‘The Face Reader’ : encore un carton pour Song Kang Ho!

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Décidément, le cinéma sud-coréen a repris du poil de la bête depuis le coup porté en 2006 par la baisse des screen quotas (l’équivalent de notre exception culturelle), effectuée sous la pression du gouvernement américain. Si le cinéma d’auteur en pâtit encore énormément, le cinéma mainstream semble en train de remonter la pente depuis 2012, entre les succès de The Thieves, Masquerade ou encore Secretly Greatly. En cette rentrée 2013, c’est le film The Face Reader avec Song Kang Ho qui fait des prouesses depuis sa sortie le 11 septembre. En quelques jours et avant même son premier week-end, The Face Reader a déjà atteint plus d’1 million d’entrées ! Autant dire que Song Kang Ho, qui a déjà cartonné il y a quelques semaines avec Snowpiercer, le Transperceneige (Bong Joon Ho), enchaîne véritablement les succès. Une bande-annonce avec des sous-titres anglais de The Face Reader est disponible depuis peu (voir en bas de page).

the-face-reader_01Réalisé par un certain Han Jae Rim, à qui l’on doit notamment Rules of Dating et The Show Must Go On, The Face Reader se déroule sous l’ère Joseon et met en scène Song Kang Ho dans le rôle de Nae Kyung, un homme issu d’une famille noble déchue et devenu expert dans l’art de lire sur le visage des autres. Grâce à ce talent (que l’on pourrait comparer à celui du personnage de Tim Roth dans la série Lie To Me), Nae Kyung peut déterminer la personnalité d’un individu, son état psychologique, ses habitudes mais aussi, dans une certaine mesure, son avenir. Vivant reclus avec son fils et son beau frère, Nae Kyung reçoit un jour la visite d’une mystérieuse gisaeng (Kim Hye Soo), tenancière d’un bar-restaurant à Hanyang (ancien nom de Séoul). Cette dernière parvient à le convaincre de se rendre dans la capitale et de s’associer avec elle afin de faire fortune en utilisant ses talents. À Hanyang, le don de Nae Kyung fait vite parler de lui et le business de la jeune femme devient vite florissant. Un peu plus tard, Nae Kyung se retrouve à résoudre une affaire de meurtre et c’est ainsi qu’un proche du roi le convoque au palais. Notre héros est alors chargé de recruter les fonctionnaires et officiers sur la foi de ce qu’il peut lire sur leur visage. Bientôt, Nae Kyung est sollicité pour détecter les traîtres potentiels à la cour…

the-face-reader_05Dans le rôle de Nae Kyung, on retrouve donc le génial Song Kang Ho, connu pour ses rôles marquants dans JSA (Joint Security Area) (Park Chan Wook), Memories of Murder (Bong Joon Ho) ou encore Le Bon, la Brute et le Cinglé (Kim Jee Woon). On le verra le 30 octobre prochain sur les écrans français dans Snowpiercer, le Transperceneige de Bong Joon Ho, qui a connu un énorme succès en Corée du Sud (plus de 9 millions d’entrées, dont 4 millions en une semaine !) et dont les échos confirment les bonnes impressions laissées par la bande-annonce. L’année 2013 est décidément une année faste pour Song Kang Ho !

L’acteur, qui avait déjà collaboré en 2007 avec le réalisateur Han Jae Rim dans The Show Must Go On, n’est pas la seule pointure au sein du casting de The Face Reader : on y retrouve également Lee Jung Jae (Housemaid, The Thieves), Baek Yoon Sik (The President’s Last Bang) et l’actrice Kim Hye Soo (The Red Shoes, The Thieves). Le casting met aussi en avant de jeunes acteurs prometteurs que l’on avait jusqu’à présent surtout vus à la télévision et qui font aujourd’hui leur percée au cinéma, à savoir Jo Jung Suk (The King 2 Hearts) et Lee Jong Suk (Secret Garden).

the-face-reader_06Ce qui fait véritablement plaisir dans le succès de The Face Reader, c’est aussi le fait qu’il s’agisse d’un film doté d’une esthétique spécifiquement coréenne. On se souvient bien sûr du carton en 2005 de King and the Clown, film en costumes à teneur politique et mélodramatique qui a joué un rôle dans la popularisation du genre. Malgré tout, le succès d’un drame comportant peu de scènes d’action est resté une exception : la plupart des films coréens engrangeant d’énormes recettes demeurent des films d’action contemporains à grand renfort de testostérone. On observe cependant depuis quelques années une arrivée en force des films en costumes à gros budget, avec de l’action pour la plupart (War of the Arrows), mais pas seulement. Ainsi, l’année dernière, le succès retentissant de Masquerade (l’histoire d’un roi fantoche, avec Lee Byung Hun dans le rôle principal) prouvait qu’il n’était pas nécessaire de jouer la carte de l’action pour attirer les foules. Un constat que semble confirmer The Face Reader, dont l’histoire semble davantage axée sur les intrigues de palais et les personnages. Ce succès a de quoi frapper l’imagination en France, où l’on a depuis longtemps renoncé à produire des projets ambitieux ancrés dans l’Histoire de France et destinés à bénéficier d’une forte exposition. Comme si la culture populaire américaine était devenue la norme. En Corée, on tire certes parti des genres proposés par le cinéma d’outre-Atlantique, mais on n’hésite plus aujourd’hui à employer un casting de stars pour donner vie à une histoire située sous l’ère Joseon.

the-face-reader_03Il faut dire que les Coréens ont acquis un vrai savoir-faire en matière de fictions en costumes. Avec ses intrigues de cour et ses personnages ambivalents, le genre s’est considérablement popularisé à travers l’Asie et chez les aficionados occidentaux, mais cette popularité s’est principalement construite par le biais des dramas. Aujourd’hui, l’esthétique des dramas se déroulant sous l’ère Joseon, avec ses hommes et ses femmes en hanbok somptueux, a pris la place en tant que véhicule de rêve et de fantasme qu’occupait l’esthétique des films d’époque de Hong Kong dans les années 90. Une place laissée vacante depuis la crise du cinéma de l’ex-colonie britannique à la fin du siècle précédent. Sur le petit écran coréen, le sageuk fait à présent partie des genres les plus populaires mais aussi les plus riches, prenant la forme aussi bien de séries d’aventures avec des combats impressionnants (Iljimae, Chuno), de romances (Jang Ok Jung) que de thrillers politiques (Conspiracy in the Court, The Moon Embracing the Sun) ou encore d’histoires fantastiques (Arang and the Magistrate, Gu Family Book). On s’amuse même à orchestrer des chocs culturels en imaginant des histoires de voyage dans le temps entre l’ère Joseon et le XXIe siècle (Rooftop Prince).

Le terrain ayant ainsi été préparé par les dramas, il n’y a aucune raison pour que le cinéma n’en tire pas parti. Gageons qu’un film comme The Face Reader n’aura d’ailleurs aucun mal à s’exporter dans le reste de l’Asie. Pour ce qui est de la France, espérons que nos festivals spécialisés dans le cinéma asiatique n’oublieront pas de nous le programmer…

Retrouvez ci-dessous la bande-annonce de The Face Reader sous-titrée en anglais, suivie d’une galerie de photos et de posters du film.

Elodie Leroy

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