Avec son scénario brillant, ce mélange de thriller et de fantastique est l’un des meilleurs dramas coréens à voir sur Netflix.

Nous attendions avec impatience le moment où Signal débarquerait sur Netflix, afin de le recommander à tout notre entourage. C’est chose faite ! Depuis le 1er octobre 2019, le chef-d’œuvre diffusé en 2016 sur tvN – et qui occupait la 1ère position de notre Top 15 des dramas coréens 2016 – est enfin disponible avec des sous-titres français.

Cette sortie coïncide avec la résolution de l’une des affaires majeures abordées dans le drama : les meurtres en série de Hwaseong. Retour sur un thriller brillant, prenant et original, l’un des meilleurs de ces dernières années.

Le thriller coréen Signal (Netflix)

De quoi parle Signal ?

Série procédurale mâtinée de fantastique, Signal nous emmène à trois époques différentes – 1989, 2000 et 2015 – au travers d’une communication établie par un mystérieux talkie-walkie.

Ce talkie-walkie, c’est celui de Lee Jae Han (Cho Jin Woong), un flic qui a enquêté à la criminelle dans les années 80 et 90, et qui a mystérieusement disparu. En 2015, son appareil tombe entre les mains de Park Hae Young (Lee Je Hoon), jeune profiler affecté au département des cold cases, c’est-à-dire les affaires non résolues. Park Hae Young travaille sous les ordres de Cha Soo Hyun (Kim Hye Soo), une dure à cuire qui a fait ses débuts vingt ans auparavant sous la supervision de Lee Jae Han.

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Lee Je Hoon dans Signal

De manière inexpliquée, le talkie-walkie permet aux deux hommes de communiquer d’une époque à l’autre. La transmission s’opère à l’improviste, mais les conduit à enquêter côte à côte sur les affaires de l’époque de Lee Jae Han, devenues des cold cases à l’époque de Park Hae Young. Ensemble, ils vont tenter de résoudre ces cas et d’empêcher certains meurtres de survenir.

De Memories of Murder à Signal

L’une des affaires développées dans Signal sera familière aux cinéphiles : celle des meurtres en série survenus à Hwaseong, dans la province de Gyeonggi. L’adaptation la plus célèbre est le film Memories of Murder, un chef d’œuvre du cinéma signé Bong Joon Ho.

D’autres fictions se sont inspirées de ce drame, notamment le film Confession of Murder de Jung Byung Gil, ainsi que le drama Tunnel de Shin Yong Hwi. Ce dernier vient également tout juste d’intégrer le catalogue Netflix.

Coïncidence ou non, le cas dont il est question vient tout juste d’être résolu ! L’événement fait la Une des journaux en Corée depuis quelques jours. Grâce aux tests ADN, le tueur qui a sauvagement violé et assassiné 10 femmes entre septembre 1986 et avril 1991 a enfin été identifié.

Cho Jin Woong dans le drama Signal

La théorie développée dans Signal tape dans le mille s’agissant du profil de ce sombre individu, qui a été retrouvé alors qu’il purgeait une peine pour un autre viol commis entre-temps. Le 2 octobre 2019, l’homme est passé aux aveux. Il a confessé avoir assassiné 14 femmes et commis 30 crimes sexuels. Il ne pourra cependant pas être poursuivi pour l’assassinat des 10 femmes de Hwaseong, puisque les faits sont prescrits depuis 2006.

Le drama Signal : Lee Je Hoon

L’équipe de Signal a révélé que Memories of Murder avait bel et bien été sa première source d’inspiration pour la série. Pour autant, le drama n’est pas une adaptation à proprement parler du film de Bong Joon Ho et déroule d’autres enquêtes, toutes inspirées de véritables affaires survenues en Corée.

Thriller noir et humain

Signal est écrit par l’une des spécialistes du genre, Kim Eun Hee, à qui l’on doit récemment le drama Kingdom. Sa maîtrise est impressionnante. Elle signe un scénario riche, dont chaque détail a été minutieusement pensé pour que les découvertes du passé trouve une résonance dans le présent, et vice-versa. Les personnages s’avèrent très vivants et nuancés, bénéficiant d’une qualité d’interprétation exceptionnelle.

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En plus d’agrémenter l’histoire d’une dose de fantastique, la communication entre les époques permet de développer une succession d’affaires passionnantes. Celles-ci participent toutes à enrichir un contenu social poignant sur l’impunité des classes sociales les plus élevées et l’oubli réservé aux victimes de meurtres ou de disparition.

A aucun moment l’élément fantastique ne ressemble à une facilité de scénario. Mieux, ses interventions viennent amplifier la tension dramatique qui imprègne le drama. Signal fait plus d’une fois poindre l’émotion et adopte une approche profondément humaine de chaque meurtre, en s’attardant véritablement sur les victimes, sans faire preuve de complaisance envers leurs bourreaux.

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Adoptant l’esthétique des thrillers noirs coréens, la réalisation est tout aussi brillante que le scénario. Le réalisateur Kim Won Suk, à qui l’on doit l’excellent Misaeng et qui vient tout juste de signer Arthdal Chronicles, possède un sens artistique très aiguisé.

Cho Jin Woong (Signal)

Que le décor nous plonge dans les années 80 ou dans le monde d’aujourd’hui, la mise en scène utilise tous les éléments de langage cinématographique pour créer une atmosphère sombre et oppressante, marquée par une forte identité visuelle. Le drama est soutenu par une composition musicale envoûtante et une collection de titres restituant l’ambiance des années 80-90.

Cha Soo Hyun, le nouveau visage de la femme flic

Le contact entre les deux époques ne s’établit pas uniquement à travers le talkie-walkie, mais aussi à travers le personnage de Cha Soo Hyun, qui côtoie de près Lee Jae Han dans les épisodes situés en 1989 et en 2000, et le recherche désespérément en 2015.

A travers la quête de ce personnage, Signal parle aussi de la nécessité de se souvenir des disparus, mais aussi du temps qui passe pour leurs proches, qui demeurent éternellement emprisonnés dans le passé et dans cette insupportable incertitude.

Cha Soo Hyun dans Signal

Avec sa coiffure courte, son regard pénétrant et son caractère bien trempé, le personnage de Cha Soo Hyun a énormément marqué le public coréen – et nous avec. Elle dévoile tout au long de l’intrigue différentes facettes, passant de la rookie un peu nunuche et romantique des années 80 à la chef endurcie des années 2010. Elle affronte également ses propres démons, notamment au cours d’une affaire de kidnapping marquante qui l’oblige à se confronter à un vieux traumatisme.

Servie par l’interprétation charismatique de Kim Hye Soo (The Thieves), Cha Soo Hyun a changé la manière de dépeindre les femmes flics dans les dramas coréens en leur donnant plus de relief. Il y a un avant et un après Cha Soo Hyun dans les dramas coréens. Au cinéma, les déclinaisons actuelles du genre, qui enferment les femmes dans des clichés peu valorisants, gagneraient à s’en inspirer.

Kim Hye Soo dans Signal

Kim Hye Soo donne la réplique à deux excellents acteurs. Lee Jae Han est incarné par Cho Jin Woong (Mademoiselle), qui semble littéralement habité par le rôle de ce flic un peu bourru, mais foncièrement révolté par l’injustice.

Park Hae Young est quant à lui interprété par Lee Je Hoon (Where Stars Land, I Can Speak), profiler hanté par la mort de son frère. La relation touchante qui s’établit entre les deux personnages s’intègre magnifiquement dans une intrigue globale puissante et remarquablement intelligente.

Si vous êtes amateurs du genre, j’espère vous avoir convaincus de découvrir Signal sans plus attendre !

A ce propos, le line-up d’octobre 2019 de Netflix est riche en dramas coréens à voir. Outre Signal et Tunnel, la comédie étudiante Cheese in the Trap, le thriller d’action The K2 et la romance Chicago Typewriter viennent d’intégrer le catalogue !

Elodie Leroy

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