‘Shark’ avec Kim Nam Gil et Son Ye Jin : premières impressions

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Le ton est donné pour le nouveau drama de KBS2 : Shark jouera la carte du romantisme mais aussi de la noirceur. Après Résurrection (2005) et The Devil (2007), Shark clôture la trilogie de la vengeance écrite par Kim Ji Woo et réalisée par Park Chan Hong. Je vous avoue que j’attendais ce revenge drama avec une certaine impatience, d’abord parce que j’ai toujours été friande d’histoires de vengeance, ensuite parce que cette série marque le retour à l’écran de Kim Nam Gil après deux ans d’absence – pour cause de service militaire. L’acteur avait déjà interprété un personnage vengeur dans l’excellent drama Bad Guy, diffusé en 2010 sur SBS, et compte également dans sa carrière cinématographique quelques pièces de choix, telles que les sulfureux Portrait of a Beauty et No Regret. Face à lui, l’actrice principale n’est autre que Son Ye Jin, icône romantique et hallyu star par excellence, connue entre autres pour sa prestation dans le drama Summer Scent et dans les longs métrages April Snow et A Moment to Remember.

Fort d’un casting attractif et d’un pitch prometteur dont Caroline vous disait quelques mots il y a peu dans sa preview, Shark part avec toutes les chances de son côté. Contrat rempli ? Il faudra bien évidemment attendre que l’intrigue se développe davantage pour donner un verdict mais il est d’ores et déjà possible de se prononcer sur la qualité de production et les promesses du scénario.

Shark débute dans le présent, alors que Hae Woo (Son Ye Jin) est sur le point de se marier. Mais au cours des préparatifs, elle croit reconnaître quelqu’un. Cet homme, c’est Yi Soo (Kim Nam Gil), son premier amour d’adolescence, disparu à l’époque dans d’étranges circonstances. Très vite, l’intrigue nous emmène douze ans en arrière pour un flash back qui ne s’achèvera qu’à la moitié du troisième épisode. Comme on pouvait s’y attendre, cette introduction s’attarde tout d’abord sur l’histoire d’amour entre les deux jeunes gens. Sans être exempte de quelques clichés du mélodrame à la coréenne, cette romance s’avère étonnamment émouvante grâce à l’interprétation sensible des deux jeunes acteurs Yeon Jun Suk et Kyung Soo Jin (cette dernière ressemble de manière troublante à Son Ye Jin) mais aussi grâce à une mise en scène élégante – cadrages et lumières travaillés, choix des décors judicieux – qui nous plonge immédiatement dans l’univers affectif des personnages.

Le choix de l’adolescence comme cadre narratif, et non de l’enfance comme c’est un peu trop souvent le cas dans les dramas coréens, confère d’autant plus de force à cette romance puisque les personnages sont en proie aux incertitudes propres à cette période de la vie. Concernant Hae Woo, en particulier, l’écriture met habilement en parallèle ses premiers émois amoureux avec ses désillusions familiales. Le portrait de famille s’avère à ce titre des plus chaotiques, entre une mère alcoolique et dépressive, un père infidèle et lâche et un grand-père certes respectable au premier abord, mais qui rabaisse constamment son fils. En d’autres termes, on ne s’étonne guère que Hae Woo cherche constamment à fuir cet univers malsain, quitte à se compromettre en fréquentant un garçon de classe sociale inférieure, au grand dam de son père. Les relations dysfonctionnelles de cette famille s’opposent à la relation fusionnelle qu’elle noue avec Yi Soo.

De son côté, le jeune garçon vit avec son père aimant et sa petite sœur, dans une ambiance beaucoup plus équilibrée. Une fois n’est pas coutume, cette famille monoparentale est marquée par la présence du père – traditionnellement, l’accent est toujours mis sur la figure maternelle. Chauffeur de la famille de Hae Woo, le père de Yi Soo va cependant basculer dans la psychose dès lors que son passé le rattrapera. C’est le début d’une descente aux enfers qui va précipiter toute la famille de Yi Soo dans la tragédie.

Or ce passé est connecté à un autre personnage qui joue un rôle crucial dans cette première partie (et probablement dans la suite des événements) : Jo Sang Deok, le grand père de Hae Woo. A la tête d’un grand groupe hôtelier, le Gaya Hotel Group, ce dernier est également érigé en héros de la nation pour son parcours admirable. Pourtant, nous découvrons bien vite que le bonhomme possède une face cachée nettement plus contestable : il aurait semble-t-il commis des actes abominables sous la dictature. De la nature exacte de ces actes, nous ne savons pas grand-chose pour le moment. Ce passé est matérialisé par l’émergence d’une pochette de documents qui va circuler entre plusieurs mains, tel un objet maudit puisque quiconque pose les yeux sur son contenu semble destiné à mourir…

Rien que dans ce flash back, Shark joue habilement sur les changements voire les ruptures de ton, passant de la romance au thriller sans crier gare mais avec fluidité. Cette ambigüité entre les genres, qui ne nuit nullement à la cohérence de l’ensemble, est devenue une véritable marque de fabrique des dramas coréens depuis quelques années – citons à titre d’exemple récents les très réussis Rooftop Prince et The King 2 Hearts – pour notre plus grand plaisir puisque l’expérience, pour le spectateur, diffère ainsi sensiblement de celle des séries américaines. Ici, nous naviguons ainsi entre l’histoire d’amour de Yi Soo et Hae Woo, ancrées dans le monde de l’enfance à travers des plans et des décors lumineux (et de superbes sites naturels), et les manipulations cachées de Jo Sang Deok, qui symbolisent le monde des adultes et font l’objet de séquences nocturnes respectant les codes du thriller (les complots dans le bureau, les interventions effrayantes de l’assassin au stylo…). Certains passages s’avèrent d’une violence rare dans une production télévisée, à commencer par la scène-choc de la cabine téléphonique : après un dialogue aux accents mélodramatiques sur fond de musique au piano, nous plongeons brutalement dans une ambiance anxiogène. C’est aussi la scène qui marque la rupture temporelle entre le passé et le présent.

La passation entre les acteurs adolescents et adultes se fait sans difficulté : on a plaisir à retrouver Kim Nam Gil et Son Ye Jin – après tout, le couple représente l’une des attractions du drama. Le troisième épisode met en scène la rencontre de Hae Woo et Yi Soo adultes (scène romantique un peu clichée, sur un balcon au clair de lune) avant de s’achever sur une tonalité très noire dont je ne vous révélerai pas la teneur mais qui laisse penser que le traitement du personnage de Yi Soo sera un peu moins « gentillet » que celui du héros de Bad Guy. Un sentiment qui semble se confirmer dans le quatrième épisode, où le récit commence à recoller les morceaux de ce qui s’est passé pendant ces douze ans à travers une enquête policière menée par Hae Woo.

Au passage, je suis très fan de Bad Guy, avec ses relations sulfureuses entre des personnages qui ne sont pas sans évoquer ceux du roman Les Liaisons dangereuses. Mais je craignais que Kim Nam Gil ne fasse une redite de cette prestation. Pour le moment, il semble que nous ayons affaire à un personnage plus sombre, plus cruel, plus radical dans ses méthodes. On peut faire confiance à l’acteur pour cultiver les ambigüités, avec sa voix caressante et son regard impénétrable. Yi Soo sera-t-il une sorte d’Edmond Dantès à la coréenne ? Le retour d’un homme disparu, qui a changé d’identité et arrive avec un plan visant à se venger des proches de sa bien-aimée, rappelle bel et bien Le Comte de Monte-Cristo. Décidément, Kim Nam Gil a des affinités avec les personnages mythiques de la littérature française ! Shark n’en demeure pas moins très coréen dans ses thématiques de classes sociales et de familles brisées.

Les premières impressions sur Shark sont donc très favorables, si l’on s’appuie sur la promesse d’un scénario machiavélique et d’une romance qui risque fort de poser quelques dilemmes au personnage féminin. Rien qu’au bout de quatre épisodes, les cadavres commencent à s’accumuler dangereusement ! On attend avec impatience le fameux « retournement de situation » qui survient en général vers l’épisode 6 ou 7 dans ce type de drama, et qui marque bien souvent le moment où l’histoire décolle pour nous tenir en haleine. Enfin, si le scénario aborde vraiment le sujet des tortures pratiquées en Corée du Sud sous la dictature militaire, les enjeux pourraient vraiment devenir passionnants.

Espérons aussi que Shark, qui démarre timidement dans les ratings (7,3 %* pour le 4e épisode), handicapé par le succès bien installé de Gu Family Book (18,8 %*, MBC), saura trouver son public.

Elodie Leroy

* Sources: chiffres AGB Nielsen

Shark – trailer

 

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