Nine: Nine Times Time Travel) ne cache pas ses inspirations : Stephen King est indirectement cité lorsque les personnages du drama tremblent en évoquant Misery. L’emprunt au maître de la terreur devient évident lorsque le héros, Kang Chul, vient demander des comptes à son créateur, puis lorsque le méchant de l’histoire, Han Sang Hoon, tente de l’annihiler, tel George Stark dans La Part des Ténèbres. Ce méchant n’ayant pas de visage dans ‘W’, il vole celui de l’auteur pour s’incarner dans le monde réel, ce qui confère à ses agressions envers Oh Yeon Joo une dimension psychologique.


Dans le monde de ‘W, les interventions du méchant par le biais de phrases suspendues dans les airs apportent une touche SF supplémentaire : le monde manipulable de Kang Chul s’apparente presque à un monde composé d’algorithmes, comme dans Matrix ! La fin de l’épisode 4, où Kang Chul prend conscience de sa condition et arrête le temps, évoque d’ailleurs la trilogie des Wachowski. On pense également au film Inception (Christopher Nolan), où les mondes imaginaires créés dans les rêves des sujets hackés étaient également régis par une temporalité différente de celle du monde réel. Dans W, cette temporalité est traduite de manière ludique lorsque la montre de l’héroïne s’affole pour marquer les périodes de temps faisant l’objet d’une ellipse dans le webtoon.

W multiplie les inspirations mais exploite son concept avec beaucoup de créativité. Le fonctionnement du studio de webtoon est habilement utilisé pour servir l’intrigue lorsque les assistants composent le décor du webtoon à partir d’inspirations réelles. Enfin, les voyages d’un monde à l’autre donnent lieu à quelques moments de grâce, le dessin se confondant avec l’image filmée des acteurs. Tous ces éléments de SF rendent l’histoire d’amour entre Oh Yeon Joo et Kang Chul à la fois romantique et rocambolesque, faisant de W un drama SF unique en son genre.

> Lire les premières impression de W – Two Worlds, avec Han Hyo Joo et Lee Jong Suk

Caroline & Elodie Leroy

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