Critique : Hymn of Death, avec Lee Jong Suk et Shin Hye Sun

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Lee Jong Suk et Shin Hye Sun sont les amants tragiques de Hymn of Death, mini-série en trois épisodes actuellement disponible sur Netflix. Basé sur l’histoire vraie de la soprano Yun Shim Deok et de l’écrivain Kim Woo Jin, le drama bénéficie d’une belle réalisation et d’un vrai propos, mais peine à déployer pleinement son sujet, la faute à un scénario trop succinct. L’ensemble mérite cependant le détour pour la prestation émouvante de Shin Hye Sun.

L’histoire de Hymn of Death se déroule pendant les années 20, alors que la Corée est occupée par les Japonais. Kim Woo Jin (Lee Jong Suk) est un dramaturge qui dirige une troupe de théâtre. Alors qu’il est marié, il tombe amoureux de Yun Shim Deok (Shin Hye Sun), une chanteuse virtuose issue d’un milieu modeste. Au fil des années, leur relation rencontre de nombreux obstacles.

Hymn of Death est un mini-drama diffusé sur SBS entre le 27 novembre et le 4 décembre 2018, et disponible sur Netflix France depuis le 28 décembre. Il s’agit de la dernière adaptation en date d’une histoire déjà maintes fois contée à travers des pièces de théâtre, des films ou des comédies musicales. Le film le plus célèbre sur le sujet, Death Song, est réalisé par Kim Ho Sun et remonte à 1991.

La réalisation de Hymn of Death est signée de Park Soo Jin, réalisatrice qui a travaillé sur Romantic Doctor, Teacher Kim et While You Were Sleeping. Elle retrouve donc Lee Jong Suk pour la seconde fois. A l’instar de ces deux dramas, Hymn of Death se distingue par une très belle cinématographie, en particulier dans les épisodes 2 et 3, qui en mettent plein les mirettes à plusieurs reprises avec des palettes de tons chauds très harmonieuses.

A l’origine, Hymn of Death devait s’étaler sur quatre épisodes, mais a été raccourci à trois épisodes peu avant sa diffusion. Ce changement de dernière minute se ressent dans le montage final qui apparaît déséquilibré, avec une part trop importante accordée à une exposition un peu fade.

Le premier épisode nous emmène en 1921 au Japon, dans le théâtre où se rencontrent pour la première fois Woo Jin et Shim Deok. Le rythme trop mou, le manque de détail dans le contexte historique, trahissent un manque de budget. Le fait que Mr. Sunshine soit passé par là entre temps avec ses fabuleuses reconstitutions historiques n’arrange pas les choses.

L’intrigue de Hymn of Death décolle réellement vers le milieu du deuxième épisode, soit à la moitié du drama. Nous sommes alors revenus en Corée, et les plans en extérieurs se révèlent nettement plus convaincants, plus beaux que dans la partie japonaise. Les personnages s’affirment eux aussi.

L’histoire se déroule au début du XXème siècle, mais possède une évidente résonance contemporaine. Shim Deok et Woo Jin sont tiraillés entre ces forces irréconciliables que sont les passions et la piété filiale. Shim Deok réalise que ses parents attendent seulement d’elle qu’elle se sacrifie pour sa famille, quitte à ce qu’elle y perde son âme. Après avoir cherché à la marier à un riche entrepreneur, ils la poussent à accepter de chanter pour les Japonais.

De son côté, Woo Jin voit sa passion pour l’écriture contrariée par son père qui exige de lui qu’il reprenne l’affaire familiale. Véritable tyran, celui-ci interdit à son fils toute expression de sa personnalité, et donne des ordres à la femme dévouée de celui-ci pour qu’elle aille le convaincre de céder inconditionnellement.

Plus que la passion amoureuse, qui n’est guère montrée explicitement dans le drama, c’est la communion des souffrances individuelles des deux jeunes gens qui fait l’intérêt de ce mélodrame atypique. Atypique, car contrairement à ce que l’on pourrait attendre, Hymn of Death ne joue pas la carte du « makjang » et traite le destin de son couple tragique avec pudeur jusqu’au dernier plan.

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Dans le rôle de l’écrivain mélancolique Kim Woo Jin, Lee Jong Suk ne livre pas son interprétation la plus inspirée. Son économie d’expressions faciales et le ton monocorde avec lequel il déclame son texte ne nous aident pas à saisir la puissance de l’amour de Woo Jin pour Shim Deok. Lee Jong Suk surprend néanmoins agréablement dans une très bonne scène de confrontation entre Woo Jin et son père à la fin de l’épisode 2, un moment intense qui reste parmi les plus mémorables de Hymn of Death.

Shin Hye Sun est celle qui brille le plus tout au long de Hymn of Death. Très vivante et expressive, elle se glisse avec finesse dans la peau de cette femme amoureuse, qui encaisse les injustices sans se départir de sa dignité. On est de son côté quand Woo Jin a la délicatesse de lui faire rencontrer son épouse par surprise, après l’avoir draguée sans lui dire qu’il était marié. Jusqu’à la fin, elle exprime avec autant de subtilité le désarroi de son personnage que la force de ses convictions. Elle est d’autre part très gracieuse dans les costumes de l’époque, qui semblent avoir été inventés pour elle.

Pour l’anecdote, Shin Hye Sun a tourné Hymn of Death juste avant Thirty But Seventeen. On apprécie le contraste entre les deux rôles, tout en s’amusant secrètement que ses personnages tombent à chaque fois amoureuse d’un homme prénommé « Woo Jin ».

Au vu du troisième épisode, le meilleur de Hymn of Death, on ne peut s’empêcher de se dire que  le drama aurait été plus captivant si Shim Deok en avait été l’héroïne principale. On aurait aimé la voir davantage évoluer dans les milieux artistiques de l’époque, en particulier au moment de l’enregistrement de son fameux disque resté mythique.

A ce propos, on aurait aussi apprécié d’entendre la fameuse chanson « Hymn of Death », qui donne son titre au drama, et qui est considérée comme la première chanson pop coréenne. L’absence de ce morceau reste sans doute le plus grand mystère du drama Hymn of Death.

Caroline Leroy

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